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[CRITIQUE] : Father


Réalisatrice : Tereza Nvotová
Acteurs : Milan Ondrík, Dominika Moravkova, Peter Bebjak,...
Distributeur : Épicentre Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Slovaque, Tchèque,  Polonais.
Durée : 1h42min.

Synopsis :
Michal et Zuzka sont un couple épanoui, comblé par la réussite et la présence de leur petite fille, Dominika. Mais un jour de canicule, un drame vient briser leur amour et bouleverser leur vie. Leur histoire est exposée par les médias et malgré le poids de l’opinion et de leur entourage, un lien fragile va renaître entre eux, suspendu entre culpabilité et amour.




C'est l'histoire d'un drame douloureusement banal, non pas que la tragédie en son coeur le soit, mais résolument dans le sens où elle nous apparaît cruellement commune, tant nous avons tous vu où entendu une telle chose se produire, que ce soit au détour d'une conversation où à travers nos écrans : la mention " inspirée de faits réels " n'est alors plus uniquement anecdotique voire artificiel (rares sont les campagnes promotionnelles à ne pas en faire un simple argument de vente - plus où moins - accrocheur pour attirer le spectateur), elle est purement et simplement sentencieuse, elle catapulte le réel dans sa crudité la plus authentique qui soit.

Ici, elle prend racine dans l'existence de Michal, un père aimant qui accompagne comme tous les matins sa fille de deux ans, Domenika, à la crèche, avant de partir pour une énième journee de travail stressante.
Tout du moins, c'est ce que ce dernier pensait avoir fait puisque la réalité est en passe de le contredire de la pire manière qui soit : non, il n'a pas déposé la chair de sa chair à la crèche, elle n'est pas sortie de la voiture et est restée enfermée dedans pendant plus de sept heures (il ne le réalisera qu'après un appel de sa femme), sous une chaleur caniculaire, ce qui entraînera inéluctablement sa mort... et plus lentement celle de l'âme de son père.

Copyright Epicentre Films

Le beau mais très rude drame Father de la cinéaste slovaque Tereza Nvotová, est la chronique complexe et poignante d'une véritable descente aux enfers, celle d'un homme bouffée par le poids de la honte de la culpabilité (un brillant Milan Ondrik, qui capture toute la détresse morale et psychologique de son personnage), responsable par négligence de la pire chose qui puisse arriver à un parent, et qui l'affiche aux yeux du monde, de ses proches, de sa propre femme, comme un monstre irresponsable, un meurtrier.

Loin de jouer la carte d'un sensationnalisme putassier, Nvotová, fruit d'une mise en scène articulée autour de nombreux plans-séquences, privilégie une immersion radicale au coeur d'un cauchemar sans fin, où la rédemption comme le pardon est une chimère que l'on ne peut même pas s'offrir soi-même.
Une immersion qui ne cherche jamais à absoudre sa figure titre de son crime - ni a se perdre dans un jugement lapidaire et expéditif -, mais bien à disséquer les limites de la résistance humaine (comme celle d'un mariage sous le joug d'un deuil insondable), mais aussi les fêlures d'un esprit humain qui, sous pression où sous le poids d'une distraction écrasante (le stress, la vie professionnelle qui déborde trop souvent sur l'intime), peut nous faire croire en l'expression d'actions si mécaniquement reproduite au quotidien, qu'elles nous paraissent faites sans forcément l'être.

Copyright Epicentre Films

Mêlant brutalement abjection et empathie dans un cocktail intense à la fois racé et radical, Father frappe par son réalisme glacial et saisissant, par sa manière naturaliste de contempler la désespérance d'un être à la fois victime et bourreau de son propre fardeau, pour qui le jugement judiciaire n'a aucun impact face à la culpabilité, le dégoût profond de soi - et celui qu'il suscite chez l'autre - un deuil impossible appelés à éternellement le ronger.
Une sacrée séance donc.


Jonathan Chevrier