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[CRITIQUE] : Ghost Elephants


Réalisateur : Werner Herzog
Avec : Werner Herzog
Distributeur : Blue Note Films
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h39min

Synopsis :
Depuis dix ans, le Dr Steve Boyes est à la recherche d’un mystérieux et insaisissable troupeau d’éléphants fantômes dans les hautes terres d’Angola. Il part avec des experts pisteurs namibiens, les meilleurs au monde, mais une question fondamentale se pose : ne vaudrait-il pas mieux garder ces éléphants gigantesques comme un rêve, plutôt que de les trouver dans la réalité ? Une exploration du rêve, de l’imagination, confrontée à la réalité, qui a emmené Werner Herzog dans ce que les tribus locales appellent le Pays du Bout du Monde.





Parce qu'ils questionnent toujours habilement le rapport, multiple et complexe, de l'humanité avec une mère nature qu'elle a une féroce tendance à maltraité - alors qu'elle lui donne tout sans réserve -, les documentaires du maître Werner Herzog sont des rendez-vous incontournables pour tout spectateur un minimum investi, des (vraies) aventures en terres inconnues qui tentent de percer d'une manière à la fois romantique et méticuleuse, les secrets comme la beauté du monde qui nous entoure, souvent au plus près de scientifiques dont la passion rime parfois avec déraison - le Timothy Treadwell pour Grizzly Man, le couple Katia et Maurice Krafft pour Into the Inferno et Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft.

Pour son nouvel effort, Ghost Elephants, produit par National Geographic, il s'attache les services du scientifique et zoologiste Steve Boyes, tellement obsédé par les éléphants qu'il traque depuis dix ans un mystérieux troupeau d'éléphants fantômes dans les montagnes d'Angola, dans la région méconnue de Lisima, dont la taille serait supérieure à celle de l'éléphant d'Afrique.

Copyright BLUE NOTE FILMS

Toujours rythmé par sa voix-off si plaisante et reconnaissable (quatre-vingts ans au compteur et une verve frappée d'un humour complice qui en paraît moitié moins : l'un des meilleurs conteurs de l'histoire du cinéma, rien de moins), Herzog croque une odyssée anthropologique, philosophique et spirituelle nouée autour de réflexions captivantes (Doit-on réellement déflorer toute la magie du monde, et découvrir dans le réel des espèces qui nourrissent merveilleusement notre imaginaire ? Devons-nous toujours violer la tranquillité et l'existence d'espèces méconnues, déjà que nous saccageons mignon notre propre écosystème commun ?), une sorte de tango fabuleux des contraires, où s'enlacent le visible comme l'invisible, le factuel et le métaphysique, une quête de véracité scientifique et une soif de connaissance en apparence légitime, et une ode à l'irrationnel, à l'onirisme le plus pur qui viserait à garder fictif ce qui devrait le rester (de celui où naît les plus prenantes des légendes).

Face à un monde qui échappe merveilleusement à toute logique facile, Herzog laisse s'exprimer toute sa sensibilité et bouleverse la structure familière des documentaires estampillés " National Geographic ", pour composer un nouveau poème puissant et organique qui renvoie l'humanité à ses propres travers comme à sa propre mémoire collective, tout autant qu'il transporte son auditoire dans une expérience où imaginaire et réalité ne font plus qu'un.
Que ce magicien du septième art ne nous quitte jamais...


Jonathan Chevrier