[ENTRETIEN] : Entretien avec Phuong Mai Nguyen (In Waves)
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En parvenant à parler de sujets douloureux avec une dynamique de vie lumineuse, In Waves se dévoile comme un joli film d’animation, de ceux qui restent durablement avec nous par son récit et sa technique. Impossible alors de ne pas sauter sur l’occasion d’interviewer sa réalisatrice Phuong Mai Nguyen, dans une conversation parlant d’eau, de GTA et de la richesse du cinéma d’animation francophone par le biais de cette adaptation de la bande dessinée d’AJ Dungo.
Et pile au moment où on présentait notre série au Festival d'Angoulême, In Waves sortait en bande dessinée la même année. Il se trouve qu'on était au même endroit au même moment, sauf qu'on ne s'est pas vus. J'ai eu des échos par rapport à la BD, qui a eu le prix FNAC. Je l'ai achetée par curiosité plus tard là-bas parce qu'il y avait quand même pas mal de gens qui en parlaient. Je l'ai lue et j'ai vraiment eu un gros coup de cœur. - Phuong Mai Nguyen
Comment êtes-vous arrivée sur le projet In Waves ?
Je finissais la co-réalisation avec Charlotte Cambon sur Culottées, l'adaptation de la BD de Pénélope Bagieu. Et pile au moment où on présentait notre série au Festival d'Angoulême, In Waves sortait en bande dessinée la même année. Il se trouve qu'on était au même endroit au même moment, sauf qu'on ne s'est pas vus. J'ai eu des échos par rapport à la BD, qui a eu le prix FNAC. Je l'ai achetée par curiosité plus tard là-bas parce qu'il y avait quand même pas mal de gens qui en parlaient. Je l'ai lue et j'ai vraiment eu un gros coup de cœur. Par contre, je n'avais pas forcément eu l'idée de l'adapter. C’est Priscilla Bertin, la productrice de Silexim, avec qui j'ai déjà travaillé sur Culottées, qui m'a contactée parce qu'elle avait obtenu les droits d'adaptation. Elle m'a demandé ce que j'en pensais. Du coup, je lui ai dit que j’aimais beaucoup cette BD. À l'époque, je ne me sentais pas forcément capable, comme c'est aussi un long-métrage, une histoire assez intime de l'auteur. Il y a pas mal de paramètres. Je ne savais pas trop par quel bout prendre cette adaptation. Du coup, j'ai pris un peu de temps pour réfléchir. Suite à ça, je lui ai écrit un mail pour donner un peu certaines idées de mise en scène, de graphisme, et lui dire également que dans un premier temps, je préférais qu'on commence par une première collaboration, juste sur un premier teaser. C'est un petit bout de film qu'on avait fabriqué pour montrer à Cartoon Movie, qui est un peu un endroit où on présente des projets de longs-métrages d'animation. Et donc, de fil en aiguille, je suis rentrée dans le process de l'adaptation de cette BD, tout simplement.
Peut-être justement, s'il y a moyen de développer un peu plus sur ces premières conversations avec AJ, ces premières idées de mise en scène qui vous sont venues.
Alors, les premières conversations avec AJ, c'était quand même assez concret, parce j’avais déjà commencé à travailler sur des images de mon côté. J'ai démarré par ça, parce qu'il y a déjà Fanny Bourdino et Samuel Doux qui avaient commencé l'écriture du script et le traitement. Et du coup, j'ai commencé par dessiner les personnages, les décors, etc., juste en me basant sur la BD et quelques photos que j'ai trouvées sur Los Angeles. C'était assez chouette, parce qu'en fait, AJ est vraiment dans cette forme d'échange. Il n'a pas ce statut-là d'auteur qui veut s'imposer dans l'adaptation. Il m'a dit « Ah, chouette, t'as fait complètement autre chose de la BD. C'est très différent. Vas-y, quoi ! » En tout cas, il m'a donné le feu vert pour ça. Et en voyant les dessins, il m'a quand même fait certains commentaires où il disait qu'il trouvait que le design que j'avais fait pour le personnage de Kristen ne lui ressemblait pas trop et qu'il aurait aimé qu'on retrouve dans ce dessin-là le visage de la vraie Kristen. Et suite à ça, il m'a envoyé énormément de photos d'elle, de vidéos, pour que je puisse m'appuyer dessus. Par la suite, également, toute l'équipe qui allait fabriquer le film a pu s'appuyer sur ce matériel-là pour avoir une référence d'elle et même les autres personnes qui ont inspiré le film. C’était pareil aussi sur certains endroits. Par exemple, il y a un moment où j'avais dessiné un skatepark qui est très connu à Los Angeles, qui se situe à Venice Beach. Je ne sais pas si tu vois un peu cette photo-là de skatepark qui est vraiment au bord de la plage.
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Je vois vite fait, malheureusement plus par mes heures passées sur GTA que par mes connaissances sur Venice Beach (rires).
C'est marrant que tu parles de GTA, parce que comme mon copain y joue, j'en ai profité aussi pour lui demander s'il pouvait me faire des captures d'écran des lumières du jeu. On trouvait qu'il y avait quand même un truc dedans qui représentait bien la Californie. Bref, petit aparté ! Ce fameux skatepark-là, AJ me dit qu’il n'y va jamais pour skater. Déjà, c'est un peu un endroit de skaters qui vont faire du show-off. Ce n'est vraiment que des gens ultra populaires, des stars de skate qui y vont. Et quand ils y vont, c'est vraiment un moment de show pour tout le monde. Sa façon de skater à lui, c'était plus aller sur le trottoir de son voisinage. Il va dans les skateparks qui sont plus proches de chez lui. Je ne m'étais pas représenté tous ces aspects-là qui sont un peu plus authentiques. Par la suite, j'ai pu faire des voyages à la Ville Albertine, aux Etats-Unis. AJ m'a emmené sur tous les lieux où se sont déroulés tous ces événements de son histoire. Comme ça, j'ai eu des références très concrètes de ces endroits-là pour pouvoir m'inspirer, notamment pour la mise en scène. Il y a des endroits où dans le scénario, ce n'était pas écrit là spécifiquement. Suite à ce voyage-là, j'ai décidé que cette scène-là allait se passer dans cet endroit-là parce qu'il y avait quelque chose que je trouvais vachement chouette en termes de décor, de mise en scène.
Pour revenir sur l'aspect couleur-lumière californienne, je trouve que les lumières sont très vivantes. Ça résonne beaucoup avec ces séquences en noir et blanc, notamment au début. Est-ce qu'il y a moyen de parler de cette palette graphique qui a servi au film ?
Pour les couleurs, l'idée de départ était de s'inspirer de ces lumières et couleurs californiennes. Il y avait quelque chose d'assez mélancolique dans cette histoire. Si j'avais à résumer la BD, la couleur bleue, ce monochrome-là, est une sorte de ligne directrice pour parler du blues, de la mélancolie, du chagrin et du deuil. C'est vrai qu'en faisant l'adaptation, je me suis dit que c’était un peu dommage de faire quelque chose qui ne soit que sur cette mélancolie et cette introspection, même si c'est quelque chose qui me plaît également. Mais je trouve qu'il y avait quelque chose de très vivant et très chaleureux dans ces personnages, dans leur rapport au monde, notamment parce que je les ai rencontrés pour de vrai. Franchement, ce sont des gens qui sont très lumineux malgré la tragédie qu'ils ont vécue. Ils continuent à parler de Kristen de façon très joyeuse. Du coup, je trouvais qu'il y avait quelque chose qu'il fallait mettre en avant, mettre à l'honneur cette vie-là, et que le film puisse aussi nous donner une immersion dans ces lumières californiennes et cette joie de vivre de ce groupe-là avant que ça bascule dans quelque chose de plus tragique. Donc ça fait partie de raconter l'émotion des personnages. Et à côté de ça, ça me permettait aussi de raconter les temporalités du film. Tu parlais du monochrome en noir et blanc. Il y avait cette idée-là de rappeler déjà la BD dans les parties où on représentait les origines du surf à Hawaï. Mais il y avait aussi cette idée de rappeler un peu le passé, la gravure, les premiers dessins qu'on pouvait avoir de cette époque-là et qui fait un peu contraste avec ces jeunes gens au présent. Cela montrait quelque part le surf, même si c'est quelque chose qui a vu le jour au XIVe siècle, dans une autre population, dans une autre culture qui est complètement différente de ce qu'on peut vivre aujourd'hui. C'est quelque chose qui nous connecte en tant qu'humains à travers le temps, avec cette idée que l'océan et les vagues nous reconnectent en tant qu'humains dans tout ça. Toute la partie où on est un peu plus sur des couleurs désaturées, un peu plus ternes, un peu plus denses, ça m'a permis de raconter plus le moment où AJ vit son deuil et raconte et retrace son passé, son histoire avec Kristen. C'était un petit peu ça l'idée.
C'est les deux en même temps.
Je pense qu'en fait, ce qui est intéressant dans la pratique de la glisse et du surf, c'est qu'il y a quand même une notion de ressentir, un peu, le lâcher prise. Et c'est donc ça aussi, en fait, quelque part ce que se raconte, au fond In Waves : c'est qu'il y a un peu des moments où on ne peut pas toujours contrôler les événements de la vie. Dans cette philosophie-là du surf ou même du skate, en fait, cette recherche absolue des vagues, des sensations fortes, je pense qu'il y a un peu cette idée-là d'aller un confronter aussi aux choses, aux éléments et d'accepter les choses comme elles viennent presque…. Pour parler un petit peu aussi de la fin, quand on entend la voix du personnage qui résume un petit peu sa réflexion par rapport à la notion du deuil, c'est qu’il ne peut rien faire avec ces émotions de chagrin qui viennent comme ça par surprise et qui vont un peu le submerger. La seule manière à lui d'aller de l'avant, c'est d'accepter cette vague d'émotions et de continuer à glisser, à vivre, à ressentir des choses.
Vous parliez justement tantôt de Culottées. Vous avez travaillé sur d'autres projets courts, des projets publicitaires. Comment, justement, cette expérience vous a peut-être servi dans le développement de ce film ?
En fait, j'ai l'impression que c'est assez cool quelque part. Enfin, le terme n'est pas bon, mais c'est un apprentissage de commencer par des petits formats. En tout cas, je le prends un peu comme ça. Souvent, je compare le long-métrage à un marathon et pour se préparer à ce marathon-là, on fait des choses plus modestes, plus vite, plus rapides avant. J'ai l'impression que ça m'a permis de créer des étapes dans mon cheminement de réflexion, de travail et également de me préparer à l'épreuve parce que je pense que ça en reste une de faire un long-métrage d'animation. Ça m'a pris cinq ans. Pour mon premier court-métrage, j'ai eu un souvenir. Il dure seulement douze minutes, s’appelle Chez moi et il a été diffusé sur Arte. Mais j'ai déjà trouvé ça hyper long parce que j'ai passé un an à l'écriture. C’est une histoire que j'ai écrite et j'ai demandé aussi à une co-scénariste de venir écrire sur le projet pour moi. Ensuite, il s'est passé également environ un an pour finir le film. Donc, c'est quelque chose qui était déjà assez épuisant pour moi et c'était seulement un court-métrage. Ensuite, c’était pareil pour la série Culottées, même si c'était des petits formats, ça restait quand même deux ans de production avec une équipe assez conséquente, plusieurs endroits de fabrication également. C'était pour France Télé, donc il fallait également qu'on rentre dans un format que demandait la chaîne, répondre à une sorte de cahier des charges. Il y a plein de contraintes à respecter et c'est vrai que ça forge aussi à travailler de façon organisée et à anticiper également les problématiques de production ou même de créativité qu'on pourrait avoir et de l'accepter ou de l'anticiper pour le long-métrage.
Quelle est votre opinion sur la diversité du cinéma francophone, sur la manière, stylistiquement, esthétiquement plutôt, je dirais, dont il y a cette richesse que l'on peut retrouver chez les talents du cinéma francophone, du cinéma d'animation francophone ?
En tout cas, cette année, c'est quelque chose qu’on se disait entre nous. Déjà, je connais un peu les autres auteurs qui ont sorti leur film cette année et on a un peu suivi les uns les autres pendant le temps de production. Je savais qu'il y avait Le corset de Louis Clichy, il y avait Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athane. Ce qui est vraiment chouette, c'est qu'il y a une grande palette, une grosse diversité de styles et d'histoires également. C'est là où ça devient intéressant parce que c'est la première fois où, finalement, le film d'animation n'est plus trop cantonné à un film soit du cinéma d'auteur, mais qui parle souvent des sujets... En fait, là récemment, je repensais à Persepolis, il y avait un peu une mode de Persepolis après le succès du film qui était très justifié, mais il y a eu presque tout un panel de films qui étaient vraiment très axés sur les histoires adultes, de guerre, avec Valse avec Bachir et tout ça. Et là, cette année, tout d'un coup, j'ai l'impression qu'il y a eu une ouverture un peu plus au-delà de ça. Donc, on n'est plus que sur des films que pour enfants ou que sur des films de guerre, mais on se permet également de parler de films sur la communauté queer, sur une histoire d'amour mélodrame comme In Waves ou alors sur une histoire très personnelle d'un enfant qui a grandi à la campagne. Donc, je pense que ça permet d'avoir plusieurs horizons pour le film d'animation, et qu'on n'était plus trop contraints à soit faire des films d'animation que pour enfants, ou alors faire que des films de guerre. Donc, je trouve ça très réjouissant, tout ça. Après, ce n'était pas du tout un reproche de dire qu'il y a des films de guerre, mais je trouve que c'était juste que le format d'animation était presque un peu trop cantonné à ces deux genres, et je trouvais ça un petit peu dommage. J'ai une grande admiration également pour les films qui parlent de guerre, et je trouve ça vraiment important et absolument génial qu'on puisse raconter cela par le médium de l'animation. C'était juste pour dire que la diversité permet d'avoir un peu plus de films très différents.
Pour les couleurs, l'idée de départ était de s'inspirer de ces lumières et couleurs californiennes. Il y avait quelque chose d'assez mélancolique dans cette histoire. Si j'avais à résumer la BD, la couleur bleue, ce monochrome-là, est une sorte de ligne directrice pour parler du blues, de la mélancolie, du chagrin et du deuil. C'est vrai qu'en faisant l'adaptation, je me suis dit que c’était un peu dommage de faire quelque chose qui ne soit que sur cette mélancolie et cette introspection, même si c'est quelque chose qui me plaît également. Mais je trouve qu'il y avait quelque chose de très vivant et très chaleureux dans ces personnages, dans leur rapport au monde, notamment parce que je les ai rencontrés pour de vrai. Franchement, ce sont des gens qui sont très lumineux malgré la tragédie qu'ils ont vécue. Ils continuent à parler de Kristen de façon très joyeuse. Du coup, je trouvais qu'il y avait quelque chose qu'il fallait mettre en avant, mettre à l'honneur cette vie-là, et que le film puisse aussi nous donner une immersion dans ces lumières californiennes et cette joie de vivre de ce groupe-là avant que ça bascule dans quelque chose de plus tragique. Donc ça fait partie de raconter l'émotion des personnages. Et à côté de ça, ça me permettait aussi de raconter les temporalités du film. Tu parlais du monochrome en noir et blanc. Il y avait cette idée-là de rappeler déjà la BD dans les parties où on représentait les origines du surf à Hawaï. Mais il y avait aussi cette idée de rappeler un peu le passé, la gravure, les premiers dessins qu'on pouvait avoir de cette époque-là et qui fait un peu contraste avec ces jeunes gens au présent. Cela montrait quelque part le surf, même si c'est quelque chose qui a vu le jour au XIVe siècle, dans une autre population, dans une autre culture qui est complètement différente de ce qu'on peut vivre aujourd'hui. C'est quelque chose qui nous connecte en tant qu'humains à travers le temps, avec cette idée que l'océan et les vagues nous reconnectent en tant qu'humains dans tout ça. Toute la partie où on est un peu plus sur des couleurs désaturées, un peu plus ternes, un peu plus denses, ça m'a permis de raconter plus le moment où AJ vit son deuil et raconte et retrace son passé, son histoire avec Kristen. C'était un petit peu ça l'idée.
Quel a été le travail dans l'approche du mouvement des personnages, que ce soit notamment dans le mouvement du surf, dans le mouvement du skate, pour avoir vraiment cette dynamique des personnages et cette manière dont ce mouvement les rapproche d’une forme d’énergie de vie ?
Tu veux dire que, quelque part, il y a cette notion de glisse-là, en fait, qui te permet de connecter ces personnages ? Ou c'est plus par rapport au mouvement lui-même ?
Tu veux dire que, quelque part, il y a cette notion de glisse-là, en fait, qui te permet de connecter ces personnages ? Ou c'est plus par rapport au mouvement lui-même ?
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C'est les deux en même temps.
Je pense qu'en fait, ce qui est intéressant dans la pratique de la glisse et du surf, c'est qu'il y a quand même une notion de ressentir, un peu, le lâcher prise. Et c'est donc ça aussi, en fait, quelque part ce que se raconte, au fond In Waves : c'est qu'il y a un peu des moments où on ne peut pas toujours contrôler les événements de la vie. Dans cette philosophie-là du surf ou même du skate, en fait, cette recherche absolue des vagues, des sensations fortes, je pense qu'il y a un peu cette idée-là d'aller un confronter aussi aux choses, aux éléments et d'accepter les choses comme elles viennent presque…. Pour parler un petit peu aussi de la fin, quand on entend la voix du personnage qui résume un petit peu sa réflexion par rapport à la notion du deuil, c'est qu’il ne peut rien faire avec ces émotions de chagrin qui viennent comme ça par surprise et qui vont un peu le submerger. La seule manière à lui d'aller de l'avant, c'est d'accepter cette vague d'émotions et de continuer à glisser, à vivre, à ressentir des choses.
Vous parliez justement tantôt de Culottées. Vous avez travaillé sur d'autres projets courts, des projets publicitaires. Comment, justement, cette expérience vous a peut-être servi dans le développement de ce film ?
En fait, j'ai l'impression que c'est assez cool quelque part. Enfin, le terme n'est pas bon, mais c'est un apprentissage de commencer par des petits formats. En tout cas, je le prends un peu comme ça. Souvent, je compare le long-métrage à un marathon et pour se préparer à ce marathon-là, on fait des choses plus modestes, plus vite, plus rapides avant. J'ai l'impression que ça m'a permis de créer des étapes dans mon cheminement de réflexion, de travail et également de me préparer à l'épreuve parce que je pense que ça en reste une de faire un long-métrage d'animation. Ça m'a pris cinq ans. Pour mon premier court-métrage, j'ai eu un souvenir. Il dure seulement douze minutes, s’appelle Chez moi et il a été diffusé sur Arte. Mais j'ai déjà trouvé ça hyper long parce que j'ai passé un an à l'écriture. C’est une histoire que j'ai écrite et j'ai demandé aussi à une co-scénariste de venir écrire sur le projet pour moi. Ensuite, il s'est passé également environ un an pour finir le film. Donc, c'est quelque chose qui était déjà assez épuisant pour moi et c'était seulement un court-métrage. Ensuite, c’était pareil pour la série Culottées, même si c'était des petits formats, ça restait quand même deux ans de production avec une équipe assez conséquente, plusieurs endroits de fabrication également. C'était pour France Télé, donc il fallait également qu'on rentre dans un format que demandait la chaîne, répondre à une sorte de cahier des charges. Il y a plein de contraintes à respecter et c'est vrai que ça forge aussi à travailler de façon organisée et à anticiper également les problématiques de production ou même de créativité qu'on pourrait avoir et de l'accepter ou de l'anticiper pour le long-métrage.
Quelle est votre opinion sur la diversité du cinéma francophone, sur la manière, stylistiquement, esthétiquement plutôt, je dirais, dont il y a cette richesse que l'on peut retrouver chez les talents du cinéma francophone, du cinéma d'animation francophone ?
En tout cas, cette année, c'est quelque chose qu’on se disait entre nous. Déjà, je connais un peu les autres auteurs qui ont sorti leur film cette année et on a un peu suivi les uns les autres pendant le temps de production. Je savais qu'il y avait Le corset de Louis Clichy, il y avait Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athane. Ce qui est vraiment chouette, c'est qu'il y a une grande palette, une grosse diversité de styles et d'histoires également. C'est là où ça devient intéressant parce que c'est la première fois où, finalement, le film d'animation n'est plus trop cantonné à un film soit du cinéma d'auteur, mais qui parle souvent des sujets... En fait, là récemment, je repensais à Persepolis, il y avait un peu une mode de Persepolis après le succès du film qui était très justifié, mais il y a eu presque tout un panel de films qui étaient vraiment très axés sur les histoires adultes, de guerre, avec Valse avec Bachir et tout ça. Et là, cette année, tout d'un coup, j'ai l'impression qu'il y a eu une ouverture un peu plus au-delà de ça. Donc, on n'est plus que sur des films que pour enfants ou que sur des films de guerre, mais on se permet également de parler de films sur la communauté queer, sur une histoire d'amour mélodrame comme In Waves ou alors sur une histoire très personnelle d'un enfant qui a grandi à la campagne. Donc, je pense que ça permet d'avoir plusieurs horizons pour le film d'animation, et qu'on n'était plus trop contraints à soit faire des films d'animation que pour enfants, ou alors faire que des films de guerre. Donc, je trouve ça très réjouissant, tout ça. Après, ce n'était pas du tout un reproche de dire qu'il y a des films de guerre, mais je trouve que c'était juste que le format d'animation était presque un peu trop cantonné à ces deux genres, et je trouvais ça un petit peu dommage. J'ai une grande admiration également pour les films qui parlent de guerre, et je trouve ça vraiment important et absolument génial qu'on puisse raconter cela par le médium de l'animation. C'était juste pour dire que la diversité permet d'avoir un peu plus de films très différents.
Je vais poser une question qui peut paraître un peu profane mais il y a toujours cette question de comment animer l'eau, comment donner de l'énergie à l'eau dans l'animation. Je trouve justement la manière dont l'eau est animée dans In Waves hyper vivante. Comment voyez-vous cette animation de l'eau en général comme dans votre travail sur le film ?
Je pense qu’il y a deux aspects. Il y a l'aspect narratif, symbolique et sensoriel, et l'aspect technique. Les deux ont été assez complexes à mettre en place, surtout l'aspect technique, on ne va pas s'en cacher, parce que la première chose que j'avais dite à la productrice quand elle m'a parlé d'adaptation de In Waves, c'est qu’il y a des vagues, ce qui veut dire qu'il y a de l'eau. J'ai eu une petite goutte de sueur sur le front (rires). Je me suis dit que ça allait être compliqué, un film pour adulte sans budget où il faut traiter de l'eau pour 90% des plans. Au final, déjà sur le plan technique, je suis hyper contente de ce qu'on a pu faire, parce que c'était quand même un long chemin. Il y avait beaucoup de recherches technologiques aussi, avec un logiciel qui s'appelle Blender, qui a été également utilisé sur pas mal de films d'animation ces dernières années. On a travaillé avec Paul Zaschner, qui est venu assez rapidement sur le projet pour nous développer tous ces outils-là. C'est quelqu'un qui est complètement autodidacte, qui a vu mes images et qui s'est un peu mis dans son coin tout seul avant de commencer à réfléchir sur comment il allait faire la chose. L'idée, c'était d'avoir une vague en 3D qu'on peut moduler un peu comme si on lui donnait plus ou moins d'intensité, de forme. Comme c'est de la 3D, ce sont des choses assez mathématiques : il faut rentrer un peu des lignes de code, et derrière, ça devient quelque chose d'assez automatisé. Mais une fois qu'on a fait ça, il faut quand même que ça respecte le graphisme que j'avais déjà mis en place. Il a pensé à créer des outils comme si on avait des pinceaux numériques qu'on allait peindre sur les vagues 3D. J'essaie de vulgariser un peu la chose. Pour tout ce qui est un peu plus de l'ordre du symbolique, je pense que le film est parsemé de ça. C'est là où je pense que le médium de l'animation et du dessin nous permettait aussi de faire des liens, des transitions autour des vagues. Très vite, par exemple, les ondulations des cheveux peuvent nous faire penser aux mouvements des vagues. Les draps peuvent devenir les vagues qui vont engloutir Kristen dans la chambre d'hôpital. Ce genre d'imagerie, je pense qu'elle marche peut-être de façon plus poétique et plus suggérée quand on est en animation. Si c’étaient des images réalistes filmées, peut-être qu'on n'aurait pas ce travail-là de synthèse de l'image qui fait qu'on puisse se projeter, partir dans l'imaginaire de façon aussi fluide et facile.
Par quel point souhaiteriez-vous clôturer cette interview ?
Il y avait quelque chose qu'on m'avait dit l'autre jour qui était assez chouette. Pendant le processus de fabrication du film, je pensais souvent qu'on avait un point de vue très masculin parce que c'est l'histoire de l'auteur qui parle de sa propre expérience avec Kristen et que c'est un peu ses souvenirs à lui d’elle. Malgré ça, j'ai vraiment essayé de faire en sorte que le film soit assez équilibré également, que ça soit quand même quelque chose d'assez doux et qui représente une relation de couple assez équilibrée et bienveillante. C'est un modèle que j'aimerais mettre en avant dans le cinéma parce qu'on a également beaucoup de modèles de couples qui sont dysfonctionnels, un peu toxiques ou déséquilibrés dans le cinéma et qu'on les met beaucoup en avant. Encore une fois, ce n'est pas du tout un souci pour moi, mais c'est juste pour faire un équilibre. J'avais envie de donner un peu plus de lumière aussi pour les personnages masculins et donner un peu des images de garçons « sympas ». J'ai trouvé ce commentaire-là assez chouette parce que c'était quelque chose qui était assez conscientisé pendant le processus narratif et fabrication du film donc je suis contente qu'on m'en parle, qu'on vienne en parler.
Je pense qu’il y a deux aspects. Il y a l'aspect narratif, symbolique et sensoriel, et l'aspect technique. Les deux ont été assez complexes à mettre en place, surtout l'aspect technique, on ne va pas s'en cacher, parce que la première chose que j'avais dite à la productrice quand elle m'a parlé d'adaptation de In Waves, c'est qu’il y a des vagues, ce qui veut dire qu'il y a de l'eau. J'ai eu une petite goutte de sueur sur le front (rires). Je me suis dit que ça allait être compliqué, un film pour adulte sans budget où il faut traiter de l'eau pour 90% des plans. Au final, déjà sur le plan technique, je suis hyper contente de ce qu'on a pu faire, parce que c'était quand même un long chemin. Il y avait beaucoup de recherches technologiques aussi, avec un logiciel qui s'appelle Blender, qui a été également utilisé sur pas mal de films d'animation ces dernières années. On a travaillé avec Paul Zaschner, qui est venu assez rapidement sur le projet pour nous développer tous ces outils-là. C'est quelqu'un qui est complètement autodidacte, qui a vu mes images et qui s'est un peu mis dans son coin tout seul avant de commencer à réfléchir sur comment il allait faire la chose. L'idée, c'était d'avoir une vague en 3D qu'on peut moduler un peu comme si on lui donnait plus ou moins d'intensité, de forme. Comme c'est de la 3D, ce sont des choses assez mathématiques : il faut rentrer un peu des lignes de code, et derrière, ça devient quelque chose d'assez automatisé. Mais une fois qu'on a fait ça, il faut quand même que ça respecte le graphisme que j'avais déjà mis en place. Il a pensé à créer des outils comme si on avait des pinceaux numériques qu'on allait peindre sur les vagues 3D. J'essaie de vulgariser un peu la chose. Pour tout ce qui est un peu plus de l'ordre du symbolique, je pense que le film est parsemé de ça. C'est là où je pense que le médium de l'animation et du dessin nous permettait aussi de faire des liens, des transitions autour des vagues. Très vite, par exemple, les ondulations des cheveux peuvent nous faire penser aux mouvements des vagues. Les draps peuvent devenir les vagues qui vont engloutir Kristen dans la chambre d'hôpital. Ce genre d'imagerie, je pense qu'elle marche peut-être de façon plus poétique et plus suggérée quand on est en animation. Si c’étaient des images réalistes filmées, peut-être qu'on n'aurait pas ce travail-là de synthèse de l'image qui fait qu'on puisse se projeter, partir dans l'imaginaire de façon aussi fluide et facile.
Par quel point souhaiteriez-vous clôturer cette interview ?
Il y avait quelque chose qu'on m'avait dit l'autre jour qui était assez chouette. Pendant le processus de fabrication du film, je pensais souvent qu'on avait un point de vue très masculin parce que c'est l'histoire de l'auteur qui parle de sa propre expérience avec Kristen et que c'est un peu ses souvenirs à lui d’elle. Malgré ça, j'ai vraiment essayé de faire en sorte que le film soit assez équilibré également, que ça soit quand même quelque chose d'assez doux et qui représente une relation de couple assez équilibrée et bienveillante. C'est un modèle que j'aimerais mettre en avant dans le cinéma parce qu'on a également beaucoup de modèles de couples qui sont dysfonctionnels, un peu toxiques ou déséquilibrés dans le cinéma et qu'on les met beaucoup en avant. Encore une fois, ce n'est pas du tout un souci pour moi, mais c'est juste pour faire un équilibre. J'avais envie de donner un peu plus de lumière aussi pour les personnages masculins et donner un peu des images de garçons « sympas ». J'ai trouvé ce commentaire-là assez chouette parce que c'était quelque chose qui était assez conscientisé pendant le processus narratif et fabrication du film donc je suis contente qu'on m'en parle, qu'on vienne en parler.
Propos recueillis par Liam Debruel.
Merci à Heidi Vermander de Cinéart pour cet entretien.










