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[CRITIQUE] : Eega, la mouche vengeresse



Réalisateur : S.S. Rajamouli
Avec : Sudeep, Nani, Samantha Ruth Prabhu,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Action, Comédie, Fantastique.
Nationalité : Indien.
Durée : 2h14min

Synopsis :
Nani, jeune homme fantasque et amoureux transi de sa voisine Bindu, se voit bientôt assassiné par Sudeep, un homme d’affaires sans scrupules qui convoite agressivement la charmante demoiselle. Réincarné en mouche domestique, Nani n’a cependant rien oublié de son passé. Animé d’une rage vengeresse et d’un amour toujours intact, il retrouve sa chère et tendre Bindu, qui comprend rapidement l’identité du malicieux insecte. Tous deux vont alors unir leurs forces et leur ingéniosité pour lutter contre l’infâme et tout-puissant Sudeep...





Tous les mômes biberonés aux cinémas burnés et effrontément rentre-dedans des 70s/80s, ont un attachement tout particulier au revenge movie, ce sous-genre savoureusement régressif du thriller, ou la violence y est souvent plus décomplexée et sauvage qu'à l'accoutumée.
Et en bon bourinos que nous sommes, nous avons tous été un peu (trop mal) élevé par les aventures purgatoires et sur-armées de ce bon vieux Paul Kersey, figure stellaire usé jusqu'à la moelle par une Cannon pas si près que ça, de son pognon.

Et quoiqu'en diront certains, qui ne retiendront que l'aspect furieusement jubilatoire qu'il peut - majoritairement - apporter au coeur de narrations il est vrai souvent faciles, le revenge movie n'est pas une science si simple à reproduire et plus d'une bisserie qui tâche s'y ait cassé les dents, même lorsqu'elles se laissaient aller à une effusion de sang et de morts gratuite.
Pas le genre de tâche à faire frémir la folie géniale d'un S.S. Rajamouli qui, en l'espace d'une seule et unique péloche, à amener le sous-genre à des sommets que même un Frank Castle des grands jours n'aurait jamais pu rêver, avec rien de moins... qu'un homme amoureux réincarné en mouche,  qui voit cette seconde vie comme une chance inespérée de se venger de son assassin.

Copyright Carlotta Films

OFNI parmi les plus beaux OFNI, qui débute comme une comédie romantique naïve et kitschouille bousculée par la tragédie (Jani tente depuis des années de conquérir le cœur de la belle Bindhu, mais il voit ses rêves annihilés par Sudeep, un homme d'affaires sans scrupules et coureur de jupons, tellement décidé à faire de Bindhu sa nouvelle conquête qu'il le tue, en faisant passer le tout pour un accident), avant de bifurquer vers le revenge movie d'action science-fictionnelo-WTF-esque (Jani renaît sous la forme... d'une mouche, qui se donne pour mission de se venger et de protéger Bindhu coûte que coûte), qui assume son postulat absurde avec un sérieux pastoral sans pour autant jamais se prendre, justement, au sérieux (pensez à un cousin du génial L'Aventure intérieur de Joe Dante, qui aurait des ambitions digne d'un blockbuster).

Et c'est là toute la force d'un trip sous-exta généreux et inventif (gunfights homériques, courses-poursuites, délires vaudou : tout y passe), où la virtuosité de la mise en scène, porté par un vrai sens du spectaculaire (son action limpide et lisible, à la lisière du cartoonesque, jonglent habilement entre les différentes échelles de ses protagonistes, et repense constamment des cadres en apparence banals à travers la perspective de son insecte vedette) et un montage enlevé, viennent amoureusement tromper les limites d'une intrigue un poil simpliste, dont l'humour complice (plusieurs gags font réellement... mouche) fait des ravages.
La folie et le génie de S.S. Rajamouli n'ont aucune limite, tant mieux pour nous...


Jonathan Chevrier