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[CRITIQUE] : L'Étrangère


Réalisatrice : Gaya Jiji
Avec : Zar Amir, Alexis Manenti, Amr Waked,...
Distributeur : Tandem
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h41min

Synopsis :
Selma fuit la Syrie en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu dans les geôles du régime. Arrivée à Bordeaux après un périple dangereux, elle enchaîne les heures de travail au noir, alors qu’un nouveau combat commence pour obtenir le droit d’asile et faire venir son fils Rami. Selma fait bientôt la connaissance d’un avocat, Jérôme. Leur histoire d’amour va tout remettre en question…





C'est peut-être (comprendre complètement) à cause d'un clivage politique mondiale de plus en plus extrême (la montée progressive - où plutôt, l'installation sereine - de l'extrême droite au pouvoir n'est plus qu'une simple menace, c'est une vérité qui nous touche tous à différentes échelles), qui va évidemment de pair avec une recrudescence des conflits mondiaux comme d'une humanité passablement usée par le contexte sanitaire de ses dernières années, que la production cinématographique actuelle à une tendance prépondérante à vouloir aborder des sujets socialement pertinents, pour mieux alerter une population face à des dilemmes humains, sociaux et/ou écologiques de plus en plus préoccupant.

Sensiblement au coeur des débats, et pas uniquement du côté de la droite (tout court, extrême compris), la question des réfugiés politiques et de ses nombreuses tragédies humaines n'est pas étrangère dans notre actualité quotidienne mais aussi et surtout, au sein de la production cinéma français et même, un poil plus largement, francophone.

Copyright Tandem Films

Nouvelle preuve en date avec le second long-métrage de la cinéaste syrienne Gaya Jiji (dont on avait aimé le plutôt réussi Mon tissu préféré), L’Étrangère, drame poignant et délicate sous fond de traumatisme, de déracinement et de non-dits, au plus près du parcours tout en détermination et en résilience de Selma qui, au terme d'un périple périlleux à travers le Vieux Continent, à réussi à fuir la Syrie où elle était professeur de français, même si elle laisse derrière elle un fils de 6 ans, et un mari disparu dans les geôles du régime.
Elle finit par s'installer à Bordeaux et, sans papiers, elle enchaîne les heures de travail au noir tout en étant férocement enchaînée aux rouages laborieux d'une bureaucratie européenne qui prend son temps pour décerner un droit d'asile, essentiel pour qu'elle retrouve son fils...

Portrait à la fois complexe et poignant d'une figure blessée et distante confrontée au poids des regrets comme à la froideur et à la méfiance du système comme d'une solidarité sous condition (une formidable Zar Amir Ebrahimi), dont la première moitié intense et captivante se délite gentiment lorsqu'une romance improbable se noue entre son héroïne et son avocat (un excellent Alexis Manenti), le film, pas toujours frappé du saut de la justesse côté narration (quelques ellipses faciles, une seconde moitié plus convenu là où ses personnages s'avèrent pourtant, merveilleusement nuancés voire ambiguës), n'en reste pas moins un exposé criant de vérité sur le statut de réfugié dans la société contemporaine, qui fuit une violence souvent frontale (la guerre) pour une autre plus insidieuse (le mépris social et bureaucratique, avec l'incertitude désespérée qu'il suscite chez des hommes et des femmes dont les vies dépendent d'une poignée de bouts de papiers).


Jonathan Chevrier