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[CRITIQUE] : Histoires Parallèles


Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Adam Bessa, Catherine Deneuve,...
Distributeur : Memento Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Américain, Italien, Belge.
Durée : 2h19min.

Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.





Ce qu'il y a de rassurant avec Asghar Farhadi c'est que, tout comme les péloches issues du jadis prolifique MCU (toute propension gardée évidemment, mais ne fustige pas tout de suite ce parallèle cher lecteur), le style si personnel du bonhomme ne change pas ou peu sa recette gagnante (à quelques ajustements près) à chaque séance, une constance aussi frustrante pour certains (aucune prise de risques, ni de vraies tentatives de s'aventurer au-delà de sa zone de confort), que d'une agréable prévisibilité pour les aficionados de son cinéma, intimement assuré de faire face à une excellente péloche, quoiqu'il arrive - même si son mitigé Everybody Knows avec le couple Pénelope Cruz/Javier Bardem, à presque failli contredire cette vérité.

Copyright Carole Bethuel

Librement inspiré de la sixième partie (Brève histoire d'amour) du Décalogue de Krzysztof Kieślowski, Histoires Parallèles, son second film en terres françaises après Le Passé en 2013, laisse un temps planer l'idée qu'il bouleverse un brin sa popote familière pour voguer vers quelque chose de moins cyclique et d'un poil plus pervers, sans pour autant totalement s'extirper d'une mécanique Hitchcockienne qui lui sied toujours aussi bien, en s'attachant aux aternoiements d’une romancière vieillissante qui est inspirée par les voisins qu’elle épie méticuleusement (et à qui elle invente des noms, à défaut de les connaître) des fenêtres de son appartement parisien cossu, leur imaginant par le pouvoir de la fiction, une existence sensiblement plus intriguante que la réalité (une sorte de triangle amoureux tragico-intense).

En s'appuyant sur les mystères même de la création artistique/littéraire comme sur sa dimension fantastique - et, notamment ici, perverse -, à travers le miroir exagéré d'une réalité sans réelles aspérités, Farhadi tissait en apparence un joli dialogue entre l'art et le réel (d'autant que l'on pourrait passer deux heures à suivre Huppert clope au bec et boîtes de thon ouvertes, même si son incarnation d'une romancière bobo-parisienne est une accumulation de clichés ambulants), avant de laisser pointer toute la fragilité de sa réflexion sur la responsabilité morale de l'auteur nourrit par un voyeurisme exacerbé, dont la toxicité viendrait bousculer d'une manière prophétique la tranquillité d'existences - en apparence - bien rangées, figures sans profondeur qui n'existent uniquement qu'à travers ce jeu de miroirs léthargique et fastidieux.

Copyright Carole Bethuel

Pire, Histoires Parallèles s'articule sur un paradoxe des plus irritants : tout apparaît excessivement sur-écrit et surjoué, là où le cinéma même de Farhadi prend d'habitude racine dans une authenticité difficilement discutable.
Le symbole le plus criant d'une œuvre monotone et confuse toute en longueur, qui ne cherche même pas à manipuler son auditoire en délimitant pour lui la frontière entre réalité et fiction, et encore moins à donner suffisamment de grain à moudre à une distribution d'exception.
Damn Asghar...


Jonathan Chevrier