[CRITIQUE] : The Punisher : One Last Kill
Réalisateur : Reinaldo Marcus Green
Acteurs : Jon Bernthal, Colton Hill, Jamal Lloyd Johnson, Judith Light, ...
Distributeur : Disney Plus France
Budget : -
Genre : Action.
Nationalité : Américain.
Durée : 0h51min.
Synopsis :
Un téléfilm spécial mettant en vedette le personnage Punisher.
À l'instar du démon rouge de Hell's Kitchen, les deux premières saisons de The Punisher, certes loin d'être sans défauts, s'avéraient néanmoins bénies par le Dieu du Toudoum cathodique, deux salves d'épisodes au rythme sensiblement décousu (à une époque où Netflix n'hésitait pas à proposer jusqu'à treize épisodes de cinquante minutes par saison) mais porté par une sauvagerie savoureusement régressive et surtout pleinement assumée, domptant la carcasse abimée et traumatisée de Frank Castle pour mieux laisser exploser la tragédie et la violence qui l'habitait au sein d'une sorte de (vrai/fausse) grosse bisserie qui tâche allant modestement à l'essentiel, faisant l'apologie d'une justice aussi sauvage qu'expéditive tout en questionnant intelligemment son auditoire sur la réhabilitation dans la société des anciens héros de guerre (thème qui habite le cinéma engagé ricain depuis les 70s).
Une proposition rafraîchissante en opposition à un MCU qui diluait consciemment ses productions dans une popote irritante à l'humour mi-bon enfant, mi-potache, tant elle laissait s'exprimer toute son obscurité, refoulée et amoureusement référencée au septième art burné, notamment au détour de la performance hallucinée et hallucinante d'un Jon Bernthal né pour ce rôle, et qui s'est tout naturellement approprié toute la démesure tragique du personnage, sans pour autant délaisser sa brutalité animale.
Revenu depuis sous le pavillon Disney/Marvel, on imaginait le Frank énervé de Bernthal trouver sa place au sein d'un cycle multiversel où les aventures dîtes " street level " sont soit bazardées sans ambition ni intérêt sur Disney Plus (Hawkeye, Echo, IronHeart), soit l'ombre d'elles-mêmes (Daredevil : Born Again).
Entre une présence à la limite de l'anecdotique aux côtés de Matt Murdock, et un statut de cheveu sur la soupe au coeur du spleen romantico-existentielle de Peter Parker/Spider-Man dans Brand New Day cet été, Marvel semblait lui offrir une sorte de petite compensation sauce transition concise vers une " Bisounoursification " (on exagère, mais pas tant que ça) de ses penchants paranoïaco-violents dans le film de Destin Daniel Cretton, avec The Punisher : One Last Kill, premier projet estampillé " Marvel's Special Presentations " depuis le diptyque Werewolf by Night/The Guardians of the Galaxy Holiday Special diffusé fin 2022 (un format censé devenir récurrent à l'époque).
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Cinquante minutes expurgées de toute mythologie insérée au chausse-pied où d'une quelconque odyssée apocalyptico-multiverselle, qui ne sont pas réellement là pour approfondir quoique ce soit autour du personnage ni apporter trop de contexte, mais bien pour nous rappeler combien il est tout aussi bien une figure douloureusement tragique et fascinante (l'un des personnages les plus captivants de toute l'histoire de la firme chère à feu Stan Lee), qu'un bulldozer taciturne et authentique, qui sait encaisser les coups pour mieux riposter encore plus durement.
Et c'est un virage où l'on n'attendait pas forcément le MCU (et ce, malgré la violence décomplexée - même si sporadique - de la série Echo), cette manière de ne pas retenir la violence brute de ses personnages, d'embrasser sans concession son odyssée sombre (avec une ambiance tendue et craspec, renforcée par une belle photographie texturée) comme une violence brute et physique au détour d'une action intense et viscérale, qui ne se laisse jamais aller à un montage frénétique et stérile : les coups font mal et la brutalité y est des plus rafraîchissantes, sans pour autant tutoyer le sadisme vulgaire - voire grotesque - du Punisher : War Zone de Lexi Alexander (petite balle perdue dans la nuit, certes).
S'il ne tisse pas forcément de véritables pistes futures (quoique l'introduction de Ma Gnucci, campée par la vénérée Judith Light, laisse présager de jolies choses pour l'avenir du personnage), et qu'il laisse un petit goût mitigé en bouche de part sa durée étriquée, qui l'oblige à ne jamais dépasser, narrativement parlant, le stade du fonctionnel (90 minutes ne lui aurait pas fait de mal, histoire d'incarner un vrai prélude à une saison 3 certes chimérique, mais toujours intimement espérée), le téléfilm/moyen-métrage de Reinaldo Marcus Green, dominé de la tête et des épaules par la prestation sans fausse note de Bernthal (dont l'interprétation est réduite à l'essentielle, lui qui connaît le personnage sur le bout de ses doigts ensanglantés), réussit là où tant de projets du MCU se sont ramassés ḍepuis le virage des années 2020 : divertir sans forcément diluer la violence ni l'intensité des péripéties de ses personnages.
Ça ne révolutionne évidemment pas la popote (on est dans le même mood que son pendant Netflixien) et ça ne propose rien de plus qu'un petit écart badass et furieux où les morts sont alignées à la pelle (non sans de gros VFX douteux), mais ça fait plutôt plaisir à voir.
Jonathan Chevrier


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