[CRITIQUE] : Autofiction
Réalisateur : Pedro Almodóvar
Acteurs : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo,...
Distributeur : Pathé Films
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h51min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Si l'on ne s'abaissera à nous laisser aller à débattre sur l'hypothètique déclin d'un cinéma désormais loin de son âge d'or (un débat à la fois stérile et peu pertinent puisque pour le cas du faiseur de rêve ibérique, il a démontré qu'il avait encore plus d'un chef-d'œuvre dans sa besace même passé ses prolifiques années 90), une vérité n'en est pas moins claire, affirmée aussi bien derrière la caméra qu'en-dehors des plateaux par Pedro Almodóvar lui-même : il est au crépuscule de sa passion colorée et démesurée avec le septième art, et l'heure est décemment plus à l'introspection mélancolique comme à l'épure cinématographique, dans une sorte de nouvelle strate de maturité où il semble s'inscrire de plus en plus franchement dans l'ombre réconfortante de Rainer Werner Fassbinder et Ingmar Bergman.
Une filiation naturelle qui se ressent autant dans son exploration des méandres à la fois familiers et tortueux du mélodrame, qu'à sa volonté de privilégier une simplicité essentielle dans sa mise en scène, dépouillée de tout excès formel mais toujours frappé par les contrastes, sans pour autant perdre une once de sa méticulosité obsessionnelle (une fois d'épure apaisée à la fois iconographique et thématique) en passant aussi et surtout, par sa propension fantastique à verbaliser la moindre de ses émotions, auprès de personnages bouffés par leurs solitudes comme leurs névroses.
Un cinéaste qui cherche, plus (Douleur et Gloire) où moins (La Chambre d'à coté) franchement, à faire de ses protagonistes les reflets de lui-même comme de ses propres tourments et angoisses, au coeur d'une mécanique intimo-cinématographique à la fois expérimentatrice et thérapeutique, un artifice de métafiction qu'il réitère à nouveau avec Autofiction (tout est presque dans le titre), d'une manière cela dit sensiblement moins subtile que par le passé (la structure à double résonnance, du film dans le film, est la même que pour La Mauvaise éducation), frappée par un sentimentalisme résolument plus forcé - voire excessif - ne laissant jamais véritablement la place à son émotion de s'installer au coeur d'une dérive où l'intersection nébuleuse entre le réel et la fiction, la souffrance et la reconstruction, est étonnamment malheureuse (mais néanmoins, paradoxalement, gentiment ludique).
Soit la mise en parallèle entre une cinéaste (Elsa) qui n'a plus tourner depuis belle lurette, et qui se sert des mésaventures d'une amie qui n'a jamais réellement su se confronter au décès de sa mère, qui s'avère l'avatar du nouveau scénario d'un célèbre cinéaste (Raúl) qui l'a calque à son image (sapant de facto toute dialectique d'émancipation/introspection).
Deux figures qui sont, inconsciemment évidemment, elles-mêmes les avatars plus où moins directes d'Almodóvar (l'histoire dans l'histoire dans l'histoire quoi) et de son méta-mémoire cinématographico-mélancolique lancé sur la voie chaotique de la catharsis créative et de la culpabilité derrière l'emprunt au réel (sous forme de mea-culpa tardif).
Mais le cinéaste ne réussit jamais à saisir l'urgence de son propos par sa mise en scène (élégante mais qui ne depasse jamais le stade de la playlist de ses effets les plus reconnaissables), sa direction d'acteurs (chaque performance manque de prestance et d'âme, malgré des interprètes exceptionnels) et encore moins par son écriture, qui ne s'offre pour réelle fulgurance qu'un dernier virage pour le coup particulierement surprenant, sursaut d'orgueil (ou de malice fugace) d'un métronome imposant qui aurait justement dû se lancer pleinement dans une introspection potentiellement à la lisière du pastiche consentie, à travers un regard dans le rétroviseur à la fois amer, mélancolique et complice.
Le hic, c'est que Douleur et Gloire existe déjà...
Jonathan Chevrier
Acteurs : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo,...
Distributeur : Pathé Films
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h51min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Si l'on ne s'abaissera à nous laisser aller à débattre sur l'hypothètique déclin d'un cinéma désormais loin de son âge d'or (un débat à la fois stérile et peu pertinent puisque pour le cas du faiseur de rêve ibérique, il a démontré qu'il avait encore plus d'un chef-d'œuvre dans sa besace même passé ses prolifiques années 90), une vérité n'en est pas moins claire, affirmée aussi bien derrière la caméra qu'en-dehors des plateaux par Pedro Almodóvar lui-même : il est au crépuscule de sa passion colorée et démesurée avec le septième art, et l'heure est décemment plus à l'introspection mélancolique comme à l'épure cinématographique, dans une sorte de nouvelle strate de maturité où il semble s'inscrire de plus en plus franchement dans l'ombre réconfortante de Rainer Werner Fassbinder et Ingmar Bergman.
Une filiation naturelle qui se ressent autant dans son exploration des méandres à la fois familiers et tortueux du mélodrame, qu'à sa volonté de privilégier une simplicité essentielle dans sa mise en scène, dépouillée de tout excès formel mais toujours frappé par les contrastes, sans pour autant perdre une once de sa méticulosité obsessionnelle (une fois d'épure apaisée à la fois iconographique et thématique) en passant aussi et surtout, par sa propension fantastique à verbaliser la moindre de ses émotions, auprès de personnages bouffés par leurs solitudes comme leurs névroses.
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| Copyright El Deseo / Iglesias Más |
Un cinéaste qui cherche, plus (Douleur et Gloire) où moins (La Chambre d'à coté) franchement, à faire de ses protagonistes les reflets de lui-même comme de ses propres tourments et angoisses, au coeur d'une mécanique intimo-cinématographique à la fois expérimentatrice et thérapeutique, un artifice de métafiction qu'il réitère à nouveau avec Autofiction (tout est presque dans le titre), d'une manière cela dit sensiblement moins subtile que par le passé (la structure à double résonnance, du film dans le film, est la même que pour La Mauvaise éducation), frappée par un sentimentalisme résolument plus forcé - voire excessif - ne laissant jamais véritablement la place à son émotion de s'installer au coeur d'une dérive où l'intersection nébuleuse entre le réel et la fiction, la souffrance et la reconstruction, est étonnamment malheureuse (mais néanmoins, paradoxalement, gentiment ludique).
Soit la mise en parallèle entre une cinéaste (Elsa) qui n'a plus tourner depuis belle lurette, et qui se sert des mésaventures d'une amie qui n'a jamais réellement su se confronter au décès de sa mère, qui s'avère l'avatar du nouveau scénario d'un célèbre cinéaste (Raúl) qui l'a calque à son image (sapant de facto toute dialectique d'émancipation/introspection).
Deux figures qui sont, inconsciemment évidemment, elles-mêmes les avatars plus où moins directes d'Almodóvar (l'histoire dans l'histoire dans l'histoire quoi) et de son méta-mémoire cinématographico-mélancolique lancé sur la voie chaotique de la catharsis créative et de la culpabilité derrière l'emprunt au réel (sous forme de mea-culpa tardif).
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Mais le cinéaste ne réussit jamais à saisir l'urgence de son propos par sa mise en scène (élégante mais qui ne depasse jamais le stade de la playlist de ses effets les plus reconnaissables), sa direction d'acteurs (chaque performance manque de prestance et d'âme, malgré des interprètes exceptionnels) et encore moins par son écriture, qui ne s'offre pour réelle fulgurance qu'un dernier virage pour le coup particulierement surprenant, sursaut d'orgueil (ou de malice fugace) d'un métronome imposant qui aurait justement dû se lancer pleinement dans une introspection potentiellement à la lisière du pastiche consentie, à travers un regard dans le rétroviseur à la fois amer, mélancolique et complice.
Le hic, c'est que Douleur et Gloire existe déjà...
Jonathan Chevrier



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