[CRITIQUE] : Les Goûteuses d'Hitler
Réalisateur : Silvio Soldini
Acteurs : Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun,...
Distributeur : Destiny Films
Budget : -
Genre : Biopic, Drame, Historique.
Nationalité : Italien, Belge, Suisse.
Durée : 2h03min.
Synopsis :
Durant la Seconde Guerre mondiale, Rosa est recrutée comme "goûteuse" pour le chef du parti nazi, Adolf Hitler. Trois fois par jour, la jeune femme et d'autres camarades doivent manger afin de s'assurer que la nourriture n'est pas empoisonnée. Chaque bouchée sera peut-être la dernière...
S'il y a bien une chose que l'on ne pourra décemment pas retirer au nouveau long-métrage du particulièrement prolifique cinéaste italien Silvio Soldini, c'est sa nature didactique, démontrant une nouvelle fois - si besoin était, évidemment - que le septième art, tout autant que la littérature, peut se faire le véhicule d'histoires vraies aussi puissantes qu'insensées, qui ne demandent qu'à être contées et être partagées au plus grand auditoire possible - et encore plus lorsqu'elles mettent en lumière des pans méconnus d'un événement dont on pensait connaître bon nombre de ses secrets.
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| Copyright Luca Zontini / Busch Media Group |
Ici, c'est celle assez folle mais visiblement bien réelle (même si contredite par plusieurs journalistes/historiens depuis), des " goûteuses d'Hitler ", plusieurs femmes recrutées - enfin, enrolées de force par les SS -, pour goûter jusqu'à la fin de la guerre, toute sa nourriture non loin de son bunker et éviter ainsi, entre autres, toute tentative d'empoisonnement et ce au péril de leur propre existence (de la chair à canon non plus sur le champ de bataille, mais dans les cantines du pouvoir donc).
Une vérité discutée longtemps inconnue du grand public mais dévoilée à la face du monde en 2012 - et peu de temps avant sa mort -, par Margot Wölka, seule survivante des dites goûteuses et dont l'expérience a nourrit le roman (Le assaggiatrici) de Rosella Postorino, qui sert de base même à la péloche de Soldini.
Si le film ne remet nullement en cause la véracité de cette histoire captivante, (son intérêt est même totalement l'inverse puisqu'il suit scrupuleusement les aternoiements du personnage - fictif - de Rosa Sauer, dont le mari est au front, et de ses six camarades d'infortune, contraintes de goûter la nourriture destinée au Führer), en revanche, il peine sensiblement à lui donner du corps comme de la tension (un comble pour des femmes- ici sept - qui remettaient, littéralement, leurs existences en jeu à la moindre bouchée) à travers son regard à la fois intimement et émotionnellement distancé, autant le fruit d'une mise en scène conventionnelle et sans envie (qui ne rend pas vraiment justice à une solide direction d'actrices, ni à une photographie léchée de Renato Berta) que d'une narration trop littéraire voire rigide dans son exploration d'une cruauté viscéralement macabre, qui suit ses personnages sans véritablement leur donner vie - où un tant soit peu de profondeur -, tuant dans l'œuf toute empathie/identification auprès de son auditoire.
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En résulte une expérience assez étrange, entre le drame historico-intime méticuleux et l'exposé redondant sur une poignée de destinées féminines subissant la barbarie d'un quotidien injuste et morose mais pourtant jamais véritablement palpable (une peur constante d'un empoisonnement qui, une fois encore, n'est pas assez incarnée dans son illustration plate et sans aspérités), dans une Allemagne en déliquescence et voyant les troupes soviétiques arriver à ses portes.
Une histoire forte pour un long-métrage loin d'être à sa hauteur.
Jonathan Chevrier



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