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[CRITIQUE] : Le Garçon qui faisait danser les collines


Réalisateur : Georgi M. Unkovski
Acteurs : Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Comédie, Drame, Musical.
Nationalité : Macédonien, Tchèque, Serbe, Croate.
Durée : 1h39min.

Synopsis :
Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?





Résolument moins prolifique (doux euphémisme) que ses voisins grec, turc et roumain (une comparaison évidemment déséquilibrée, certes), qui trouvent d'autant plus facilement leur chemin au coeur de nos salles obscures (mais également de festivals européens comme internationaux, qui facilitent geandement leur acquisition par les distributeurs hexagonaux), le cinéma macédonien n'en reste pas moins plein de promesses pour qui se laisse tenter par ses propositions qui sortent sensiblement des sentiers battus.

Copyright Cinema Futura

Pour preuve les longs-métrages de la talentueuse Teona Strugar Mitevska (les magnifiques Dieu existe, son nom est Petrunya et L’homme le plus heureux du monde, le moins heureux Teresa, biopic cible sur une Mère Teresa en passe de fonder l’ordre des Missionnaires de la Charité, porté par une Noomi Rapace pourtant impliquée), où encore le chef-d'œuvre Honeyland de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov, incroyable morceau de cinéma-vérité vissé sur l'une des dernières femmes à récolter le miel de manière traditionnelle, dans une parfaite communion avec la nature, au sein des montagnes désertiques de Macédoine.

Une vérité loin d'être discuté par Le Garçon qui faisait danser les collines (dont on préférera le titre original, plus concis et, paradoxalement, plus juste, Dj Ahmed), estampillé premier effort du wannabe cinéaste Georgi M. Unkovski, petite pepite de récit initiatique à hauteur d'adolescent, cloué aux basques d'un jeune berger en quête d'émancipation et originaire d'un village isolé, Ahmed, dont le père l'éloigne consciemment de l'école pour garder les moutons et s'occuper de son petit frère, muet depuis la disparition de leur mère.

Un môme élevé à la dure dont les envies d'ailleurs, motivés par un amour profond pour la musique (son seul et unique refuge, mais aussi un vrai lien spirituel avec sa matriarche mélomane) et la belle Aya (dont le mariage est déjà arrangé, une figure rebelle qui motive encore plus les élans libérateurs d'Ahmed), vont se confronter à la rigidité des croyances et des traditions de sa communauté d'origine turque et de confession musulmane, évidemment réfractaire au vent de modernité qui emballe la jeunesse.

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Exploration aussi délicate que son humour est ironique et subtil, d'une quête d'autonomie prenant les contours d'une rébellion spontanée et pleine d'audace face à une réalité étouffante où les pressions religieuses et communautaires façonnent durement les comportements, où la musique joue un rôle essentiel (elle reflète merveilleusement les émotions de ses personnages - incarnant presque un fil narratif naturel -, tout autant qu'elle lie les plus jeunes et creuse le gouffre entre les générations); Le Garçon qui faisait danser les collines est un beau drame initiatique sur une jeunesse en quête de liberté et d'expression, qui pousse habilement à la réflexion sur les mutations sociales face aux influences modernes.

Une (très) belle découverte.


Jonathan Chevrier