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[CRITIQUE] : La Vénus Électrique


Réalisateur : Pierre Salvadori
Acteurs : Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Comédie, Romance.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 2h02min.

Synopsis :
Paris, au début du XXe siècle. Persuadé que sa femme Irène est morte par sa faute, Antoine Balestro, peintre en vogue, n’arrive plus à se remettre au travail et désespère Armand, son galeriste. Un soir, en quête de pardon, Antoine, ivre, tente d’entrer en contact avec Irène par l’intermédiaire d’un médium.
Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste saltimbanque, qui ne connaît rien à l’au-delà et s’est faufilée dans la roulotte de la voyante pour voler de la nourriture...





On avait laissé le cinéma du génial Pierre Salvadori en 2022 avec son dixième long-métrage, où il retrouvait sa Corse natale pour mieux arpenter le terrain gentiment sinueux de la chronique enfantine avec le piquant La Petite Bande, sorte de Stand by me revisité à la sauce écolo (mais qui n'aurait pas perdu pour autant de sa noirceur et de sa dureté), où quand une poignée de mômes simili-intégristes en culottes courtes, décident rien de moins que de faire sauter l'usine qui pollue leur rivière, tout en séquestrant et en torturant de manière totalement imprévue, le patron de la dite usine.

Une comédie d'aventure touchante et foutraque bifurquant autant vers l'ode barrée et haute en couleurs à l'enfance et à son champ de tous les possibles, qu'à une mise en images parfois sombre de la difficulté de faire sa place, Salvadori rendant solennel l'importance d'appartenance à un groupe mais aussi et surtout comment les mensonges et la solitude imposés par les plus grands, peuvent être des antagonistes dévastateurs face à la pureté et l'innocence - pas si naïve et un brin rageuse - de la jeunesse.

Copyright Les Films Pelléas

C'est avec une proposition pas si eloigné dans certaines de ses thématiques mais sensiblement moins défendable qu'on le retrouve en ouverture de la dernière Croisette en date, La Vénus électrique, balade qui se revendique comme héritière des cinémas d'Allen et Lubitsch dans sa manière de vouloir voguer plus loin que la simple comédie d'époque romantico-légère, mais qui n'arrive jamais véritablement à distiller de la magie comme de la profondeur et des émotions (paradoxal pour ce qui est, en grande partie, une romance), à sa farce sur le mensonge, la création artistique (comme le tout aussi nostalgico-maladroit La Venue de l'avenir de Cédric Klapisch) et l'illusion, sabotée en grande partie par une écriture gentiment pachydermique dans ses désirs de complexité.

La narration est tout du long nouée autour des aternoiements toxiques d'un triangle amoureux loufoque et machiavélique défiant l'étrange et le temps dans le Paris de la Belle Époque, entre une artiste de cirque désespérée et exploitée (la " Vénus électrique " du titre, exploitée par un bonimenteur qui la traite comme un proxénète)/fausse voyante prétend communiquer avec la défunte femme d'un peintre douloureusement en deuil, (très) naïf/crédule et en panne d'inspiration, une supercherie démarrant de manière absurde avant d'être motivée par la cupidité de " l'ami " galeriste du dit peintre qui pense - à raison - que cette discussion avec l'au-delà l'inspirera au point de reprendre sa production de peinture hors de prix, mais aussi par l'amour naissant de la " menteuse intermédiaire ".

Copyright Les Films Pelléas

Du velours si seulement Salvadori - et ses co-scénaristes - réussissait à donner du corps et du cœur à sa tromperie burlesque et romantique, moteur d'un vaudeville qui n'en est pas totalement un, dont le rythme en dents de scie (pour ne pas dire laborieux) est étiré plus que de raison par des flashbacks pas toujours essentiels et poussifs (où surnage une magnifique Vimala Pons qui n'est réduite pourtant, qu'à un spectre du passé nourrissant la fadeur du personnage de Demoustier au présent), n'a d'égal qu'un déséquilibre tonale qui frise à la frustration, trébuchant tout autant dans son enthousiasme désuet que dans sa morosité grave.

Dommage que le cinéaste ne fasse pas assez confiance à la simplicité déroutante de sa mise en scène (une galerie de champs-contrechamps limpides, couplée à une photographie solaire de Julien Poupard), ni au talent de sa distribution (qui apparaissent au final tous sous-utilisés), tant ils auraient pu à eux seuls renverser la malédiction récente (que seuls Leos Carax et Jim Jarmusch ont su déjouer), d'un film d'ouverture qui place sur des rails peu enthousiasmants, une quinzaine pourtant loin d'être chiche en propositions alléchantes...


Jonathan Chevrier