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[PAS DE BUG EN L'AN 2000!] : #7. The Fast and Furious

© 2001 - Universal Studios - All Rights Reserved

" " Quoi ? Encore une nouvelle section sur votre site ? " Bah oui, on aime parler cinema et surtout compartimenter nos billets. Tu crois qu'on devrait consulter ?
Arf, pas besoin de te demander cher lecteur, toutes les voix dans nos têtes disent que tout va bien...
Enfin... bref, dans cette section tu l'auras compris, on va faire comme pour les sections 80s et 90s, mais avec les années 2000 et une production qui risque de titiller la nostalgie des millenials... où pas.
Bref, lâches ta PSP, armes-toi de ton Mp3 (on avait pas tous des Ipod, redescends) et embrasses toute cette douce vague de mélancolie qui s'apprête à foncer sur ta poire !



#7. Fast & Furious de Rob Cohen (2001)


Difficile pour l'auteur de ses mots, qui voit un méchant coup de vieux lui revenir tout droit - et sans appuyer sur la pédale de frein - en plein dans la tronche (parce qu'il a découvert le film en septembre 2001, dans une salle obscure et avec des yeux de gamins à peine dans la dizaine, et déjà beaucoup trop biberonné au cinéma d'action), de réaliser que Fast & Furious d'un Rob Cohen certes limité mais derrière quelques-unes des séances les plus réconfortantes de l'époque (Coeur de Dragon, Daylight, xXx,... les vrais savent), fête cette année ses vingt-cinq printemps, un quart de siècle qui aura vu un modeste rip-off (plutôt) bien luné du monument Point Break de Queen Kathryn Bigelow, revenir plusieurs fois de ces cendres (comme quasiment tous ses personnages), pour devenir la saga alpha d'un divertissement moderne dont elle a méchamment bousculé les codes, jusque dans la démesure la plus totale.

Une saga fascinante autant dans sa propre histoire rocambolesque (qui a survécu a tout, des scores insatisfaisants au box-office à la disparition tragique de ce qui était son comédien principal) que dans ce qu'elle convoque, la réminiscence (dans le bon comme dans le mauvais sens du terme) d'un cinéma d'action à l'ancienne un peu perdu dans les limbes des années 90, mais aussi l'incarnation d'un fantasme purement masculin : l'ivresse de la vitesse (l'incarnation pure et simple du " we feel the need, the need for speed " dégainé par Tom Cruise/Maverick dans un Top Gun avec qui il partage une vibe homo-érotique à peine masquée), l'adrénaline du chaos comme le frisson de l'illégalité derrière un volant qui nous a rarement paru aussi proche, l'excitation décomplexée nouée derrière la sensation viscérale de se sentir libre et vivant.

I live my life a quarter mile at a time. Nothing else matters : not the mortgage, not the store, not my team and all their bullshit. For those ten seconds or less, I'm free.


Le tout enrobé dans les bras musclés mais cotonneux de l'idée d'un cinéma certes simple - sans pour autant être simpliste - mais solidement exécuté (excepté les tics éculés de séquences au ralenti, que Cohen reproduira d'une manière encore plus irritante par la suite dans sa - déclinante - carrière), promettant suffisamment de courses-poursuites palpitantes et de séquences spectaculaires, pour divertir pendant deux heures - voire parfois plus - un auditoire totalement acquis à sa cause.
Toute la formule gagnante était déjà plus où moins introduite dès le film de 2001 : une action frénétique, une mise en valeur plutôt marquée des relations entre les personnages (même si ses figures féminines ne dépassent jamais le stade du faire-valoir des héros masculins) et une fascination accrue pour une culture underground dont elle retranscrit intelligemment les codes, presque westerniens dans l'âme (la notion de loyauté autant en ses principes qu'envers les siens).

Ask any racer. Any real racer. It don't matter if you win by an inch or a mile. Winning's winning.

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Dans cette première aventure, on y suit scrupuleusement le spectre du totem Point Break : un flic infiltré qui va lentement mais sûrement se laisser pervertir par le sujet de son enquête/objet de fascination, avec qui il se lance dans une bromance pas même perturbée par une violence décomplexée, ni par un passé trouble et encore moins par un love interest intimement lié aux deux personnages (une ancienne/nouvelle petite amie chez Bigelow, une soeur/petite amie chez Cohen), jusqu'à une opposition finale au symbolisme aussi subtil qu'un hippopotame en rut (le frisson presque orgasmique - double dose de Nos en prime - d'une course finale où ils se testent tout en domptant la mort, face à un train lancé à toute allure sur eux).

Soit Brian O'Conner, jeune flic de L.A. chargé par le FBI de démanteler un réseau de braqueurs de semi-remorques à main armée, que l'on suspecte appartenir à un gang de pilotes de rue au cœur de la ville.
Pour se faire, il se rapproche de la clique - appelée à devenir " La Familia " - du charismatique et peu chevelu Dominic Toretto, expert en mécanique comme en courses illégales, qui flirte gentiment avec les limites de la légalité pour continuer à joindre les deux bouts (ce n'est pas le petit restaurant familial comme son petit atelier de mécanique, qui le fait péter dans la soie du luxe lui et ses proches), mais aussi et surtout pour provoquer et maintenir un niveau intense d'adrénaline dans son existence.
Tout bascule réellement lorsque Brian tombe amoureux de Mia, la sœur de Dom, et que tout porte à croire que sa bande, jusqu'ici simplement suspectée, est l'auteur des braquages, même s'il s'échine à nier l'évidence...

I owe you a ten-second car.


Trompant le manque de profondeur évident - et à tous les niveaux - de son écriture (qui se complaît dans les stéréotypes faciles comme dans des dialogues sévèrement ampoulés), par un souci d'immersion qui mise sur une évasion sensorielle nerveuse et crédible (au point que l'intrigue policière se fait même presque secondaire), The Fast and Furious n'a jamais eu vocation à bousculer une popote résolument familière (entre l'actionner débridé et le polar urbain prévisible et efficace), mais à capitaliser sur ses forces attractives dans le seul et unique but de divertir, que ce soit via sa plongée dans un univers en plein essor dont il a renforcé la fascination collective (qui n'a pas voulu " tunner " sa caisse après avoir vu le film ?), le charisme comme à l'alchimie folle entre ses interprètes (un attachement à une " familia " qui a vite déborder le cadre du grand écran), où même sa volonté louable d'incarner un vrai film d'exploitation dépouillé, modeste et riche en carrosseries qui dépotent (coeur sur la Toyota Supra RZ Mark 4 de Brian, qui ferait presque de l'ombre à la magnifique Nissan Skyline GTR qu'il conduit dans le second opus), à l'action - majoritairement - lisible, qui ne sacrifie pas sa clarté sous le poids de son dynamisme.


Étonnamment, même s'il porte en lui tous les marqueurs/stigmates de son époque (dans ses VFX datés jusque dans sa bande originale aux influences multiples, allant du rap au metal en passant par l'électro; un éclectisme qui sera l'une des marques de fabrique de la saga) et que le sceau de la nostalgie pèse clairement dans la balance, le film tient toujours la route même un quart de siècle plus tard (idem pour sa suite, qui joue avec encore plus d'enthousiasme la carte du buddy movie), et il y a un plaisir réellement non feint à se laisser charmer par son rythme de croisière et sa poésie régressive, que plus d'un spectateur jugera pourtant vulgaire et insignifiant.
Mais même la bisserie qui tâche à désormais sa place sous le soleil du label " Cannes Classics " : deal with it.



Jonathan Chevrier