[CRITIQUE] : À pied d'œuvre
Réalisatrice : Valérie Donzelli
Avec : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Valérie Donzelli,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 1h32min.
Synopsis :
Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n'augure aucune fortune.
À Pied d’œuvre raconte l'histoire vraie d'un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l'écriture, et découvre la pauvreté.
Si l'on avait été de ceux a avoir été sensiblement charmé par le dernier effort en date de Valérie Donzelli, Rue du Conservatoire, jolie documentaire qui se fait tout autant une plongée effervescente dans les répétitions du spectacle de fin d'année de la promotion 2022 du CNSAD, que le portrait intime d'une cinéaste qui conjuguait sa créativité et sa fantaisie à celle d'une jeune génération passionnée; force est d'admettre que pour son retour à la fiction dite pure et dure, la limonade est loin d'être aussi digeste - même avec le sceau pimpant du Prix du scénario à la dernière Mostra, collé sur sa bobine.
Adaptation du roman autobiographique éponyme de Franck Courtès, le film s'inscrit au plus près des conséquences de la soudaine décision d'un quarantenaire jusqu'ici tranquille (dite décision qui ne prend pas tant les contours d'un caprice bourgeois, que ceux d'un acte courageux nourrit par une vraie vocation artistique), Paul, qui abandonne sa lucrative mais insatisfaisante carrière de photographe indépendant pour se consacrer pleinement à l'écriture, quand bien même le succès commercial semble méchamment le fuir, même après trois romans au compteur et une éditrice (une définitivement trop rare Virginie Ledoyen) qui lui met clairement l'imprimante sous la gorge - un succès littéraire, où ciao.
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| Copyright 2025 PITCHIPOÏ PRODUCTIONS – FRANCE 2 CINÉMA / Christine Tamalet |
Et d'adieu, il est également en passe d'en faire à la chair de sa chair, qui s'apprête à déménager à Montréal avec son ex-compagne.
Pour combler son manque à gagner, entre des royalties faiblards et des économies fuyantes, il décide de s'inscrire sur une application (fictive, Jobbing) qui lui donne accès à une multitude de petits boulots déterminé par la qualité des avis clients laissés après tâches, aux rémunérations dérisoires...
Et c'est là que le prisme de la narration dévoile toute son ambiguïté et, par extension, ses plus grosses fragilités : son héros s'inflige par son propre orgueil (où intégrité, selon l'interprétation de chacun), sa situation proche de la pauvreté (sans l'être réellement, puisqu'elle est ici induite comme une fatalité et non une réalité à laquelle il ne peut pas échapper, comme des millions de français aujourd'hui), par des choix radicaux jamais réellement rendus lisibles ni cohérents par l'écriture (pourquoi ne pas reprendre par exemple, ne serait-ce qu'un temps, une carrière de photographe pouvant subvenir à ses besoins ?), et dont la finalité n'est d'ailleurs jamais réellement palpable non plus à l'écran : s'il sacrifie tout pour sa liberté d'écrire - littéralement sa raison de vivre principale -, pourquoi le processus créatif apparaît-il aussi peu impactant et présent dans son quotidien ?
Là où la photo elle, dans le contrepoint que propose quelques effets stylistiques (quelques plans type Super 8), est plus palpable...
Le film incarne alors moins une chronique pragmatique sur la condition d'artiste au plus près la déshumanisation du marché du travail contemporain (alors qu'elle pointe pourtant la violence comme les humiliations, qui se nichent dans l'économie des petits boulots qui peinent à assurer la survie de ceux qui s'y accrochent), qu'un drame à thèse sur une précarité dépeinte sans trop de heurts, qui répète schématiquement la même dynamique jusqu'à ce que le chemin de croix de plus en plus poreux (mais riche en rencontres) de Paul, le guide vers une catharsis idéalisée.
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Le tout emballé à travers une mise en scène certes élégante, mais qui cherche peut-être un peu trop maladroitement à symboliquement s'inscrire dans les pas du réalisme social britannique cher à Loach et Leigh.
Fastidieux donc (et sans la fantaisie si familière de la cinéaste), voire méchamment déconnecté (sans pour autant se perdre dans les méandres d'un miserabilisme putassier, ni d'un moralisme irritant), malgré la partition investie d'un Bastien Bouillon juste en auteur indocile et dépouillé économiquement comme socialement (mais qui reste, pour autant, intimement lié à la sphère bourgeoise qui a toujours été sienne), mais qui ne brade pas pour autant ses ambitions comme sa dignité.
Un entre-deux brutal qui caractérise assez bien la position du spectateur après vision...
Jonathan Chevrier



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