[SƎANCES FANTASTIQUES] : #106. The Brass Teapot
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| Copyright Pandastorm Pictures / Magnolia Pictures |
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
The Brass Teapot, réalisé par Ramaa Mosley, s’inscrit dans la tradition de la fable satirique contemporaine, mêlant comédie noire, fantastique et critique sociale avec une audace aussi ludique que dérangeante. À partir d’un concept simple mais redoutablement efficace, une théière magique capable de produire de l’argent dès lors que ses propriétaires ressentent de la douleur, le film propose une réflexion mordante sur le matérialisme, la frustration sociale et la facilité avec laquelle les principes moraux peuvent se fissurer face à la promesse d’un confort immédiat. La force première du film réside dans son idée centrale, traitée comme un véritable moteur symbolique. La théière en laiton, objet domestique banal soudain investi d’un pouvoir surnaturel, agit comme un révélateur cruel des failles humaines. Elle met à nu les mécanismes de l’avidité, transformant la souffrance physique ou psychologique, en monnaie d’échange. À travers cette logique absurde mais implacable, The Brass Teapot interroge le spectateur sur sa propre tolérance au compromis moral, dans un monde où tout semble pouvoir être monétisé.
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Le couple formé par Juno Temple et Michael Angarano constitue l’un des grands atouts du film. Leur alchimie rend crédible la trajectoire de ces deux personnages ordinaires, d’abord unis par des aspirations modestes, puis progressivement déséquilibrés par l’attrait de l’argent facile. Juno Temple impressionne par la subtilité de son jeu, faisant évoluer son personnage d’une vulnérabilité touchante vers une forme de dureté presque inquiétante, sans jamais le rendre totalement antipathique. Le film excelle ainsi à montrer comment une bonne intention peut lentement dériver vers une logique de domination et de contrôle. La mise en scène, volontairement sobre et resserrée, privilégie l’efficacité du propos plutôt que l’esbroufe visuelle. Le fantastique y est traité comme un simple levier narratif, jamais comme un refuge merveilleux. Cette retenue renforce le malaise diffus qui s’installe progressivement, donnant au film l’allure d’une parabole morale moderne. À ce titre, The Brass Teapot évoque, par son ton faussement léger, certaines lectures jeunesse marquantes, comme Les Indiens de la rue Jules Ferry.
Dans ce livre, le jeu et l’imaginaire permettaient aux enfants de réenchanter un quotidien modeste, tout en révélant en creux les inégalités et les frustrations du monde adulte. De manière similaire, le film utilise un objet magique pour exposer les tensions sociales et intimes, mais là où le récit jeunesse célébrait l’évasion et la solidarité, The Brass Teapot en propose une version adulte, désenchantée, où l’imaginaire devient un piège plutôt qu’un refuge. Quelques bémols viennent toutefois tempérer l’enthousiasme. Le rythme, notamment dans la seconde moitié, souffre de certaines répétitions. Le film exploite parfois son concept de manière un peu trop littérale, donnant l’impression de tourner en rond là où il aurait pu approfondir davantage ses enjeux psychologiques ou sociaux. De plus, la satire, bien que pertinente, reste relativement sage : certaines pistes comme la violence sociale, la banalisation de la souffrance ou encore, la responsabilité collective, sont esquissées sans être pleinement explorées, comme si le film hésitait à franchir un seuil plus radical.
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Malgré ces réserves, The Brass Teapot demeure une œuvre originale et stimulante, portée par un concept fort et des interprétations solides. À l’image des fables qui marquent l’enfance avant de révéler leur complexité à l’âge adulte, le film séduit par sa simplicité apparente tout en laissant affleurer une réflexion plus sombre. Imparfait mais sincère, il s’impose comme une curiosité précieuse du cinéma indépendant, capable de divertir tout en invitant à un inconfort salutaire.
Jess Slash'Her










