[CRITIQUE] : The Mastermind
Réalisatrice : Kelly Reichardt
Acteurs : Josh O'Connor, Alana Haim, John Magaro, Bill Camp,...
Distributeur : Condor Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Policier.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h50min
Synopsis :
Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d'un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d'œuvres d'art. Avec deux complices, il s'introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.
Un film de braquage sous fond d'humour noir, par une cinéaste rare et passionnée (et, dans le même mouvement, à la filmographie incroyablement fascinante), sublimant la marge comme la solitude avec une radicalité exceptionnelle, et qui n'a de cesse eu la volonté de se réinventer au fil des expériences (et ce, tout en réussissant la prouesse de toujours rester fidèle à elle-même) : voilà la proposition, décemment impossible à refuser pour tout cinéphile de bon goût, qu'incarne le dernier long-métrage de la merveilleuse Kelly Reichardt, The Mastermind, qui s'appuie sur les codes du genre tout autant qu'elle les subvertie pour composer une oeuvre à son image, tranchée et captivante, dense et puissante où l'importance ne réside pas dans la précision chirurgicale de l'exposition d'un plan infaillible et spectaculaire, mais dans la méditation méticuleuse de celui qui l'entreprend, dans la complexité qui se niche derrière l'incapacité de mener à bien ses desseins, et encore plus son existence.
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| Copyright Filmscience / Mubi / Condor Distribution |
Moins heist movie pur et dur flanqué au coeur d'une Amérique des 70s en plein trouble de la guerre du Vietnam et des manifestations pacifistes (que la politique de Nixon réprime par une violence sourde), qu'une douce et piquante comédie noire sauce road trip désenchanté, noué autour d'une réflexion amère sur le pays de l'oncle Sam et une résignation morale qui plantera les graines du quotidien désespérant (et terrifiant) d'aujourd'hui, Reichardt pense son film comme un cousin pas si éloigné au monument Un après-midi de chien, avec un casse désastreusement absurde et maladroit (et, pour le coup, réellement drôle dans le manque d'élan flagrant de son exécution comme celle qu'à la cinéaste de le mettre en lumière) qui vient bousculer le quotidien trop tranquille et sans éclat d'un petit voleur anticonformiste.
Un anti-héros diplômé d'histoire de l'art aussi vulnérable qu'à la dérive, qui abandonne femme et enfants pour l'ivresse du braquage d'un musée d'art contemporain, qui ne fera que de le plonger dans une fuite en avant désespérée et désespérante.
Un faux " cerveaux " (toute l'ironie est exposé dans le titre, qui révèle les aspirations du personnage avant que les images n'expose son impuissance) gentiment antipathique incapable de gagner sa vie par lui-même, d'affronter la réalité comme d'exprimer la moindre de ses émotions, qui trompe, abandonne et trahit les siens au point de se condamner à une solitude insondable, à une vie aussi terne que l'Amérique qu'il arpente, dont Reichardt pointe la médiocrité avec une crudité rare, un désert de corruption, d'individualisme décomplexé et de promesses abandonnées, le revers de la médaille d'un rêve américain qui n'a même plus de sens pour ceux qui y croient.
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| Copyright Filmscience / Mubi / Condor Distribution |
Son " Mastermind ", figure attachante dans un malheur dont il est le seul coupable par ses choix malheureux (et incarner par un formidable Josh O'Connor, qui en capture toutes les nuances avec une subtilité rare), est le symbole même d'un délitement inéluctable au désespoir silencieux, celui du pillage existentiel d'une Amérique qui perd plus en son sein qu'elle ne vole ailleurs, qui perd consciemment ses fragiles valeurs dans une forme de résignation à la fois lasse et complaisante, alors que le bourdonnement omniprésent des ravages de la Guerre du Vietnam, vient épouser celui jazzy de la musique de Rob Mazurek, une double couche de mélancolie sur un malaise social de plus en plus écrasant.
Observation contemplative d'une descente aux enfers silencieuse qui fait écho à un délitement national bruyant et violent, The Mastermind est un énième grand film d'une grande et indispensable cinéaste, LA palme d'or d'une réunion cannoise résolument passée à côté.
Que les spectateurs n'en fasse pas de même à sa sortie.
Jonathan Chevrier








