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[CRITIQUE] : Marty Supreme


Réalisateur : Josh Safdie
Acteurs : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Fran Drescher, Kevin O’Leary,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Biopic, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h30min.

Synopsis :
Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.





Il y a des films dont la hype est telle que l’on s’attend invariablement à être déçus, tel un soufflé destiné à retomber lamentablement une fois arrivé dans notre assiette. Cette crainte était bien évidemment présente pour ce Marty Supreme, essentiellement suite à une promotion agressive et omniprésente à coups de déclarations virulentes de Timothée Chalamet, vestes floquées menant à des bagarres et autres reins vendus pour les acquérir. Pourtant, une fois la projection du film terminée, une chose était sûre dans notre tête : le film est très bon, extrêmement bon même et mérite clairement ses louanges.

Copyright Entertainment Film Distributors / A24 / Metropolitan FilmExport

Il faut dire que la personnalité de Marty Mauser est particulièrement passionnante, dissimulant ses rejets constants dans une confiance absolue en lui-même qui se retournera contre lui. Inscrit continuellement en porte-à-faux par son statut de pongiste surdoué dans une Amérique qui n’a cure de ce sport ainsi qu’en jeune juif post seconde guerre mondiale, notre héros tente de s’affirmer par lui-même, fameux American Dream qui dévore tout ce qui est à sa portée sans se soucier des dégâts commis en chemin. C’est une figure détestable, instrumentalisant entre autres un récit de partage par un de ses aînés ayant connu les camps pour bien se faire voir par un homme riche afin de bien se faire remarquer. Comme dans Good Times et Uncut Gems, il est dur de ne pas vouloir suivre pareil antihéros détestable et attachant à la fois, nourri par la verve d’un Chalamet au sommet de son art.

Mais plus que l’excellente interprétation de sa star, c’est la structure du récit qui nous fascine, sa façon de nous prendre à la gorge et de ne pas nous lâcher jusqu’à ce qu’on en oublie presque de respirer. Après une première partie faussement posée, la narration va virer vers une fuite quasi constante, renvoyant Marty dans tous les sens à force de vouloir toucher le bon coup tout en le ratant perpétuellement, mené dans son échec par son ego avec un déterminisme quasi absurde. La manière dont l’intrigue va se retourner encore et encore a quelque chose d’aussi absurde que vertigineux.
Comment ne pas parler de vertige quand cette course perpétuelle résonne dans une Amérique qui prétend se construire toute seule en demandant continuellement des ajouts extérieurs ? Il y a de quoi creuser dans le traitement de ce personnage qui fonce tête baissée, obstiné dans sa soif de réussite égoïste, quitte à devoir se plier à diverses humiliations. Le climax s’avère alors passionnant dans sa manière de faire résonner ses rapports de figure, que ce soit par le lieu, les enjeux de fond ou même une réplique touchant au fantastique mais parvenant à exprimer encore plus le rapport à l’imagerie que l’on se construit, la façade remplaçant l’humain.

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Avec tout cela, on pourrait creuser sur la nervosité de la mise en scène et le grain de sa photographie qui parvient à lier modernité d’enjeux et reconstitution historique mais il y aurait tant à dire qu’on ne veut pas tout éventer. Marty Supreme s’avère en tout cas un film nerveux, riche en fond et en forme avec sa tension permanente, nourri par les désillusions et ses réclamations individuelles en marge d’un rêve américain continuellement trompeur. C’est prenant à un point où on ne sent pas ses 2h30 passer tout en étant techniquement irréprochable. Découvrez donc le film au plus vite sur le plus grand écran afin de chuter dans le même vide que son personnage principal passionnant en faille, figure d’ego permanent que l’on ne peut s’empêcher de suivre malgré tout.


Liam Debruel



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Il est assez cocasse de voir les deux frangins Safdie faire leurs baptêmes du feu en solo, au détour du genre le plus éculé et cheap qui soit au sein de la jungle Hollywoodienne : le biopic - à plus ou moins grosse tendance sportive -, comme si l'idée de jouer la carte de la sécurité était celle qu'ils pensaient la plus adéquat pour s'affirmer chacun de son côté, alors que leurs efforts en commun se démarquaient justement, jusqu'ici, par une volonté presque viscérale de ne pas se greffer au tout commun (même avec une révérence marquée et constante, au maître Scorsese).

Si avec Smashing Machine le cadet, Benny/Ben, se perdait gentiment dans les méandres du biopic ciblé et conventionnel, malgré une mise en scène caméra vissé à l'épaule (zooms et travellings nerveux, le tout embaumé dans le grain si particulier du 16mm) tentant de donner un minimum le change; avec Marty Supreme, l'aîné, Josh, compose un long-métrage diamétralement opposé dans son ton (mais pas tant que cela dans la forme, avec un 35mm tout aussi classique que joliment âpre, et une nervosité toujours aussi familière en bandoulière), une sorte d'anti-biopic au plus près d'une figure consciemment antipathique mais au déterminisme exceptionnel, dont il taille un portrait au vitriol en s'inspirant librement de faits réels.

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Un récit factuel qui ne dévie jamais de sa route toute tracée d'un côté, une fable agitée et délirante (même si, il est vrai, elle aussi ciblée dans le temps) so Nouvel Hollywood sur une figure impitoyablement extravagante et égocentrique de l'autre, à qui la narration n'offre aucune possibilité de rédemption ni de réhabilitation, et qui démarre tambour battant (un parallèle visuel entre un ovule et une balle de ping-pong, qui donne littéralement le ton du film) : autant dire que le Josh sait méchamment titiller son cinéphile, et pas qu'un peu, mais s'avère surtout un faiseur de rêves plus malin que son frangin, puisque prompt à bien s'entourer (contrairement à Benny, Josh a gardé avec lui la plume de Ronald Bronstein, comme sa science affutée au montage, et ça fait une nette différence à l'arrivée).

Trip déglingué inspiré (librement donc) de la vraie vie du pongiste américain Marty Reisman (ici renommé Marty Mauser), dont le film ne cache ni l'arrogance/fierté exacerbée ni l'ambition démesurée de prouver sa supériorité au monde - être le meilleur, coûte que coûte -, le film se revendique pleinement comme un cousin loin d'être éloigné de Uncut Gems (qui lui reste évidemment supérieur), dans sa manière de voguer avec assurance sur la voie d'une déconstruction hallucinée et hallucinante de la vanité trompeuse de l'American Dream et de la figure du self made man, dans sa manière de prospérer dans le chaos le plus total d'une nation fantasmée et délabrée auprès d'un loser (pas si) magnifique en perpétuel quête de reconnaissance.

Et d'ainsi accoucher, non dans une cacophonie assez folle (là encore, pour les amoureux de Good Time et Uncut Gems, on est en terrain méticuleusement balisé et conquis), d'une pure odyssée psychédélique où chaque séquence semble bouffer la précédente dans une ivresse frénétique et tourmentée où le calme n'a jamais sa place, où la vérité se fait crue et jamais édulcorée.

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Pas vraiment un biopic, ni totalement une satire (sa lecture du capitalisme au détour de la notion, très américaine, du dépassement de soi, n'est pas tant charpentée que cela), un thriller psychologique où encore moins un drame sportif jusqu'au bout de la raquette (peu de séquences de matchs à se mettre sous la dent), continuellement en mouvement, telle une balle de ping-pong qui rebondit aux quatre coins d'une table de plus en plus étouffante (bien aidé par un Darius Khondji en pleine possession de ses moyens), Marty Supreme s'affranchit de tout (quitte à flirter avec un anachronisme - notamment dans sa bande originale - qui lui colle, in fine, plutôt bien à la pellicule), n'a jamais peur de sa propre prétention - surtout formelle - ni de son irrévérence et de sa désinvolture, à l'image d'un exceptionnel Timothée Chalamet tout en excès, qui swingue tout du long sur le fil tenu de la répulsion comme de la fascination (et à qui répond une étonnante Odessa A’zion, pilier d'une romance loufoque mais vibrante).

Excessive et éreintante - dans le bon sens du terme -, agitée et névrotique, la cuvée 2026 des Safdie, entre Scorsese et les frères Coen, se fait bien plus dense et délectable que la précédente, et c'est une sacrée bonne nouvelle pour le septième art ricain, comme pour les cinéphiles que nous sommes.


Jonathan Chevrier