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[CRITIQUE] : The Bride!


Réalisatrice : Maggie Gyllenhaal
Acteurs : Maggie Gyllenhaal, Christian Bale, Pénélope Cruz, Annette Bening, Peter Sarsgaard, Jake Gyllenhaal,...
Distributeur : Warner Bros. France
Budget : -
Genre : Drame, Epouvante-horreur, Romance, Science Fiction, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h07min.

Synopsis :
Rongé par la solitude, « Frank » se rend à Chicago dans les années 1930 et demande au Dr. Euphronious, scientifique visionnaire, de lui créer une compagne. Ensemble, ils ressuscitent une jeune femme assassinée, et la fiancée prend vie ! Mais la suite des événements dépasse tout ce que qu’ils auraient pu imaginer : meurtres, possessions, et un couple hors-la-loi qui se retrouve au centre d’un mouvement social radical et débridé, et d’une histoire d’amour passionnelle et tumultueuse !





Quand bien même les deux films sont, dans le ton comme dans la forme (voire même dans leurs conceptions, le second étant passé d'une mort annoncée du côté de la firme au Toudoum Netflix, à une renaissance improbable chez une Warner en crise mais, paradoxalement, encore prompt à enchaîner les risques commerciaux), diamétralement opposés, difficile pourtant de ne pas nouer quelques points de concordance entre le récent "Hurlevent" d'Emerald Fennell et The Bride!, second long-métrage de la comédienne et désormais cinéaste (tout comme la maman de Promising Young Woman) Maggie Gyllenhaal, tant les deux efforts affirment dès leurs titres, leur volonté de s'affranchir des oeuvres originales pour incarner des réappropriations personnelles.

Copyright 2026 Warner Bros. Entertainment Inc. All rights reserved.

L'absence de Frankenstein du titre est ici des plus claires : faire du personnage de la Fiancée une figure à part entière et autonome (avec ses propres besoins, désirs et angoisses) qui ne dépend pas uniquement d'un " monstre " qui, dans le même temps, ne serait pas forcément relégué au second plan : sa solitude est le moteur même de la création de sa moitié, là où leur lien à la fois intense et fragile, est le coeur même de la narration.
La question était alors de savoir si les bonnes intentions de Gyllenhall, seraient suivies d'une exécution à la hauteur ce qui, pour "Hurlevent", était l'un des soucis majeurs d'un édifice précaire qui n'était pas fondamentalement fait non plus, pour tenir la route.

Après vision, la réponse se trouve au coeur d'une zone grise, tant la cinéaste compose un opéra baroque tout aussi chaotique que gentiment tordu dans le Chicago des 30s, une odyssée gothique et sauvage qui refuse toute étiquette facile (on pourrait, vulgairement, le penser comme un mélodrame romantico-horrifique bifurquant vers le polar noir sauce film de gangsters), dont l'émotion à fleur de peau comme sa rage moderne et féministe, est tout autant une force qu'une infinie faiblesse : tout y est frontal et brutal, bruyant et terriblement intense, tout du long au plus près d'une anti-héroïne bouleversée et en colère, qui refuse de renaître et d'exister pour simplement satisfaire les besoins d'un autre.
Une âme impulsive mais surtout cruellement en quête de sens qui voit ce retour à la vie autant comme une chance qu'une malédiction.

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Psychédélique et malade comme la passion qui anime ses deux figures centrales et leurs interprètes (une Jessie Buckley proprement électrisante quans bien même son allure n'a rien de cabossée, fait ici face à une Christian Bale tout en retenue, blessé et totalement submergé par la maladresse d'avoir confondu amour et possession, pour combler le vide insondable qu'il assaille), ressemblant moins au pavé de Shelley qu'à un cousin déglingué du Tueurs nés d'Oliver Stone (ses coutures à l'agrafeuse ne sont pas assez solides pour être comparé au monument Sailor & Lula du roi Lynch), qui n'hésite pas à s'enfoncer tête la première dans le sillon chaotique qu'elle n'a de cesse de consciemment creuser.

La faute à une narration décousue et redondante, dont la délicatesse et la subtilité sont équivalentes à une mandale de Bud Spencer dans la tronche (mais d'où émergent quelques vraies instants de poésie à la fois improvisés et totalement déconnectés).
Trop long et trop exubérant - voire trop tout court -, mais porté par un esprit louable de vouloir incarner une sorte d'onde de choc cinématographique méta-punk et radical, qui porterait fièrement ses cicatrices comme son militantisme en bandoulière, The Bride! est une tragédie fourre-tout étrange et imparfaite qui s'assume comme telle, saturée mais captivante, déglinguée mais vibrante.

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Alors oui, on peut ne pas forcément adhérer (doux euphémisme) aux propositions extrêmes que sont "Hurlevent" et The Bride!, mais on ne peut que saluer leurs existences, et encore plus dans des salles obscures, à une heure où les femmes cinéastes n'ont pas toujours quartier libre aux cœurs des grosses majors Hollywoodiennes, et encore moins pour des oeuvres originales qui n'incarnent pas d'énièmes déclinaisons d'une franchisation à outrance d'une production - plus où moins - populaire...


Jonathan Chevrier



Copyright 2025 Warner Bros. Entertainment Inc.



Avec The Bride!, Maggie Gyllenhaal signe une relecture ambitieuse et fiévreuse du mythe imaginé par Mary Shelley dans Frankenstein. Loin d’un simple exercice de style gothique, le film propose une œuvre hybride, à la fois mélodrame romantique, fresque historique et manifeste féministe. En choisissant de se concentrer sur la figure de la Fiancée, longtemps réduite à une apparition iconique dans l’histoire du cinéma fantastique, la cinéaste opère un geste de déplacement radical : elle offre un centre narratif à un personnage qui n’avait jamais eu voix au chapitre.

La genèse du projet s’inscrit dans la continuité du travail de Gyllenhaal sur les subjectivités féminines. Après avoir exploré les ambivalences du désir et de la maternité, elle s’attaque ici à une créature littéralement fabriquée pour satisfaire un homme. Le déplacement de l’intrigue dans l’Amérique industrielle des années 1930 n’est pas anecdotique. Ce contexte, marqué par la crise économique et l’essor des grandes métropoles, permet d’ancrer le récit dans un univers où les corps, les machines et les identités sont produits, échangés, remodelés. La Fiancée devient alors la métaphore d’un être façonné par des forces qui la dépassent : la science, le patriarcat, le capitalisme.

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Sur le plan technique, le film impressionne par la cohérence de son esthétique.
 Gyllenhaal adopte un style gothique teinté d’expressionnisme, mêlant ombres tranchées, décors industriels et lumières presque irréelles. La photographie joue sur des contrastes violents : les intérieurs sombres sont percés d’éclats électriques, les visages surgissent de la pénombre comme des apparitions. Cette stylisation revendiquée donne au film une dimension presque opératique. La ville devient un organisme vivant, fait d’acier et de fumée, miroir du corps recomposé de la créature.
La mise en scène privilégie les mouvements de caméra fluides mais tendus, comme si l’image elle-même cherchait son équilibre. Les gros plans sont essentiels : cicatrices, regards, frémissements du visage composent une cartographie de la reconstruction identitaire. Le montage alterne séquences contemplatives et accès de violence plus abrupts, traduisant la fragmentation intérieure de l’héroïne. La musique, ample et dramatique, accentue le caractère tragique du récit, parfois jusqu’à l’excès assumé.

La direction d’acteurs constitue l’un des points forts du film. Jessie Buckley incarne la Fiancée avec une intensité physique remarquable. Son interprétation évite l’écueil de la simple victime ou du monstre terrifiant. Elle compose un personnage en apprentissage, dont le corps raide et presque mécanique s’assouplit progressivement à mesure qu’elle s’approprie son existence. Sa voix, d’abord hésitante, gagne en assurance, matérialisant l’émergence d’une conscience autonome.
Face à elle, Christian Bale prête à la créature une mélancolie douloureuse. Loin d’un être uniquement brutal, il incarne un individu en quête d’amour et de reconnaissance, prisonnier de sa condition de paria. La relation entre les deux créatures échappe à la romance attendue : elle devient le lieu d’un affrontement idéologique. Lui cherche une compagne qui justifierait son existence ; elle découvre qu’elle peut refuser d’être définie par ce rôle. Cette tension nourrit les scènes les plus puissantes du film.

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Les seconds rôles, notamment ceux de Peter Sarsgaard et Annette Bening, incarnent différentes figures d’autorité à la fois scientifique, morale, sociale qui tentent d’encadrer, d’expliquer ou de récupérer la Fiancée. Leur jeu plus posé contraste avec l’énergie instable des deux protagonistes, accentuant la fracture entre norme et altérité.
Sur le plan narratif, le film assume un certain lyrisme. Les dialogues sont parfois grandiloquents, presque théâtraux, mais cette emphase s’accorde avec la dimension mythologique du sujet. Gyllenhaal ne cherche pas le naturalisme ; elle revendique la fable. Cette approche peut dérouter : à force de symboles, le film frôle parfois la surcharge. Certains passages explicitent des enjeux déjà perceptibles, au risque d’alourdir le propos. Mais cette démesure participe aussi à l’identité du projet.
La dimension féministe constitue le cœur battant de l’œuvre. La Fiancée incarne le fantasme masculin de la femme idéale, créée sur mesure, docile et aimante.

En donnant à ce personnage une subjectivité, le film renverse la perspective. Il ne s’agit plus de savoir si elle aimera la créature, mais si elle choisira d’aimer qui que ce soit. L’enjeu devient celui du consentement et de l’autodétermination. Être née d’un projet masculin signifie-t-il être condamnée à l’accomplir ? Le film répond par la négative, au prix d’une rupture violente avec les attentes initiales.
En ce sens, The Bride! dépasse la simple actualisation d’un classique. Il interroge la fabrication sociale des identités féminines, la pression à correspondre à un idéal, la difficulté d’exister en dehors des projections d’autrui. La monstruosité cesse d’être physique pour devenir politique : est monstrueux celui ou celle qui refuse le rôle assigné.

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Si l’œuvre peut paraître excessive ou démonstrative, elle frappe par sa cohérence et son engagement. Maggie Gyllenhaal confirme ici une voix singulière, capable d’allier ambition formelle et réflexion contemporaine. The Bride! n’est pas un film confortable ; c’est une œuvre habitée, parfois chaotique, mais portée par une conviction rare : redonner chair et parole à celle qui n’était qu’un corps assemblé.


Jess Slash'Her