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[CRITIQUE] : Personne ne rira


Réalisateur : Hynek Bočan
Acteurs :  Jan Kačer, Stepanka Rehakova, Josef Schvalina, Radoslav Brzobohaty,...
Distributeur : Contre-jour distribution
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Tchèque.
Durée : 1h32min.

Synopsis :
Un professeur d’Histoire de l’art promet de signer une critique élogieuse du manuscrit d’un collègue… sans l’avoir lu. Lorsqu’il découvre le texte en question, d’une affligeante médiocrité, il se retrouve prisonnier de sa parole. Pour s'en sortir, il s’enfonce dans une spirale de mensonges dont les répercussions burlesques vont peu à peu bouleverser sa carrière, ses relations et sa vie personnelle.





Qu'on se le dise, à une époque où la multitude de propositions en salles rendent toute idée de " tout voir " aussi impossible que profondément absurde, il faut savoir faire des choix (merde, même la vie de cinéphile est injuste...) et, en ce sens, celui de privilégier des ressorties est souvent le plus judicieux.
Quoi de mieux, après tout, que de découvrir - où re-découvrir - des films dans des conditions souvent optimales (un grand écran et des copies amoureusement restaurées), que de se plonger au cœur d'œuvres d'hier, pas toujours facile d'accès autrement, qui ont sensiblement influencés celles d'aujourd'hui.

Au sein d'une année 2026 jusqu'ici généreuse en séances dite de " patrimoine ", et dans une parfaite continuité à la rétrospective tout récente consacrée au merveilleux cinéma de la cinéaste tchèque Věra Chytilová, Contre-jour distribution (que l'on commence a beaucoup aimé par chez nous) persiste et signe avec une exploitation en salles toute pimpante de Personne ne rira, estampillé premier long-métrage de Hynek Bočan, plus jeune - mais néanmoins prolifique - figure de la Nouvelle Vague tchécoslovaque, adapté sensiblement libre de la nouvelle éponyme de Milan Kundera (aussi inconnue pour l'auteur de ses mots, que la filmographie du cinéaste... la découverte est donc totale).

Tatiesque comme Kafkaien en diable, l'histoire s'attache aux aternoiments d'un professeur d’Histoire de l’art gentiment égocentrique, qui à la fâcheuse maladresse de ne pas avoir jouer de sa franchise au bon moment : il promet de signer une critique élogieuse du manuscrit d’un collègue, sans l'avoir lu, avant de découvrir que le texte est d’une affligeante médiocrité.
De petites omissions en petits mensonges (un comble qu'il soit capable de mentir à autant de monde, sauf à la seule personne qui le sortirait de cette sacrée galère), le bonhomme va s'enfermer dans une spirale négative et contradictoire (ne pas passer pour quelqu'un de malhonnête auprès de ses pairs mais, dans le même temps, éviter une humiliation totale à son collègue) qui aura un impact direct sur sa vie professionnelle comme intime (auprès d'une jeune maitresse qui en a marre de couvrir ses délires, et qui supporte encore moins ses fausses promesses).

Du velours pour une narration qui joue pleinement de l'absurde d'une situation burlesque comme du caractère buté d'un homme qui préfère mourir avec ses mensonges (qu'il pense honnêtes), plutôt qu'admettre ses erreurs, dans ce qui peut se voir comme une étude sur la fragilité d'une nature humaine (entre lâcheté et définition fluctuante de la respectabilité) qui n'a jamais peur du malaise que comme, plus simplement, une tragi-comédie subtile et mélancolique aux accents un poil paranoïaque, malgré une seconde moitié au rythme plus décousu.
Une excellente (re)découverte donc.


Jonathan Chevrier