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[CRITIQUE] : Retour à Silent Hill


Réalisateur : Christophe Gans
Acteurs : Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Français, Allemand, Britannique, Américain.
Durée : 1h46min.

Synopsis :
Lorsqu’il reçoit une mystérieuse lettre de Mary, son amour perdu, James est attiré vers Silent Hill, une ville autrefois familière, aujourd’hui engloutie par les ténèbres. En partant à sa recherche, James affronte des créatures monstrueuses et découvre une vérité terrifiante qui le poussera aux limites de la folie.





Return to Silent Hill se présente comme une promesse de rédemption pour une franchise déjà fragile, mais le résultat final s’avère être une démonstration presque scolaire de ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on adapte un univers aussi dense et symbolique que celui de Silent Hill. Malgré l’implication de Christophe Gans, le film échoue à retrouver la force évocatrice du premier opus et s’enlise dans une accumulation de faiblesses d’écriture, de choix esthétiques douteux et d’effets numériques indignes de l’ambition affichée. Le problème le plus criant demeure l’écriture. Le scénario semble hésiter en permanence entre la volonté de satisfaire les fans du jeu Silent Hill 2 et celle de proposer une narration accessible au grand public sans jamais réussir à concilier les deux. Les personnages manquent cruellement de profondeur. Leurs motivations sont énoncées de manière mécanique, souvent par des dialogues explicatifs lourds et maladroits, plutôt que suggérées par la mise en scène ou le non-dit. Là où Silent Hill repose traditionnellement sur le mystère, le film choisit la sur-explication, vidant progressivement l’intrigue de toute tension psychologique. Les thèmes centraux comme la culpabilité, le deuil ou encore le déni, sont abordés de façon superficielle, réduits à des symboles appuyés et répétitifs, sans véritable construction dramatique. Cette pauvreté d’écriture rend l’ensemble prévisible et, pire encore, émotionnellement plat.

À cette faiblesse narrative s’ajoute un usage abusif des effets numériques. L’univers de Silent Hill tire normalement sa force de la matière, de la texture, de la sensation d’un monde corrompu et tangible. Or, Return to Silent Hill abuse de CGI approximatifs qui brisent toute immersion. Les créatures, pourtant iconiques, apparaissent souvent artificielles, mal intégrées aux décors, et manquent d’ancrage. La brume, les métamorphoses de l’environnement et certaines séquences horrifiques donnent l’impression d’une cinématique de jeu vidéo datée plutôt qu’à un film de cinéma.

Copyright Metropolitan FilmExport

Ces effets numériques navrants finissent par neutraliser toute peur : au lieu d’inquiéter, ils distraient, voire amusent involontairement par leur manque de crédibilité. La photographie constitue une autre déception majeure. 
Là où le premier Silent Hill proposait une identité visuelle forte, jouant sur des contrastes marqués, une gestion subtile de la lumière et une atmosphère oppressante qui sentait la rouille, Return to Silent Hill se contente d’une image souvent plate et sans relief. Les choix de cadrage sont fonctionnels mais rarement inspirés, et la palette de couleurs, dominée par des gris et des tons désaturés, semble appliquée de manière uniforme, sans véritable intention artistique. Cette monotonie visuelle finit par anesthésier le regard. Au final, Return to Silent Hill apparaît comme un film prisonnier de ses références, incapable de comprendre ce qui faisait la singularité et la puissance émotionnelle du premier film. 

Le film échoue à susciter autre chose qu’un sentiment de frustration. Loin d’être un retour triomphal, il ressemble davantage à une errance sans âme dans les ruines d’un mythe mal compris. 


Jess Slash'her



Copyright Metropolitan FilmExport


Il y a quelque chose de profondément ironique - où de triste, c'est selon - dans le fait que si le jeu vidéo a sensiblement influencé le septième art sur les trente dernières années (et pas uniquement dans le giron régressif du cinéma d'action), et que, par effet d'inversion, il s'en est également nourrit, rares sont les adaptations à avoir su réellement respecter un minimum leur matériau d'origine mais avant tout et surtout, à avoir su préserver l'essence même du médium : l'inertie du spectateur, qui va bien au-delà du respect d'une intrigue comme de la retranscription stricto sensu d'un univers.

Si l'expérience ne pouvait que pâtir d'un passage d'un média qui impose une action - plus où moins - rigoureuse (avec, souvent, une caméra qui sert d'artifice pour laisser le joueur avec le strict minimum d'information visuelle), à un autre où l'attention est totalement différente (même si les deux sont subjectives) et implique quelques modifications/compensations (souvent narratives) qui sont au coeur même du problème de la quasi-totalité des échecs (le joueur construit son expérience vidéoludique, pas le spectateur), certains cinéastes ont su tromper le piège d'élucubrations farfelues voire de sur-explications grotesques, en jouant la carte d'une immersion totale dans un univers prenant organiquement vit à l'écran, entre une empathie naturelle pour les personnages et un souci d'impliquer par la narration comme par la mise en scène, le spectateur.

Christophe Gans l'avait parfaitement compris pour sa première incursion au coeur de la ville fictive de Silent Hill chère à Keiichirō Toyama, mais vingt ans plus tard, il semble avoir complètement oublié ses bonnes intentions pour son retour au bercail, tant Return to Silent Hill a tout d'une trahison cinématographique et syntaxique aussi bien avec son film de 2006, qu'avec le jeu Silent Hill 2 dont il gâche toute la richesse au détour d'une adaptation lessivée et médiocre, fruit d'une production certes chaotique mais qui ne peut pas non plus justifier toutes ses tares.

Copyright Metropolitan FilmExport

Cruellement dépourvu de toute structure narrative et de toute substance dramatique (au point que le manque d'empathie envers le personnage de James - et encore plus des personnages secondaires taillés à la serpe -, renforcé par le jeu catastrophique de Jeremy Irvine, pourrait presque paraître comme un souci secondaire à ce ratage ambulant), mélangeant flash-backs et intrigue au présent dans un bordel complet (une révélation centrale vient même saloper ses maigres enjeux, avant même le virage de la première heure), le film a tout d'un simili-fan made nostalgique qui, au-delà d'une reconstitution méticuleuse plan par plan de quelques scènes mémorables du jeu, réussit la prouesse de jouer des coudes avec l'abominable Silent Hill : Revelation 3D de M.J. Bassett, en reproduisant la même esthétique artificielle sauce bouille numérique, tout en ôtant toute la terreur d'un bestiaire qui fait désormais peine à voir (R.I.P. Pyramid Head).

Dénué de toute viscéralité et de toute intensité (dramatique comme psychologique, un comble pour une histoire nouée autour d'un homme qui s'enferme dans le refus obstiné et toxique, d'accepter la disparition inéluctable de sa bien-aimée), trahissant autant dans la profondeur de son fond comme dans la beauté de sa forme (l'essence est parfois perceptible, mais son âme est morte est enterré avant même la première bobine), ce qui restera l'une des expériences vidéoludiques les plus énigmatiques et marquantes; Retour à Silent Hill a tout d'un plantage expéditif et frustrant, qui ne laisse ni respirer son histoire (et encore moins son auditoire s'en imprégner) et atténue méchamment la noirceur de son cauchemar au profit d'une horreur plus lisse - et grand public.

Comme pour la descente aux enfers tragique de son personnage titre : laissons l'œuvre définitivement se perdre d'elle-même dans le brouillard impénétrable du Maine...


Jonathan Chevrier