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[CRITIQUE] : Ella McCay


Réalisateur : James L. Brooks
Avec : Emma Mackey, Jamie Lee Curtis, Woody Harrelson, Spike Fearn, Kumail Nanjiani, Albert Brooks, Rebecca Hall, Ayo Edebiri, Jack Lowden,...
Distributeur : Disney Plus France
Budget : -
Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h55min.

Synopsis :
Une jeune femme idéaliste tente de jongler entre sa vie personnelle et professionnelle dans une comédie sur les gens qu’on aime et sur la façon dont on doit composer avec les épreuves qu’ils peuvent placer sur notre chemin…





Il y a quelque chose de profondément rassurant dans le fait que de nombreux cinéastes, même au crépuscule de leurs existences, continuent encore et toujours à tourner, continuent d'avoir quelque chose de pertinent et important à dire sur notre société contemporaine, continuent à avoir la même envie simple de nous conter des histoires - fictionnelles ou non -, mais surtout qui continuent d'avoir une pure et sincère envie de cinéma, qui dépasse fièrement les limites du temps et de l'âge.

De Frederick Wiseman à Ridley Scott (qui, pour ne rien gâcher, est toujours aussi prompt à envoyer chier son monde en interview), en passant par Clint Eastwood, Denis Arcand, James Ivory, Alain Cavalier où encore Yôji Yamada, Martin Scorsese et Jean Becker, beaucoup ne sont définitivement pas assez vieux pour ces conneries, et on ne peut qu'être chanceux face à cette vérité et ce vrai désir de partage, qui force intimement le respect.

Copyright 2025 20th Century Studios. All Rights Reserved.

En ce sens, voire le génial James L. Brooks (qui n'a plus rien à prouver, c'est dit) revenir aux affaires à 85 printemps, mais surtout quinze piges après le plantage mignon (mais justifié) de Comment savoir, titillait méchamment notre intérêt, d'autant plus avec un projet sur lequel il semblait avoir, narrativement tout du moins, une liberté créative totale.
Monumentale erreur donc, tant Ella McCay, bazardé à la va-vite dans l'hexagone sur Disney Plus - après avoir un temps été prévu pour une exploitation en salles -, par une firme aux grandes oreilles visiblement paniquée face à sa réception catastrophique outre-Atlantique, est de ces ratages qui pique douloureusement la rétine, invocation malade et à la nostalgie affreusement fade d'un cinéma jadis plein d'esprit, de sagesse et - surtout - d'humour complice, par un faiseur de rêves au moto lessivé par le temps.

Voulu au départ, comme une satire inspirée et burlesque de l'hypocrisie comme du cynisme du microcosme politique (pas uniquement à forte tendance américaine), catapultée à une heure de la cancel culture et du politiquement correct (une intrigue dont le point d'orgue est noué autour d'une relation sexuelle inappropriée entre la troisième plus jeune femme à devenir gouverneure de Californie, et son mari, un " sexy time " qui pourrait briser sa carrière politique jusqu'ici fulgurante), et le tout saupoudré d'une représentation conventionnelle des relations familiales difficiles/toxiques (avec l'idée d'une transmission générationnelle de scandales sexuels); le film s’enlise lentement mais sûrement sous le poids d'une écriture à la banalité affligeante, melting-pot de dialogues forcés, de narration surchargée et trop dispersée (flashbacks inutiles, sous-intrigues multiples et peu développées,...) et de parti pris qui réduit toute substance dramatique et émotionnelle à peau de chagrin.

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Pire, même la direction d'acteurs du Brooks sent douloureusement la naphtaline, tant chaque partition apparaît soit laborieuse, soit cruellement sous-exploitée (Rebecca Hall et Kumail Nanjiani en tête), à l'image d'une pétillante Emma Mackey dont la flamme s'éteint au fil des bobines.
Sorte de condensé paresseux d'une saison de sitcom des années 90/2000 dénué de toute l'authenticité comme de la finesse qui caractérisent le cinéma de son auteur (l'un des dignes héritiers de Capra) et jonglant péniblement entre les tons (comédie sous fond d'émancipation féminine, comédie dramatico-familiale, drame satirico-politique,...), Ella McCay, sans doute frappé de bonnes intentions au départ, est un déroutant ratage dont on ressort tout aussi triste qu'amer.

Finir sa carrière sur Comment savoir n'aurait peut-être pas été si mal pour Brooks, finalement...


Jonathan Chevrier