[SƎANCES FANTASTIQUES] : #109. Game Over
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Game Over, réalisé par Ashwin Saravanan, s’impose comme un thriller psychologique audacieux et singulier dans le paysage du cinéma indien contemporain. Loin des codes les plus attendus du cinéma de genre hindi, le film propose une expérience tendue, introspective et formellement maîtrisée, où l’horreur naît moins de l’excès que de la précision, du trouble intérieur et d’une mise en scène intelligemment construite autour de la subjectivité. L’un des grands atouts de Game Over réside dans son concept narratif, qui entremêle thriller, drame psychologique et horreur avec une étonnante fluidité. Le film suit une jeune femme vivant recluse, marquée par un traumatisme profond, dont le quotidien est peu à peu envahi par une menace aussi insaisissable que persistante. Dès les premières minutes, le récit adopte un point de vue résolument intime, enfermant le spectateur dans la perception fragmentée de son héroïne. Cette approche crée une tension constante, nourrie par l’incertitude : ce que nous voyons est-il réel, ou le fruit d’un esprit traumatisé ?
La mise en scène se distingue par sa rigueur et son intelligence. Ashwin Saravanan fait preuve d’un sens aigu du cadre et du rythme, utilisant l’espace domestique comme un véritable piège mental. Le logement devient un prolongement de l’état psychologique du personnage principal : clos, oppressant, truffé de recoins anxiogènes. Les jeux de lumière, souvent tamisée ou artificielle, accentuent la sensation d’enfermement et d’instabilité. Le film privilégie une horreur suggérée, jouant sur les sons, les silences et les attentes, plutôt que sur des effets choc gratuits. L’identité visuelle de Game Over mérite une attention particulière. La réalisation adopte une esthétique épurée mais expressive, où chaque détail semble porteur de sens. Les motifs visuels récurrents (le jeu vidéo, le tatouage, les écrans, les portes verrouillées) participent à une construction symbolique riche, donnant au film une profondeur thématique inhabituelle. Le jeu vidéo, notamment, n’est pas un simple gimmick narratif, mais une véritable métaphore du traumatisme, de la répétition et de la tentative désespérée de « recommencer » pour corriger une erreur passée.
La performance de Taapsee Pannu constitue le cœur émotionnel du film. Elle livre une interprétation intense et nuancée, tout en retenue, incarnant avec justesse la fragilité, la colère et la résilience de son personnage. Son jeu repose largement sur le regard et le langage corporel, ce qui renforce l’immersion du spectateur dans son état mental. Le film réussit ainsi à créer une empathie forte, traitant la question du traumatisme avec un respect et une gravité remarquables. Si Game Over peut parfois dérouter par sa structure non linéaire et son refus des explications immédiates, ce choix renforce finalement son efficacité. Le film exige une attention active du spectateur, l’invitant à assembler les pièces du puzzle plutôt qu’à consommer passivement l’intrigue. Cette exigence narrative, rare dans le cinéma de genre grand public, constitue l’une de ses grandes qualités.
En définitive, Game Over est une œuvre ambitieuse et maîtrisée, qui prouve que le cinéma indien peut s’approprier les codes du thriller psychologique avec originalité et profondeur. Porté par une mise en scène soignée, une actrice remarquable et une réflexion sincère sur le traumatisme, le film offre une expérience immersive et troublante, à la fois nerveuse et émotionnellement marquante. Une réussite qui confirme le potentiel du cinéma de genre lorsqu’il ose explorer les zones les plus fragiles de l’esprit humain.







