[SƎANCES FANTASTIQUES] : #108. Sarajin bam
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
La Disparue, attribué à Chang Hee-lee, s’inscrit dans la tradition du thriller dramatique asiatique qui privilégie l’intensité émotionnelle, la lenteur maîtrisée et la profondeur psychologique à l’efficacité spectaculaire. Le film propose une plongée sombre et éprouvante dans l’attente, la perte et l’obsession, en construisant un récit qui touche moins par ses rebondissements que par la persistance de son malaise et la rigueur de sa mise en scène. L’une des grandes forces du film réside dans son atmosphère. Dès les premières séquences, La Disparue installe un climat pesant, presque suffocant, où chaque silence semble chargé de menace et chaque décor porte la trace d’un traumatisme latent. La mise en scène adopte un rythme volontairement lent, parfois austère, mais parfaitement cohérent avec le sujet. Ce choix permet au spectateur de ressentir physiquement l’usure morale des personnages, pris dans un engrenage d’attente interminable et de douleur contenue.
Le traitement des personnages constitue un autre atout majeur. Le film accorde une place centrale à la souffrance intérieure, montrant des êtres marqués par la perte, incapables de faire leur deuil et condamnés à vivre dans un état de suspension émotionnelle. L’interprétation principale, d’une grande intensité, repose sur un jeu tout en retenue, où les regards, les gestes et les silences disent souvent plus que les dialogues. Cette sobriété renforce l’authenticité du drame, donnant au film une force émotionnelle durable. Sur le plan thématique, La Disparue se distingue par son regard lucide sur l’isolement et l’impuissance face aux institutions. Le film suggère, sans lourdeur démonstrative, la violence d’un système qui peine à répondre à la détresse individuelle, laissant les proches seuls face à leurs obsessions et à leur culpabilité. Cette dimension sociale, discrète mais omniprésente, enrichit le récit et lui confère une portée plus large que celle d’un simple thriller centré sur une disparition.
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| Courtesy of Contents Panda |
La réalisation fait preuve d’une grande maîtrise formelle. Les cadres sont souvent rigoureux, parfois oppressants, soulignant l’enfermement mental des personnages. La photographie privilégie des teintes froides et désaturées, renforçant le sentiment de solitude et de désespoir. La musique, utilisée avec parcimonie, se contente d’accompagner les émotions sans jamais les surligner, laissant le silence jouer un rôle essentiel dans la construction de la tension. Quelques bémols viennent toutefois nuancer cette appréciation très positive. Le rythme, volontairement lent, pourra rebuter une partie du public peu habituée à ce type de narration contemplative. Certaines séquences s’étirent longuement, au risque de donner une impression de stagnation narrative. Si cette répétition peut être interprétée comme le reflet de l’obsession et de l’impasse psychologique des personnages, elle nuit parfois à l’équilibre global du film.
Par ailleurs, le scénario, bien que solide dans ses intentions, reste relativement prévisible dans ses développements. Le film privilégie l’impact émotionnel à la surprise, ce qui peut laisser un sentiment de frustration chez les spectateurs en quête de rebondissements plus marqués ou d’une résolution plus audacieuse. La conclusion, notamment, choisit la retenue plutôt que le choc, un parti pris cohérent mais qui ne convaincra pas tous les regards. Malgré ces réserves, La Disparue demeure une œuvre forte et marquante, portée par une mise en scène rigoureuse et une exploration sensible de la perte et de l’obsession. Plus qu’un simple film sur une disparition, il s’agit d’un drame humain profond, exigeant et souvent éprouvant, qui laisse une empreinte durable. Imparfait mais sincère, le film s’impose comme un thriller introspectif remarquable, capable de toucher par sa gravité et son honnêteté émotionnelle.
Jess Slash'Her








