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[SƎANCES FANTASTIQUES] : #101. It's alive

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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !




#101. Le monstre est vivant de Larry Cohen (1974)



Sorti en 1974 et réalisé par Larry Cohen, Le monstre est vivant (It’s Alive) s’inscrit dans la grande tradition du cinéma d’horreur des années 1970, une période marquée par la remise en question de la cellule familiale, de la science et de l’autorité. Derrière son concept volontairement choc ; la naissance d’un bébé monstrueux et meurtrier, le film propose une œuvre bien plus politique et angoissante qu’il n’y paraît au premier abord. Le point de départ est simple mais profondément dérangeant : un couple ordinaire met au monde un enfant difforme qui, dès sa naissance, se révèle extrêmement violent.
 
En s’attaquant à un symbole universellement associé à l’innocence et à la vulnérabilité, Larry Cohen crée un malaise immédiat. Le nourrisson devient ici une incarnation de la peur collective, celle d’une génération née dans un monde pollué, instable et marqué par les excès scientifiques. Le film aborde ainsi en filigrane des thèmes très ancrés dans son époque, notamment l’angoisse liée aux médicaments, à la manipulation chimique et aux conséquences invisibles du progrès médical. La mise en scène, volontairement sobre, renforce l’efficacité du propos. Le monstre est rarement montré de manière frontale, ce qui nourrit l’imagination du spectateur et accentue la tension. Ce choix, sans doute dicté en partie par des contraintes budgétaires, s’avère paradoxalement très judicieux : l’horreur réside moins dans l’apparence du bébé que dans ce qu’il représente.

La musique stridente de Bernard Herrmann, célèbre pour ses collaborations avec Alfred Hitchcock, joue également un rôle essentiel en installant une atmosphère oppressante et quasi paranoïaque. Sur le plan narratif, Le monstre est vivant se distingue par son regard porté sur la responsabilité parentale. Le personnage du père, interprété avec intensité, incarne un conflit moral profond : doit-il protéger son enfant malgré ses crimes, ou accepter l’idée que ce monstre est une menace pour la société ? Ce dilemme donne au film une dimension tragique, presque dramatique, qui dépasse largement le cadre du simple film d’horreur.
 
Certes, certains aspects ont vieilli, notamment les effets spéciaux et le rythme parfois inégal. Toutefois, ces faiblesses n’entament pas la force du message. Le monstre est vivant demeure une œuvre marquante par son audace et sa capacité à transformer une peur intime comme celle de la parentalité, en un cauchemar collectif. Plus qu’un film de genre, il s’agit d’une parabole sombre sur la culpabilité, la peur de l’héritage et les conséquences incontrôlables des choix humains.


Jess Slasher