[CRITIQUE/RESSORTIE] : In The Soup
Réalisateur : Alexandre Rockwell
Acteurs : Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals, Jim Jarmusch, Carol Kane, Sam Rockwell, Debi Mazar,...
Distributeur : Contre-jour distribution
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h36min.
Date de sortie : 7 octobre 1992
Date de ressortie : 7 janvier 2026
Synopsis :
Adolpho Rollo, metteur en scène en herbe, rêve de réaliser de grands films mais n'a même pas de quoi payer son loyer. Désespéré, il passe une annonce pour vendre les 500 pages épiques de son scénario au plus offrant. Contre toute attente, un mafioso, Joe, l'achète.
Prenez-le comme une vérité indiscutable : quand bien le bonhomme, qui n'a décemment plus rien à prouver, se contente de quelques sporadiques apparitions à l'écran - notamment au coeur des comédies de son poto Adam Sandler -, Steve Buscemi est et restera l'un des seconds couteaux les plus importants du cinéma ricain de ces cinquante dernières années, l'une des gueules les plus mémorables d'un circuit indépendant qui n'aurait sans doute pas été le même sans lui (au même titre d'un autre habitué du cinéma des frangins Coen, John Goodman), doublé d'un solide faiseur de rêves caméra au poing, même si sa carrière de cinéaste s'est faite plus discrète, et encore plus au sein d'une distribution hexagonale où tous ses efforts ont été plus ou moins boudés par les spectateurs (excepté, peut-être, un brillant Animal Factory qui avait suscité un petit intérêt en 2000).
Autant dire que replonger, dans une salle obscure, au plus près de quelques-unes de ses prestations méconnues d'hier (mater un The Big Lebowski, un Reservoir Dogs où un B movie pétaradant estampillé Don Simpson/Jerry Bruckheimer Films, serait trop facile) est, non seulement un privilège qu'il se faut de considérer comme tel (et encore plus à une heure où de nombreuses oeuvres deviennent introuvable, même avec l'omniprésence écrasante des plateformes SVOD), mais avant tout et surtout une proposition chaudement recommandée.
Des séances à l'image de In The Soup, petit bout de comédie Jarmuschienne fauchée et décalée chapeautée par Alexander Rockwell (aucun lien de parenté avec Sam Rockwell, de loin son comédien fétiche), qui n'a rien de forcément original dans sa besace malgré un pitch personnel et méta plutôt accrocheur (un cinéaste en herbe profondément introverti vivant dans un immeuble miteux au-dessus d'un magasin d'alcool et qui rêve de séduire sa voisine, trouve un gangster pour produire son film par l'intermédiaire d'une petite annonce, sans avoir une once de conscience/connaissance des réalités de l'industrie cinématographique), mais qui exécute tout du long ses jolies intentions avec un charme ravageur comme un sens de l'autodérision sensiblement affuté.
Tourné dans un noir et blanc tout autant lumineux qu'intense et plaçant toute sa force dans la finesse de ses dialogues et la magie des interactions entre ses comediens/comédiennes, notamment un Seymour Cassel magistral en gangster extraverti à l'enthousiasme furieusement communicatif (et autour duquel gravite donc Buscemi, merveilleux en héros passif tout aussi lassé de son existence et du monde qu'incroyablement naïf, mais également une flopée de seconds couteaux incroyables, allant d'une Jennifer Beals littéralement à tomber - et ex-madame Rockwell - à Stanley Tucci, en passant par Jim Jarmusch - une évidence -, Carol Kane, Sam Rockwell et Debi Mazar); In The Soup transpire l'amour d'un cinéma underground désormais révolu (où pas loin) comme d'une Amérique en marge bouffée par la précarité mais toujours digne, à la fois généreuse et singulière, ambitieuse mais douloureusement rattrapée par la dure réalité.
La petite machine à remonter le temps burlesque et tendre idéale en ce début d'année profondément morose, est bien là.
Jonathan Chevrier

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