[IN TEDDY'S HEIGHTS] : #14 (Spécial) : Meilleurs nouveaux films britanniques et irlandais en 2025
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Comme il y a un an, j'avais l'envie de rédiger un bilan de mes découvertes des nouveautés au sein des cinémas britannique et irlandais, ma spécialité. Une façon de mettre en lumière à la fois des films ayant eu la chance de sortir dans les salles françaises, des films sur le point d'arriver dans les salles en 2026, et d'autres qui n'ont pas été acquis du tout par un diffuseur français. Ce sont les films que j'ai préféré, il y aura donc très certainement quelques films que vous avez aimé mais qui ne m'ont pas touché. Je pense à Harvest, 28 ans plus tard, The return, L'amour au présent, September says, etc. Tout comme les films Bird, The flats, Kneecap n'y apparaissent pas, car je les ai découvert en 2024 et font partie de la liste de l'an passé. Il y a, dans cette liste, à peu près de tous genres, de tous sujets, et des cinéastes plus ou moins connus. Bonne lecture, en espérant que quelques films attireront votre curiosité.
1. Deux Soeurs, Mike Leigh
Le film marque le retour de Mike Leigh dans les salles françaises, car Peterloo n'a pas été distribué. Mais c'est aussi un retour aux thématiques de ses débuts. Telles que le dysfonctionnement familial, une ambiance amer et une appartenance à une classe sociale modeste. Et pourtant, Deux sœurs est un pur film de son époque : il s'y trouve la colère, l'agressivité, l'anxiété, la division sociale, la confrontation constante avec autrui qui hantent nos sociétés actuelles. Mais c'est Mike Leigh, et il y trouve une grande sensibilité, marquant une solitude douloureuse.
Tout le film se construit sur un contact impossible, qu'il soit oral ou physique. La décoration du foyer familial est elle aussi un marqueur de cette distance au monde. Le plus satisfaisant ici est que Mike Leigh n’explique pas, il se contente d'exposer. Il scrute sans jugement le désarroi et la tension qui habitent ces personnages. Personne n'est coupable de la situation. Le cinéaste ne cherche aucune explication à l'état de Pansy, comme il ne cherche pas de conclusion qui proposerait un quelconque changement dans ce quotidien ou cette ambiance.
Sorti dans les salles françaises le 2 avril 2025.
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2. On Becoming a Guinea Fowl, Rungano Nyoni
Une famille zambienne, dont l'une des membres nommée Shula est au cœur de la mise en scène. Grâce à sa présence, la cinéaste Rungano Nyoni déploie la caméra vers ce qui l'entoure. Il s'y trouve deux familles, celle de l'oncle retrouvé décédé sur une route, et celle de sa jeune épouse désormais veuve. Ainsi, le film plonge dans les histoires d'agressions sexuelles, d'incestes, de mariages forcés, de patriarcat, etc. On y retrouve ce qui faisait déjà les forces de I am not a witch : un aspect débridé et des touches surréalistes, des personnages coincés dans leurs traditions et croyances, une construction sous forme de conte cruel où une liberté cherche à s'échapper.
Le grand coup de Rungano Nyoni est de raconter un univers (une société) matérialisée par les hommes et faite pour les hommes, mais en mettant les femmes au cœur de ses images et des dialogues (ce sont elles qui parlent le plus). Et même si la vérité a du mal à se dresser un chemin, c'est un autre qui s'ouvre petit à petit. Celui d'une communion entre certaines femmes, qui s'allient dans la douleur pour surmonter les traumatismes du passé. Tout cela dans ce qui s'apparente à une chronique, puisque le film se déroule pendant la période de funérailles de cet oncle.
Prochainement dans les salles françaises.
3. On Falling, Laura Carreira
Très beau film sur une travailleuse portugaise, employée dans un entrepôt écossais comme préparatrice de commandes. Elle est isolée dans la solitude et le silence, autant comme étrangère à la société mais aussi à un environnement urbain froid. Elle erre dans ce monde capitaliste, où les couleurs semblent disparaître et la sociabilité résumée à des brèves interactions sans finalité. Puis il y a ce cycle infernal de la répétition du travail, tout en sobriété et sans être appuyée, imprimée par ces mouvements presque mécaniques.
Parce que Laura Carreira montre avec brio qu'il n'y a pas de méchants humains là-dedans, ou du moins que les vrais coupables de cette situation ne sont pas là. C'est un système, entretenu tel quel, qui broie les personnages et leurs sensibilités. C'est alors que le soin du détail importe énormément dans le film. A travers cette errance, ce sont chaque composante du travail et de l'intimité du quotidien qui sont scrutées. Aurora flotte dans cette atmosphère artificielle du capitalisme, sans véritable ancrage dans l'espace, qu'on croirait le film comme de la science-fiction – dans les couloirs et sas d'un vaisseau spatial.
Sorti dans les salles françaises le 29 octobre 2025.
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| Copyright Conic Films |
4. Dragonfly, Paul Andrew Williams
Paul Andrew Williams est le cinéaste à qui l'on doit la comédie noire horrifique The Cottage, la comédie sur fond de musiques Song for Marion ou encore le thriller Bull. Ici, il change à nouveau d'ambiance et de ton, et met en scène une chronique de deux voisines dans un pavillon. Une symétrie se met en place, que ce soit entre leur mode de vie respectif (l'une est une veuve âgée, l'autre est une célibataire sans emploi avec son gros chien) et dans leurs émotions. Mais surtout, ce sont deux souffrances mises en miroir et qui se rencontrent. Dans cet environnement pavillonnaire où tout se ressemble (les façades, les cours, les fenêtres, les portes d'entrées, les pièces), leur relation bouleverse tout cela.
Le film étudie une ambiguïté entre les questions de bien et de mal, notamment à travers les notions d'acte gratuit, de nécessité, de bienveillance, d'insouciance, etc. Jusqu'à placer de fausses pistes de thriller psychologique. Dans ces deux solitudes qui finissent par s'entraider, la personnalisation des intérieurs (et quelque peu d'un extérieur en particulier) est l'occasion de jouer entre la légèreté et la noirceur, et de percer les frontières de l'enfermement. Il y a un jeu très malicieux entre l'impression de voyeurisme intrusif et la solidarité créant enfin une sensibilité. Grand plaisir de retrouver Brenda Blethyn (Secrets et Mensonges, de Mike Leigh). Quand bien même le troisième acte est peut-être de trop.
Prochainement dans les salles françaises.
5. I Swear, Kirk Jones
Pas un biopic ordinaire. I Swear brasse tellement de sujets et de tons dans son approche, qu'il en vaut clairement la curiosité. Il s'agit pourtant de raconter le parcours de John Davidson, écossais qui fera connaître le syndrome de la Tourette au Royaume-Uni. Mais avec un postulat simple : nous spectateurs connaissons ce syndrome (bien, en partie ou vaguement), mais les personnages du film ne savent pas ce dont il s'agit. A partir de là, le cinéaste Kirk Jones peut explorer de nombreux sujets, à commencer par le rôle des diagnostics : John Davidson dit lui-même qu'il ne s'agit ni d'un handicap ni d'une maladie. Il s'agit bien plus d'un film à propos des usages et convenances en société, qu'à propos d'une vie qui devrait s'organiser avec le syndrome de la Tourette.
Bien sûr qu'il n'évite pas le mélodrame et le pathos, inhérents et peut-être même nécessaires à ce type de sujet. Mais au sein même de cette tranche de vie, il y a autant d'humour que de drames que de sensibilité à caractère pédagogique. Et quand bien même le film souffre parfois de facilités et aurait pu être un peu plus organique, il y a toujours son casting et le ton optimiste pour ressaisir un ancrage dans une dynamique de paix intérieure, sans jamais en faire une lutte contre le monde. Pourtant, ce ne sont pas les soucis qui manquent, car le film révèle plein de micro-sujets : l'éducation stricte, la parentalité, le harcèlement scolaire, la sensibilisation, la justice, l'inclusivité au travail, la violence policière, etc.
Sortie prévue dans les salles françaises le 8 avril 2026.
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| Copyright Tandem Films |
6. Urchin, Harris Dickinson
Premier long-métrage de Harris Dickinson, que l'on connaît normalement comme acteur : séries Clique et Dark Crystal, films Matthias et Maxime, County Lines, The Souvenir, Sans filtre, Scrapper, Iron Claw, Blitz, etc. Pour sa première fois derrière la caméra après une poignée de courts-métrages, il s'inscrit dans la lignée des « drames sociaux » britanniques suivant des marginaux à la vie banale. Car le protagoniste Mike vit dans la rue depuis plusieurs années, essayant de se défaire d'une addiction à la drogue. Mais ce n'est pas cette situation qui intéresse le cinéaste. Après un acte malveillant et un temps en prison, c'est le parcours de rédemption de Mike qui est au cœur du film.
Sans jamais tomber dans la facilité d'un mélodrame, le film se déploie comme une aventure initiatique. Sans jamais non plus être optimiste ou pessimiste, il s'agit d'observer comment Mike essaie de se défaire de ses démons intérieurs tout en pouvant retomber dans ses travers. C'est une initiation aux responsabilités, aux sentiments, au changement du regard sur ce qui l'entoure. Parce qu'il y a dans Urchin cette impression que le protagoniste flotte dans cet environnement, qu'il n'y appartient pas totalement. Harris Dickinson filme cette déconnexion au monde, cette distance entre les humains, cette ambiguïté des solutions qui se présentent. Et là-dedans, il ne faut pas avoir peur de se laisser transporter par quelques moments de poésie, apportant une humanité parfois niée aux sans-abris. Et il y a l'actrice française Megan Northam au casting.
Sortie prévue dans les salles françaises le 11 février 2026.
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| Copyright Devisio Pictures |
7. Brian Jones et les Rolling Stones, Nick Broomfield
Nick Broomfield ne signe pas un documentaire biographique nostalgique, plutôt un film sur la collision entre deux forces : Brian Jones et l’époque qui l’a façonné autant qu’elle l’a consumé. Ce qui intéresse le cinéaste n’est pas tant la mythologie rock du groupe des Rolling Stones (comme l'a fait très maladroitement Bernard MacMahon avec Becoming Led Zeppelin) mais l’énergie brute et juvénile d’un créateur qui ne savait pas encore ce qu’était que la postérité. Le film étudie les conséquences fulgurantes du succès, comment la liberté des débuts s’est muée en piège émotionnel, puis en chute vertigineuse. Broomfield éclaire ce moment historique où tout bouge et où les destins individuels se retrouvent entraînés par une vague culturelle plus grande qu’eux.
Ce n’est pas seulement un portrait humain, mais un portrait d’une époque. La collision au cœur du film se joue aussi dans la relation Brian Jones / Mick Jagger, décrite comme une tension continue, latente, presque structurelle. L’un porté par une impulsion créative instable, l’autre par une ambition froide et calculée. Cette rivalité devient l’anatomie d’une énergie nouvelle : celle d’un rock qui se professionnalise, se durcit, se centralise autour d’une figure dominante. Le documentaire montre comment Jones, emporté par ses excès mais aussi par la dynamique d’un système dont il ne maîtrisait plus les règles, glisse progressivement vers la marge. Le film n’en fait pas un martyr, plutôt le témoin fragile d’une époque qui ne pardonnait pas les failles.
Sorti dans les salles françaises le 19 février 2025.
8. Last Swim, Sasha Nathwani
Les examens sont terminés, et Ziba adolescente britannico-iranienne part en vadrouille avec ses amis dans Londres. Mais elle leur cache un diagnostic malheureux sur sa santé. Dans cette virée, la cinéaste Sasha Nathwani capte une jeunesse qui avance sans boussole, happée par ce moment de la vie où on s'élance davantage par instinct que par conviction. Le film suit ces errances avec une tendresse collective, trouvant dans le groupe d’amis un socle fragile mais réel, un lieu d’ancrage où l’on respire entre deux angoisses. La cinéaste observe un mouvement continu, une dérive contrôlée, un état émotionnel vagabond. Comme les personnages cherchent à observer le mouvement d'une pluie de météorites annoncée.
Mais sous l’insouciance, quelque chose de plus sombre rumine. Les zooms et dézooms révèlent une tristesse qui colle à la peau des personnages et les suit en silence, comme une ombre qui reste le plus souvent évasive. Le film est construit dans cette oscillation entre le moment présent solaire, et ce désespoir diffus qui hante les esprits. Le récit se dérègle lorsqu’il force le destin et se détache du « réalisme » de cette balade, en introduisant un événement final choquant assez dispensable. Sasha Nathwani n’a pourtant pas besoin de cette surenchère, car le film respire déjà d’une tension réelle, grâce aux gestes anodins et aux regards qui disent tout sans appuyer.
Prochainement dans les salles françaises.
9. Downton Abbey 3 : Le Grand Final, Simon Curtis
Troisième film après l'arrêt de la série éponyme, et toujours écrit par Julian Fellowes. Comment raconter une histoire de l'univers Downton Abbey à la fois sans Maggie Smith et sans personnage en idylle amoureuse avec Lady Mary ? Pas de péripéties superflues qui se greffent à la vie des personnages (comme dans les 1er et 2e films), pour trouver un prétexte à ce que les personnages aient quelque chose à faire. Ici, c'est le rôle même des personnages dans cet univers, qui est au cœur du dernier film. Tout le film repose sur une seule question : quel est encore le sens de tout cela ? Que ce soit à propos des codes sociaux, des soirées mondaines, des nombreux domaines, de chercher un partenaire à marier, de conserver les traditions sans rien y changer, etc.
Dans cette conclusion, la lumière change, les décors sont moins mis en valeur, le château semble être pris dans un autre temps tel un fantôme inamovible. Il y a définitivement quelque chose qui change, dans la matière avec laquelle interagissent les personnages. A l'instar de ce que le film raconte : les mœurs changent, les rôles changent, les générations doivent se succéder, et le décor doit être habité autrement. Ce n'est pas tant la succession qui est le principal soucis, mais la préservation des relations humaines alors que le cours de l'Histoire change encore. Bien sûr que ça reste très sage, car c'est Downton Abbey. Au final, ce troisième volet est bien plus à propos d'un lien spirituel avec un espace, qu'une envie de résister à l'inévitable. D'autant que la plupart des questions soulevées sont très rapidement résolues. Julian Fellowes et Simon Curtis sont plus intéressés à décortiquer les mouvements qui amènent à cela, de la façon la plus concise possible.
Sorti dans les salles françaises le 10 septembre 2025.
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10. Sister Midnight, Karan Kandhari
Production britannique se déroulant en Inde. L'histoire d'une jeune femme subissant un mariage arrangé / forcé. Sauf que les deux ne se connaissent pas, et ne sont pas vraiment attirés l'un par l'autre. Le film se découpe en deux parties, avec une rupture de ton et d'atmosphère qui sied bien à l'absurdité et à l'enfer que subit Uma. Le récit commence par une chronique intime, de la protagoniste essayant de s'adapter à cette nouvelle vie, à cet endroit, à ses responsabilités imposées. Puis, le récit glisse vers quelque chose de plus surréaliste et fantastique, s'accordant à la noirceur qui s'empare du quotidien d'Uma. Chaque espace subit aussi un glissement : de l'insouciante découverte à l'instabilité d'une angoisse. Cela permet à Karan Kandhari d'explorer une sensation intime, celle du basculement vers une perception nouvelle de soi.
Ce qui distingue Sister Midnight est sa capacité à faire du mariage arrangé non pas un sujet sociologique, mais le lieu d'une expression corporelle, presque hallucinée et hypnotique. Le cinéaste travaille les couleurs, les lumières, les mouvements comme des états émotionnels, pour que le monde intérieur d'Uma puisse se révéler et s'affirmer. Le film avance par pulsions sensorielles en embrassant la confusion, les hallucinations, les rêves et cauchemars, jusqu’à faire sentir la transformation intime de son héroïne. La mise en scène donne l’impression d’un rituel qui se défait. Le plus agréable est donc que le film plonge de plus en plus dans son concept, avec les moyens du bord et sans se soucier du ridicule, pour mieux embrasser le chaos et l'humour qui cohabitent.
Sorti dans les salles françaises le 11 juin 2025.
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11. Words of War, James Strong
Le parcours d’une journaliste russe (naturalisée états-unienne par la suite) envoyé sur le terrain pour couvrir le conflit tchétchène en 1999 et 2000. Elle navigue entre informations à vérifier, pressions politiques, danger de la violence sur le terrain, et les conséquences sur sa vie de famille. Tout en sachant qu'elle ne reste pas neutre face aux populations traumatisées. Le cinéaste James Strong transforme cet épisode biographique (qui va de 1999 à la mort de la journaliste en 2006) en une plongée dans la vie sous les bombes et les ruines. Le film ne s’attarde pas sur l’héroïsation de son personnage, mais s’intéresse à la manière dont un individu tente de documenter un chaos en perpétuelle évolution et expansion.
James Strong, habitué des atmosphères ténébreuses en ayant réalisé les épisodes de la série tv Broadchurch, construit son récit comme un polar en escalade constante. Sa mise en scène, sobre et mesurée, met au premier plan la fragilité des espaces et des vies : bâtiments éventrés, routes désertes, visages fatigués et silencieux, solidarité timide entre civils par peur de représailles. L’intérêt du film réside autant dans ces zones d’ombre physiques que dans les zones grises psychologiques. Cette modestie formelle sert le réalisme, évitant les artifices visuels pour laisser émerger l’âpreté du terrain et la complexité d’un conflit qui échappe à toute simplification. Toute la complexité de la question du regard à porter sur un conflit se retrouve ici.
Prochainement dans les salles françaises.
12. Paul & Paulette Take a Bath, Jethro Massey
Un jeune homme américain souhaitant devenir photographe rencontre une jeune femme française, à Paris, sur la place de la Concorde. Elle, a une curiosité aussi morbide que drôle pour les aspects les plus sombres de l'Histoire de Paris et pour des faits divers criminels. Il & elle ne se revoient que quelques semaines après, et deviendront inséparables. Leur relation est comme un jeu, autant que l'interprétation d'un personnage par un(e) comédien(ne), ou qu'il est possible de filmer des acteur(rice)s prendre plaisir. Jethro Massey filme ce duo entre la fantaisie d'un attrait pour le morbide et la légèreté d’un amour qui émerge timidement, entre une part d'onirisme et de tristesse.
Le film interroge également la capacité des lieux à renaître grâce aux âmes qui les habitent et les transforment. Au fil des scènes, l'euphorie peut laisser place à la mélancolie, l'aventure peut laisser place à l'introspection, comme si le jeu de rôles vis-à-vis de l'Histoire était la seule manière d’approcher ce qu’ils ressentent vraiment. Jethro Massey questionne la nature même de l’amour : est-il une mise en scène, un refuge, un accord abstrait dans un monde façonné par la violence ? Si bien que, plus les horreurs sont des faits contemporains, plus la relation se dramatise et débouche sur un regard perplexe sur la complexité des rapports humains de nos jours.
Prochainement dans les salles françaises.
13. Wallace et Gromit : La palme de la vengeance, Nick Park et Merlin Crossingham
Le retour de Wallace & Gromit en film a quelque chose du retour en enfance et de la nostalgie. D'abord parce que les personnages n'ont pas vieilli d'un iota, faisant appel à nos souvenirs de l'âge d'or de la franchise. Puis, parce qu'il s'agit d'un film d'animation fait entièrement à la pâte à modeler. Pas d'animation numérique ou d'intelligence artificielle, juste de l'artisanat. Si bien que les robots créés par Wallace dans ce nouvel opus sont tous corruptibles et potentiellement destructeurs vis-à-vis de l'humanité. Cette nouvelle aventure fait en sorte que les machines, les gadgets et les pièges ingénieux deviennent autant d’outils narratifs que de gags visuels.
Ce nouvel opus conserve ce charme artisanal mais avec un souffle moderne dans les relations entre Wallace, Gromit et leurs adversaires. Le film explore les tensions entre ingéniosité et chaos : les inventions, censées résoudre les problèmes, se retournent souvent contre leurs créateurs, générant un humour de précision mais aussi une critique implicite des obsessions humaines. Mais surtout, ces tensions ne sont pas là pour essayer de supprimer complètement l'ingéniosité. L'objectif est d'interroger ses limites, et comment l'artisanat et le progrès nécessaire doivent cohabiter avec ces nouveaux outils. En plus d'être, encore une fois, un opus vraiment drôle.
Sorti directement sur Netflix en France le 3 janvier 2025.
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| Copyright Netflix |
14. Le Clan des Bêtes, Christopher Andrews
Le cinéma irlandais est définitivement hanté par les conflits du passé. Que ce soit en reconstitution historique, ou alors en héritage de violence. Ici, deux familles de bergers se querellent depuis longtemps. L'une a un père malade et une mère décédée, l'autre a des problèmes financiers. Pourtant, à leur manière respective, ils ont l'objectif d'assurer la survie de leur ferme et de leur troupeau de moutons. Le premier geste du cinéaste se révèle dès sa première scène (un flashback installant le contexte du conflit), en montrant un paysage tout sauf idyllique, ou jovial, ou vigoureux. Et pourtant, les deux fils protagonistes (incarnés par Christopher Abbott et Barry Keoghan) sont filmés différemment dans ce paysage. Deux façons d'exercer le métier de berger.
Le deuxième geste du cinéaste est de proposer un néo-western. Pas vraiment un film de vengeance, mais un film de querelle où l'homme fait ressortir ses pires penchants machiste, toxique et avide de pouvoir. Le troisième geste du cinéaste est d'aborder son récit comme quelque chose de plus fourni qu'un simple thriller de voisinage, qu'une simple histoire de vengeance. Le clan des bêtes contient de nombreuses ruptures narratives et de tons, parce qu'il y a dans son atmosphère quelque chose de vénéneux, sanglant et colérique. Même si le film met une bonne demi-heure à installer son ambiance, il est surtout intéressant dans l'errance et l'obscurité qui dévorent progressivement ce qui définit les âmes.
Sorti dans les salles françaises le 23 avril 2025.
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| Copyright Patrick Redmond |
15. The Ballad of Wallis Island, James Griffiths
Pas vraiment connus en France, mais il était évident que je ne pouvais pas rater un film écrit et incarné par les amis de longue date Tim Key et Tom Basden. Le film est mis en scène par l'un des réalisateurs sur la sympathique série comique Wrecked. Bien sûr que The Ballad of Wallis Island est d'abord une comédie, bien sûr qu'il y a dedans le désir de (re)trouver une forme de légèreté perdue. C'est aussi le type de comédie qui se place loin des produits formatés des studios, ceux qui adoptent une surenchère pour décrocher le plus de rires possibles. Parce que c'est une comédie sans prétention, réconfortante, tout en étant également un peu plus qu'une simple comédie. Derrière son humour pince-sans-rire, se cache une grande tristesse. Il y a une certaine mélancolie derrière la bonhommie que renvoient les personnages.
Ici, un personnage est loufoque par sa solitude et sa difficulté à communiquer convenablement (Tim Key), un autre est drôle dans son amertume et son mépris parce qu'il a perdu son ancrage au monde (Tom Basden), et la troisième est drôle parce qu'elle est une sorte d'aventureuse passionnée qui pourtant est devenue terre-à-terre (Carey Mulligan). Si le film fonctionne bien, c'est justement parce qu'à travers ces trois personnages, il y a l'envie de retrouver une connexion. Un lien social et un lien avec le monde, afin de retrouver un bonheur d'habiter le monde. Il n'est alors pas innocent de constater que le concert prévu sur demande du protagoniste est sans cesse repoussé dans le récit. Parce qu'avant d'y arriver, il faut accepter de tourner la page et que certaines choses se fanent. Le tout au large de la région de Cornouailles, que l'on voit rarement ainsi au cinéma : qu'elle puisse être un territoire d'apaisement et de liberté solaire.
Sorti directement en VOD en France le 27 novembre 2025.
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| Copyright Focus Features |
16- BLACK DOG, George Jaques
Le road movie n'est pas si courant dans le cinéma britannique. Dans celui-ci, dénué de toute ironie ou auto-dérision (comme pouvaient l'être Withnail et moi, Le meilleur des mondes possible, Clockwise, The van, La part des anges), deux adolescents anciens camarades de classe prennent la route ensemble de Londres direction l'Ecosse. Tous les deux ont des détresses et des traumatismes auxquels ils essaient d'échapper, et ont évidemment tous deux des sentiments enfouis qu'ils ont du mal à exprimer. Et même si film a du mal à trouver son rythme au début, une complicité progresse entre les deux personnages, donnant un charme à cette aventure.
Le cinéaste George Jaques installe petit à petit une atmosphère dense, où le moindre détail du décor comme la lumière d’un lampadaire, le reflet sur l’eau, la découverte d'un chien, etc... devient le prolongement de l’état émotionnel des personnages. Si le film fonctionne, c'est parce qu'il capture une solitude et une fragilité en plein déploiement dans ce paysage grand ouvert. Black Dog devient ainsi un film sur l’errance, la mémoire et la reconstruction intime. Mais avec un effet de symétrie, où les nuances et évolutions des personnages se répondent dans les champ / contre-champ « obligés » d'une mise en scène à l'intérieur d'une voiture. Cette automobile, image d'une vérité renfermée des personnages, est donc lancée dans ces paysages pour se percer.
Prochainement dans les salles françaises.
17. Tu ne mentiras point, Tim Mielants
Il y a eu le superbe film The Magdalene Sisters de Peter Mullan, sur l'enfer que vivait de jeunes femmes enfermées de force dans des couvents irlandais. Un peu plus de vingt ans après, Tim Mielants traite à nouveau de ce sujet, mais en déplaçant le point de vue. Il n'est plus à l'intérieur du couvent, mais cette fois il prend celui d'un père d'une de ces jeunes femmes enfermées. Tu ne mentiras point cherche pourtant aussi ces traces d'un passé collectif mis sous silence, entre traditions religieuses et pratiques oppressives. Mais en alternant l'enfer de l'intérieur et le refus des gens externes à s'y confronter, à avouer la vérité.
L’esthétique du film est souvent proche de l’horreur, et transforme ces espaces ordinaires en lieux de menace et de malaise. Chaque silence, chaque geste, chaque objet deviennent porteur d’une histoire passée et les vecteurs de non-dits (sources de tensions). L’attention portée aux détails scénographiques donne au film une intensité contemplative aussi perturbante qu'impuissante. Le film fonctionne comme un exercice de témoignage et de mémoire, Tim Mielants insistant sur le poids de ce qui est observé, sur ce que la société préfère ignorer. Si le film est intéressant, bien que moins fort que celui de Peter Mullan, est parce qu'il suggère la fragilité des cellules familiales modestes face à des systèmes oppressifs.
Sorti dans les salles françaises le 30 avril 2025.
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| Copyright 2025 Condor Distribution |
18. Les Fleurs du Silence, Will Seefried
Début des années 1920, en Angleterre. L'homosexualité était considérée comme une maladie grave, quelque chose de "contre nature", nécessitant un traitement spécifique. Pour aimer les hommes, Owen est enfermé dans un asile psychiatrique. Régulièrement, il a rendez-vous avec une infirmière, procédure obligatoire avant de subir le traitement. L'occasion de lui raconter son histoire personnelle. Les fleurs du silence met en lumière cette période obscure, violente et remplie d'injustices dans l'histoire LGBTQIA+. Pour cela, le cinéaste Will Seefried choisit de raconter cette violence à travers un mélodrame : un amour destiné à ne pas durer, et un futur triangle amoureux.
Toutefois, Les fleurs du silence se cantonne trop souvent à être une carte postale contenant des actions éphémères. Comme si ces moments du passé ne répondent qu'à une logique de contradiction du sombre présent, et jamais à une logique de chronique qui se suffirait. Toutes les séquences au cottage sont souvent trop bucoliques, et répondent à un même schéma monotone de flashbacks cassant le minimalisme de la vie dans l'asile. Alors, qu'il y a par moments un côté très serein et apaisé dans ce récit au passé. Dans cette petite maison au rôle de cocon, un regard tendre tend à répondre au huis-clos qu'est l'asile. Mais le film à sujet tiré de faits réels reprend toujours le dessus.
Sorti dans les salles françaises le 30 avril 2025.
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| Copyright Paradise City |
Films à surveiller en 2026
Quoi de mieux que terminer une telle liste, qu'en listant les films britanniques et irlandais dont la découverte m'impatient le plus en 2026 ? Liste non exhaustive, bien entendu :
Aontas de Damian McCann
Bad Apples de Jonatan Etzler
Brides de Nadia Fall
Bulk de Ben Wheatley
The Choral de Nicholas Hytner
Chork de Shane Meadows
Christy de Brendan Canty
Diamond Shitter de Antonia Campbell-Hughes
Giant de Rowan Athale
Horseshoe de Edwin Mullane & Adam O'Keeffe
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| Pillion de Harry Lighton - Copyright Chris Harris |
I see buildings fall like lightning de Clio Barnard
A long winter de Andrew Haigh
My father's shadow de Akinola Davies Jr
Pillion de Harry Lighton
The roots manœuvre de Raine Allen-Miller
Rose of Nevada de Mark Jenkin
Rosebush Pruning de Karim Aïnouz
Sense and Sensibility de Georgia Oakley
Wasteman de Cal McNau
The Well of Saint Nobody de Neil Jordan
Wife & Dog de Guy Ritchie
Teddy Devisme
















