[CRITIQUE] : La Femme de Ménage
Réalisateur : Paul Feig
Acteurs : Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Michele Morrone,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h11min
Synopsis :
En quête d’un nouveau départ, Millie accepte un poste de femme de ménage à demeure chez Nina et Andrew Winchester, un couple aussi riche qu’énigmatique. Ce qui s’annonce comme l’emploi idéal se transforme rapidement en un jeu dangereux, mêlant séduction, secrets et manipulations. Derrière les portes closes du manoir Winchester se cache un monde de faux-semblants et de révélations inattendues… Un tourbillon de suspense et de scandales qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière seconde.
Troisième long-métrage en à peine un an et demi (dont deux balancées directement sur Prime Vidéo : non, ce n'est pas qu'un simple détail), pour un Paul Feig dont le mojo s'est sensiblement dilué au fil du temps, dans les caniveaux d'Hollywood boulevard - où pas loin -, c'est définitivement le genre de gourmandise dont on se serait bien privé, d'autant que son adaptation du best-seller La Femme de ménage de Freida McFaden, semblait un peu trop prompt à porter en elle les facilités/vulnérabilités de son cinéma et, plus directement, d'un diptyque L'ombre d'Emily dont il n'a même pas besoin de trop forcer le trait, pour reprendre la même formule lessivée (même si le premier opus reste assez divertissant, ne t'emporte pas trop vite cher lecteur).
Flairez plutôt : une intrigue nébuleuse et tout en non-dits frappés de quelques twists plus où moins bien amenés, vissé sur la dynamique des contrastes entre deux figures féminines dissemblables dont l'opposition soulève le traumatisme des violences faites aux femmes et de la toxicité masculine.
Le tout servi dans un cocktail érotico-abusif tout droit sorti des 90s, sans (heureusement hein) la romantisation excessive des dynamiques de dépendance, de sexualité forcée et abusive... red flags cinéphiles agités à la gueule du spectateur, bonsoir.
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| Copyright Lionsgate / Metropolitan FilmExport |
On force le trait certes, mais il y a sensiblement à boire et à manger dans ce Feig nouveau, à la fois joliment " Feigien " et beaucoup trop conventionnel pour son bien (c'est paradoxal, on est d'accord), qui tente de s'inscrire " subtilement " dans une forme de révision du genre à la lumière d'une sensibilisation plus moderne, au détour du calvaire vécu par la jeune Millie, ex-taularde qui pense décrocher le job parfait (et dont le statut - elle est en liberté conditionnelle et a désespérément besoin d'argent - l'oblige, quoiqu'il arrive, à le garder), celui de domestique/femme de ménage logée chez les Winchester (pas les frangins chasseurs de démons, aucun petit plaisir ne nous sera permis ici), avant de vite déchanter face au comportement d'une matriarche exigeante, dont le comportement oppressif et violent (une folie totalement débridée et jubilatoire, que l'on tente un temps d'imputer à une prise d'hormones) cachera finalement plus d'un secret (et un plan digne de Michael Scofield, aussi).
Passé une introduction qui plante plutôt adroitement son décor gentiment artificiel comme la possibilité - évidemment fausse - d'un confort bourgeois facilement accessible, La Femme de Ménage perd lentement mais sûrement toute notion subtile dès lors qu'il épouse les courbes d'un thriller domestique surlignant grossièrement ses thématiques (le concept de privilège et du pouvoir de soumission sur les plus faibles, la maternité - et sa déconstruction -, la zone d'ombre derrière la face du bonheur domestique,...) comme ses petits indices biaisés, au détriment d'une tension psychologique et d'un suspense (comment ressentir un quelconque frisson avec une musique pop déconcertante digne d'une romcom ?) qui se ratatine littéralement la tronche dans une seconde moitié fastidieuse qui vient " bouleverser " son château de cartes familier via un twist certes (très) efficace, mais qui manque de substance (notamment dans son incapacité à lier les expériences traumatisées de deux femmes loin d'être si éloignées l'une de l'autre) dans sa bifurcation vers le revenge movie conjugal sans catharsis psychologique et émotionnelle.
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Tout est là, dans ce " presque " à la fois divertissant et frustrant, cette manière habile qu'à Paul Feig de jongler entre les tons - jusque dans sa mise en scène -, tout en étant incapable de ne pas se délester de son obsession pour le kitsch le plus total (qui se retrouve dans les personnages du couple Winchester, emprisonnés entre deux extrêmes excessifs, annihilant encore un peu plus toute notion d'anticipation chez le spectateur), sa volonté de célébrer des interprétations particulièrement investies, sans être capable de leur donner un écrin suffisamment charnu pour qu'elles brillent (au point de laisser l'impression pugnace que chacun joue dans un film différent les uns des autres).
Le souci lorsqu'un marionnettiste pense tenir toutes les ficelles de son spectacle, sans réaliser que la plupart se sont brisées en cours de route.
Et que dire de ce final qui annonce la possibilité d'une franchise mi-actionner, mi-revenge movie à la lisière du risible.
En même temps, à défaut d'avoir pu camper une super-héroïne chez Sony, Sydney Sweeney pourrait être une super-vengeresse chez Lionsgate (non)...
Jonathan Chevrier
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La femme de ménage, qu’il s’agisse du roman de Freida McFadden ou de son adaptation cinématographique par Paul Feig, se présente à première vue comme une chronique sociale légère, centrée sur la vie et les tribulations d’une femme de ménage. Pourtant, sous ce vernis apparemment innocent, l’œuvre révèle des couches profondément problématiques, particulièrement en termes de représentation féminine et de valeurs véhiculées. Si l’on adopte un regard critique, ce qui saute immédiatement aux yeux est la manière dont le film et le livre perpétuent une vision toxique des rapports entre hommes et femmes, tout en enfermant leur protagoniste dans un rôle stéréotypé et subordonné.
D’abord, la protagoniste elle-même est construite comme un objet narratif au service du développement des autres personnages, plutôt qu’une véritable héroïne avec une autonomie et une profondeur. Son identité est définie par son travail de femme de ménage, une profession socialement dévalorisée, et l’histoire semble faire de cette condition une sorte de justification pour la rendre attachante. Cette approche entretient une vision condescendante des femmes dans des métiers précaires : leur vie personnelle, leurs désirs et leurs ambitions sont systématiquement relégués au second plan. L’œuvre ne donne jamais réellement à cette femme de ménage une voix propre, capable de questionner ou de subvertir le système patriarcal dans lequel elle évolue. Au contraire, elle apparaît comme une figure docile, dévouée, parfois presque servile, renforçant un cliché ancien et fatigué selon lequel la féminité se mesure à la capacité de supporter des conditions injustes avec grâce et silence.
Ensuite, les relations amoureuses ou sociales dans le récit sont particulièrement toxiques et problématiques. L’œuvre semble normaliser des rapports où le désir, la manipulation et le contrôle émotionnel sont banalisés, souvent sous couvert de romantisme ou de comédie. Les interactions entre les personnages masculins et la protagoniste mettent en scène des dynamiques de pouvoir profondément déséquilibrées, où la femme est réduite à un rôle de servante. La répétition de ces schémas, que ce soit dans le livre ou dans le film, finit par véhiculer l’idée que la femme doit accepter l’injustice et la domination, ce qui est évidemment contraire à tout discours féministe moderne.
Le film amplifie ces problèmes par une mise en scène qui glamourise la souffrance et la résignation. Les situations oppressives ou humiliantes que vit la protagoniste sont traitées sur un ton léger, presque humoristique, ce qui revient à minimiser le poids réel de ces expériences dans la vie des femmes. Le spectateur est invité à rire de ce que la femme subit, à trouver cela "mignon" ou "touchant", alors qu’il s’agit de manifestations claires de domination et de déséquilibre social. Le film transforme ainsi l’exploitation en spectacle, normalisant des comportements abusifs sous couvert de narration sentimentale ou comique.
Enfin, le roman lui-même, en dépit de quelques passages introspectifs, ne fait guère mieux. L’écriture semble souvent se complaire dans une sentimentalité lourde qui masque l’absence de critique sociale réelle. La protagoniste est enfermée dans des rôles prédéfinis, et les choix narratifs insistent sur sa passivité et son adaptabilité aux contraintes extérieures plutôt que sur sa capacité à se révolter ou à s’émanciper. La conclusion, que ce soit dans le livre ou le film, finit par renforcer cette logique : la femme, pour "réussir" ou être "aimée", doit se conformer aux attentes sociales et accepter des compromis inégaux.
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En somme, La femme de ménage est une œuvre qui peut sembler inoffensive et même charmante à première vue, mais qui, lorsqu’on la décortique, se révèle profondément anti-féministe. Elle glorifie la résignation, la dépendance émotionnelle et le sacrifice féminin, tout en banalisant les rapports de domination et de contrôle. Loin de célébrer la force et l’autonomie des femmes, elle enferme son héroïne dans des stéréotypes toxiques et des situations de subordination, faisant passer l’acceptation de l’injustice pour de la vertu ou de la noblesse. Pour un lectorat ou un public attentif aux questions de genre, il est difficile de ne pas voir dans cette œuvre une caution involontaire mais puissante à des modèles de relations et de comportements profondément dépassés et problématiques.
Jess Slash'her



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