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[CRITIQUE] : Rosebush Pruning


Réalisateur : Karim Aïnouz
Acteurs : Callum Turner, Tracy Letts, Riley Keough, Lukas Gage, Jamie Bell, Elle Fanning, Pamela Anderson,...
Budget : -
Distributeur : Mubi France
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand, Italien, Britannique, Espagnol.
Durée : 1h36min

Synopsis :
Une version contemporaine des Poings dans les poches de Marco Bellocchio.




On avait laissé le cinéma de Karim Aïnouz avec une expérience mi-figue, mi-raisin : Motel Destino, thriller érotique volontairement exagéré et aux couleurs criardes, presque brûlées par l'abondance des néons, enfermé entre les murs d'un espace liminal dominé par un appétit du sexe proprement insatiable, où se noue un hypothétique triangle amoureux ou la figure maritale et violente, devient un objet de mort pour une femme adultère et son jeune amant.
Une oeuvre qui pèche sensiblement dans sa narration, profondément prétexte (même si elle a le bon ton de ne pas jouer la carte de la prévisibilité dans son dernier tiers), là où il explose dans sa forme, débordante d'une sexualité à la fois absurde et furieuse, où le désir de jouir se fait le compagnon d'une envie de (sur)vivre face à une société oppresive et violente, ou la mort, petite comme grande, gronde au moindre recoin.

Mitigé donc, à la fois séduit comme un poil décontenancer par cette exploration du désir et de la frontière poreuse entre sexe et la notion de pouvoir, ici poussés jusqu'aux limites de l'abus, mais pas au point de ne pas ressentir un minimum d'excitation à l'annonce d'un nouveau projet du bonhomme.
Sauf si le dit projet incarne un remake/libre adaptation de l'excellent Les Poings dans les poches de Marco Bellocchio, et que le bonhomme s'appuie moins sur la finesse de son édifice cinématographique (même s'il renoue avec le même fétichisme exacerbé que sur son précédent effort), qu'il louche maladroitement du côté du pire du cinéma de Yorgos Lanthimos et Luca Guadagnino - pas une comparaison aveugle, avec la présence au scénario de Efthýmis Filíppou, fidèle collaborateur du cinéaste grec.

Copyright ‎ MUBI

Polar sexualo-excentrique et amoral façon satire excessivement sensationnaliste de la haute bourgeoisie/aristocratie qui se rêve aussi subversive que mordante mais n'est in fine que d'une artificialité irritante, vissé au plus près d'une famille dysfonctionnelle faîte de monstres mégalomaniaques, pervers et narcissiques (pour ne citer que les vices les moins vicieux) qui se complaisent dans leur vanité comme la transgression abusive des tabous et une hétéronormativité triomphante; Rosebush Pruning a tout du cousin malade et malaisant du déjà pas finaud Saltburn flanqué sous le soleil catalan.
Un effort dont la suffisance quasi-moralisatrice couplée à une mise en scène bouffée de superficialité d'Aïnouz (qui peine douloureusement à se servir de son ironie marquée pour distiller le malaise), surplombe la prestation générale d'une distribution plutôt investie (Callum Turner en tête qui, comme ses camarades de leu, tente trancher avec l'apathie frustrante de l'écriture de son personnage), comme d'une photographie aux couleurs gentiment criardes et agressives de Hélène Louvart (déjà derrière celle, superbe, du Romería de Carla Simón cette année, et qui sublime ici le moindre reflet de la côte catalane).

Pas vraiment une bonne comédie noire, ni une satire affûtée et encore moins un thriller racé sous fond de descente aux enfers de secrets, mensonges, trahisons et dépravation, tout simplement une version moderne et poussive d'un excellent film.
On attendait de Karim Aïnouz une oeuvre plus inspirée même sur un terrain qu'il est loin de maîtriser, et surtout loin d'incarner un bourbier pareil...


Jonathan Chevrier