Adrian Grunberg

[CRITIQUE] : Rambo : Last Blood

 

Réalisateur : Adrian Grunberg
Acteurs : Sylvester Stallone, Paz Vega, Sergio Peris-Mencheta,…
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Action
Nationalité : Américain
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Cinquième épisode de la saga Rambo. Vétéran de la Guerre du Vietnam, John Rambo va affronter un cartel mexicain après l'enlèvement de la fille d'un ami.




Critique :



Icone majeur du cinéma d'action des 80's, transformé (contre son gré) en chantre de la politique triomphaliste d'un Ronald Reagan à bout de souffle, puis férocement parodié à outrance par tous les petits malins voulant se faire la main (Les Guignols en tête, avec une certaine réussite comique il est vrai), le rendant de facto has been aux yeux du grand public, Rambo s'était offert une renaissance totalement improbable dans la jungle birmane avec le guerrier John Rambo, revival brutal et destructeur célébré dans la rage et le sang... beaucoup de sang.
Un retour gagnant qui pouvait très bien appeler par la suite, un ultime baroud d'honneur westernien en diable, où la bête laisserait exploser une dernière fois sa colère et jouerait du couteau pour protéger la petite parcelle de terre qui lui reste pour couler des vieux jours " paisible ".




Après douze ans de vrais/faux départs, d'un jeu de " je t'aime, moi non plus " entre le comédien/cinéaste et une Millenium Films bien décidée à capitaliser sur le personnage avec ou sans Stallone, le vétéran de la guerre du Vietnam nous revient définitivement plus affuté malgré l'âge, avec le bien nommé Rambo : Last Blood, titre faussement prophétique (Sly a plombé tout suspens lors de la campagne promo, assurant que des suites pourraient justement suivre en cas de succès), échoué non plus à son paternel mais bien à un Adrian " Kill The Gringo " Grunberg, que l'on redoutait un poil trop green pour l'ampleur de la tâche.
Frappé d'un pitch logiquement limité - on est dans du pur divertissement d'exploitation à l'ancienne -, à la lisière du DTV de luxe, le film ne s'embarasse d'aucun pathos pour dresser le portrait de son Rambo à la " retraite " : toujours aussi solitaire et mutique, le bonhomme lutte intimement contre son syndrôme post-traumatique en bossant dans la ferme familiale en Arizona (banale en surface, mais bardée de tunnel en tout genre sous la terre).
Un fauve désabusé, imbibé (l'alcool aide à oublier... ou pas) et passablement à la diète, qui va voir sa folle envie de barbaque être nourrie lorsqu'il doit sauver la fille d'une proche, partie contre son conseil à la recherche de son père au Mexique, avant d'être kidnappée par un cartel bien ancré dans le trafic sexuel.




Passé un premier round où son poignard devra vite battre en retraire faute d'un vrai plan de bataille (ce qui ne lui ressemble pas forcément, même si c'est toujours la seconde salve de son offensive qui est la plus meutrière), prenant sans doute un peu trop son temps pour un B/revenge movie burné, pour introduire les enjeux humains (notamment ceux pas vraiment bien croqués, d'une journaliste endeuillée campée par la trop rare Paz Vega) et préparer un final intense et barbare façon remake R Rated et sanguinaire de Maman, J'ai Raté L'Avion; le film explose finalement dans son ultime tiers, et correspond parfaitement à l'idée que l'on pouvait s'en faire via son alléchante campagne promotionnelle.
Filmé avec une hargne homérique et repoussant sensiblement les limites du gore déjà franchie par l'opus précédent, l'affrontement entre Rambo et le dit cartel mexicain - où plutôt ce qu'il en restera -, enchaîne les cadavres avec un rythme effrêné et affiche une lisibilité remarquable (Grunberg est définitivement plus à l'aise quand le récit autorise son action à parler), de quoi nous laisser savourer cette odyssée devastratrice avec une délectation sincérement régressive.




Entre les jouissives bandes Cannon (qui ne frissonnait pas une seule seconde à paraître réac) et les bisseries ritales gore à mort, plongeant tête la première dans une complaisance grindhouse qui en laissera plus d'un sur le carreau, Last Blood, qui n'a évidemment pas la subtilité d'un uppercut signé Taylor Sheridan, nous montre la violence du monde contemporrain sous son véritable jour : brutal, abjecte et sans limites.
Un constat amer qui est pourtant impossible à prendre au premier degré, puisque son carnage pelliculé, à la limite du cartoonesque tant il s'avère aussi fou furieux qu'absurde, n'a jamais vocation à n'être autre chose qu'un divertissement comme on en fait (presque) plus, certes criblé de défauts et pas toujours adroit, mais attachant dans la poèsie estomaquante de sa bourcherie guerrière frénétique et placée, encore une fois, sous le signe de la vengeance (ce qui n'en fait pas juste un " flinguage en règles " de mexicains, la folie destructrice de Rambo se devant d'être personnellement motivée).
La bête chère au général Trautman tue comme personne, il ne lui faut pas forcément une grande raison pour le faire, mais elle ne le fait certainement pas gratuitement, et aujourd'hui elle n'est plus l'instrument primaire de la guerre des autres, mais uniquement de la sienne. 




Et c'est, peut-être, justement ce petit manque d'ambition, cet attachement à une certaine mythologie old school, cette volonté de montrer un Rambo qui vient tout bousiller sans sourciller (comme Dirty Harry l'aurait fait en milieu urbain), qui cause sans doute le plus de tort au métrage - pas pour un certain auditoire, soyons d'accord -, qui n'aura aucun mal à être taxé de politiquement amoral et Trumpiste à mort par le grand public, prouvant qu'à la différence de Rocky Balboa, Stallone n'a jamais vraiment su faire revenir au bon moment, son monstre de Frankenstein (coucou Rambo III).
Plombé par une caractérisation des personnages défaillantes où qui tape sévèrement dans la caricature de bas étage (les méchants sont salement superficiels, jusqu'ici pas de surprise), ainsi que par une exploration fantomatique du contexte du drame humain bien réel qu'il aborde (l'exploitation sexuel des mineurs dans un pays gangrené par la traite des humains et l'exclavage sexuel, qui sont des business honteusement florissants), sans oublier un manque cruel de profondeur sur le quotidien malade de Rambo (on voulait tous en voir plus) et une technique à la rigueur totalement absente; le film se refuse lui-même les portes du souffle grisant et épique qui caractérisait tous les opus de la saga - de vraies péloches d'aventures à part entière -, passé le chef-d'oeuvre First Blood.




Si nous sommes loin de l'odyssée westernienne brutale et homérique entre Impitoyable et John Rambo (même si le gore est bien là), on est en revanche grassement servit au rayon de l'actionner guerrier et décomplexé, un revival sanglant et crepusculaire certes imparfait et mécanique, mais qui fait le job en allant constamment à l'essentiel (le film est le plus court de la franchise, gros générique de fin inclus), dominé par un Stallone sauvage et minéral, dont le pouvoir d'incarnation n'a pas perdu une seule once de sa superbe.
Et si le final, montrant un Rambo fatigué et pensif - mais bel et bien lucide -, réalisant qu'il ne pourra jamais vraiment faire taire la bête qui est en lui (un constat bouleversant et tragique d'un homme brisé, qui tranche sensiblement avec le final plein d'espoir de John Rambo), et que la violence n'est qu'une boucle infatiguable appelée à se répeter sans cesse, laisse à penser que le repos du guerrier est proche de celui du repos éternel : ne vous y méprenez pas, Rambo est toujours opérationnel.




Ce qui est, à l'heure actuelle à Hollywood, une nouvelle aussi excitante qu'effrayante, même si le fait qu'il manque un tout petit quelque chose à ce cinquième film (d'où une certaine frustration pour les amoureux de la saga), nous laisse dans l'espoir que Stallone vienne mettre un point final à tout ça dans un futur plus où moins proche (proche tant qu'il est en forme), tant la porte est volontairement laissée ouverte à un vrai " dernier sang " cette fois...


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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