[CRITIQUE/RESSORTIE] : The Killer

Réalisateur : John Woo
Actrice : Chow Yun-fat, Danny Lee, Sally Yeh, Chu Kong,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Policier, Action, Drame.
Nationalité : Hongkongais.
Durée : 1h55min
Date de sortie : 3 mai 1995
Date de ressortie : 26 novembre 2025
Synopsis :
Jeff est un tueur professionnel. Lors de l'exécution d'un contrat, il blesse accidentellement aux yeux une jeune chanteuse, Jenny. Rongé par le remords, il accepte d'éliminer un parrain des Triades afin de réunir la somme nécessaire à la transplantation de cornée dont Jenny a besoin. L'affaire tourne mal et Jeff se retrouve à la fois poursuivi par ses employeurs et par un policier acharné, l'inspecteur Li.
Partons du principe sain, mais surtout infiniment logique, qu'un cinéaste tel que John Woo - au même titre qu'un Ridley Scott pour ne citer que lui -, rare bonhomme à avoir durablement marqué le cinéma d'action sur plusieurs décennies, n'a décemment plus rien à prouver à qui que ce soit, au point qu'il peut désormais faire ce qu'il veut, et encore plus si les producteurs sont encore derrière lui pour aligner les billets vert (il retrouvera tout prochainement Nicolas Cage pour un biopic du parrain sicilien Carlo Gambino, l'une des figures les plus notoires du crime organisé américain du siècle dernier... on croise tous les doigts).
À partir de là, restons cohérent : si l'on ne peut décemment pas le défendre dans ses dérives les plus stupides et inutiles que l'idée (genre chapeauter un remake moderne de son génial The Killer, à Paris avec Nathalie Emmanuel, Omar Sy et Sam Worthington), rien ne nous empêche dans le même temps, de célébrer ses plus hauts faits et, dans les meilleures conditions possibles, dans une salle obscure avec une remasterisation aux petits oignons.
Et parce que le hasard fait bien les choses, un an après ce remake du démon, et quelques mois passé la ressortie en version restaurée toute pimpante, du tout aussi inestimable À Toute Épreuve, place au seul et unique The Killer, modèle alpha du cinema d'action gentiment influencé par l'aura mélancolique - mais point par sa froideur - du Samouraï de Melville (qui lui-même, avait louché en son temps du côté du gendaigeki), souvent pillé (coucou Leon, John Wick,...) mais très rarement égalé.
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| © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA / SIPA / RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA |
Dans un jeu de relecture/héritage fascinant (Woo, comme Tsui Hark, basait sa violence savoureusement stylisée et survoltée sur celle plus frontale de Sam Peckinpah - voire celle de Martin Scorsese - , et verra son cinéma lui-même être pillé par la production Hollywoodienne par la suite), le cinéaste, qui n'a jamais caché penser son film comme une « comédie musicale d'action » où chaque fusillades et autres empoignades musclées se fait un ballet méticuleusement chorégraphié, laisse férocement s'exprimer son romantisme débridé au détour d'une narration simple - mais point simpliste -, à l'efficacité redoutable.
Soit Jeff, un tueur professionnel méchamment létal qui, lors de l'exécution d'un contrat, blesse accidentellement aux yeux une jeune chanteuse de cabaret, Jenny, la rendant aveugle.
Rongé par le remords, il accepte alors d'éliminer un parrain des Triades afin de réunir la somme nécessaire à la transplantation de cornée dont Jenny a besoin.
Mais, évidemment, l'affaire tourne mal et Jeff se retrouve à la fois poursuivi par ses employeurs et par un policier acharné, l'inspecteur Li, qui finira in fine par se battre à ses côtés..
Odyssée intense et explosive tout de sueurs, de larmes et de colombes d'une âme tourmentée en quête de paix et de rédemption, où Woo condense tous les tropes comme la maestria (jubilatoire) de son cinéma, aux détours des exploits dantesques et suspendus dans le temps de deux entitées chevaleresques et solitaires aux aptitudes presque surnaturelles, des anges de la destruction opposés mais complémentaires dont la noblesse (et un sens de l'honneur qui surpasse tout) ne rentre jamais totalement en conflit avec leurs actes sauvages; The Killer est une symphonie baroque et virile, mélancolique et cruelle, généreux et excessif, poétique et brutale.
Un chef-d'œuvre, comme À Toute Épreuve, rien de moins.
Jonathan Chevrier






