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[CRITIQUE] : L'Intermédiaire (Relay)


Réalisateur : David Mackenzie
Actrice : Riz Ahmed, Lily James, Sam Worthington, Willa Fitzgerald,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h52min.

Synopsis :
Un " fixer " de renommée mondiale, spécialisé dans la négociation de paiements entre entreprises corrompues et ceux qui menacent de les faire tomber, est habitué à garder son identité secrète grâce à une organisation millimétrée et des règles strictes. Il voit son univers basculer lorsqu'une nouvelle cliente sollicite sa protection pour rester en vie.





C'est comme le Port-Salut, c'est écrit dessus : il est plus qu'indéniable que l'amour et l'admiration pour les thrillers paranoïaco-conspirationnistes US des années 70 d'Alan J. Pakula, John Frankenheimer et Sydney Pollack (n'oublions pas non plus, le totem Conversation secrète de Francis Ford Coppola,  qui vient justement de s'offrir une ressortie aux petits oignons dans nos salles), est ancrée dans l'ADN du nouveau passage derrière la caméra d'un David Mackenzie qui commencait à méchamment nous manquer : L'Intermédiaire (Relay) où, toujours frappé du vif esprit de contestation qui caractérise si bien son cinéma, explore à nouveau les injustices comme les complexités - surtout morales - de la société contemporaine, cette fois au plus près du rôle de lanceur d'alerte et des " intermédiaires " tentant de ménager les inévitables répercussions de leurs prises de décisions... tant qu'il en est encore temps.

Soit, dans une Grosse Pomme furieusement dynamique, les aternoiments de Tom (un - toujours - excellent et attachant Riz Ahmed), qui gagne sa vie comme " fixer "/intermédiaire, celui qui, tout est dans le nom, sert d'intermédiaire entre les lanceurs d'alerte potentiels - et vulnérables - et leurs cibles (sensiblement de grosses entreprises), veillant à ce que chacun reparte satisfait et en sécurité, sans crainte de représailles futures.

Copyright LEONINE / Sony Pictures France

Un quotidien aux émotions refoulées, aussi glacial et répétitif que profondément solitaire où il apparaît totalement exclu du monde.
Particulièrement rigoureux et méthodique dans son approche (notamment dans l'usage d'un vieil appareil auditif Ameriphone et du New York Relay Service, pour communiquer d'une manière à la fois intraçable et anonyme), le bonhomme va cependant vite être bousculé par sa nouvelle cliente, la chercheuse Sarah Grant (une Lily James convaincante), qui le contacte lorsqu'elle découvre qu'une grosse firme œuvrant dans la biotechnologie, tente d'étouffer un rapport alarmant sur la sécurité alimentaire, alors que son rachat est dans la balance.
Ce qui s'annonçait comme un plan sans accros pour Tom, va vite se transformer en une lutte pour sa survie quand une bande de mercenaires entrent dans la danse et le prennent pour cible...

Entrant clairement dans le vif du sujet dès sa magistrale introduction (qui dit précisément tout de son personnage titre, de sa débrouillardise comme de son modus operandi réglé comme du papier à musique), Mackenzie déroule le fil tenu de son suspense sensiblement voyeuriste avec une spontanéité rafraîchissante, tout en jouant intelligemment la carte d'une approche tout aussi intimiste que viscérale et nerveuse, pour mieux plonger ses personnages comme son auditoire dans le chaos anxiogène d'un New-York cadré au ras du bitume (excellente photographie de Giles Nuttgens), dont il semble maîtriser le moindre recoin de son architecture dense et complexe au point de - presque - les réinventer à l'écran.

Copyright LEONINE / Sony Pictures France

Titillant quelques questionnements particulièrement actuels et pertinents (Doit-on dénoncer les malversations des grosses entreprises au péril de sa vie ? Et si la réponse est négative, est-ce que cela fait de nous quelqu'un de fondamentalement mauvais ?), même s'il est un poil plombé par son final douloureusement convenu - twist peu cohérent en prime -, L'Intermédiaire n'en reste pas moins un petit bout de cinéma à l'ancienne pleinement ancré dans son époque, dont il encapsule avec justesse la paranoïa toxique (la culture de la surveillance extrême vit ses meilleurs jours).

David Mackenzie est de retour, et ce n'est décemment pas pour nous jouer un mauvais tour.


Jonathan Chevrier