[CRITIQUE] : Hair, Paper, Water...
Réalisateurs : Minh Quý Trương et Nicolas Graux
Acteurs : -
Distributeur : Petit Chaos Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Belge, Français.
Durée : 1h11min.
Synopsis :
Dans une grotte, il y a plus de soixante ans, Madame Hậu est née. Aujourd'hui, elle vit dans un village avec ses petits-enfants, à qui elle transmet avec amour les savoirs ancestraux et la fragile langue Rục. Cheveux, papier, eau...
On avait laissé le cinéma délicat Minh Quý Trương il y a tout pile deux automnes (peut-être pas un hasard), avec une merveille aussi douce que juste, Viêt and Nam, un très beau drame complexe et contemplatif qui, au-delà de porter en lui une tendre romance entre deux jeunes adultes travaillant dans une mine de charbon, abordait habilement les ravages du pouvoir écrasant de la mémoire sur un pays du dragon se débattant encore avec les traumatismes dévastateurs de la guerre.
Une souffrance sans fin, comme un traumatisme originel qui détermine tout, lourdement transmise d'une génération à l'autre (comme à ses deux mômes amoureux vedettes qui, quand ils ne travaillent pas où s'étreignent fougueusement, parcourent les forêts aux alentours à la recherche du père de l'un d'eux, emporté par le conflit sans que son corps n'ait été retrouvé), qui sert de moteur à une errance lancinante et toute en émotions où l'amour, même doux-amer, se fait le seul véhicule pour avancer, pour fuir ailleurs les traumatismes d'une nation en pleine transition, qui tente difficilement de les surmonter, d'avancer.
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De délicatesse, comme de vestiges historiques sur la nation vietnamienne, il en est de nouveau question avec son nouvel effort, co-réalisé avec le directeur de la photographie Nicolas Graux (dont c'est le premier long-métrage), Hair, Paper, Water..., odyssée granuleuse (fruit d'un tournage en Bolex 16mm) entre le documentaire intimiste tout en vignettes et la balade poético-sensorielle, au plus près d'une figure presque sans âge mais au savoir ancestral, Cao Thi Hâu, dont le quotidien en marge est rythmé par la transmission de son expérience comme du rục à ses petits-enfants (parce que rejetée par les institutions, l'apprentissage scolaire ne privilégiant que la langue locale, le vietnamien, et l'anglais), une langue peu parlée et menacée d'extinction (qui structure pleinement ce récit à hauteur de voix et d'écoute) qui, comme toute richesse d'hier, se heurte à une modernité aveugle et dévorante.
Un sensible et mélancolique portrait qui brouille parfois la frontière entre songe et réalité, et qui prend subtilement les contours d'un puissant et vibrant témoignage culturel et cinématographique sous fond de cohésion avec Dame nature et sa spiritualité, de devoir de mémoire/préservation de patrimoine et de transmission.
Un beau moment de cinéma profondément méditatif et humain, tout simplement.
Jonathan Chevrier









