[CRITIQUE/RESSORTIE] : Wake in Fright
Réalisateur : Ted Kotcheff
Avec : Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty,...
Distributeur : The Jokers Films
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Australien, Américain.
Durée : 1h49min
Date de sortie : 21 juillet 1971
Date de ressortie : 19 août 2026
Synopsis :
John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l'affaire d'une nuit s'étend sur plusieurs jours...
Il y a un frisson particulièrement excitant qui parcourt l'échine tous les amoureux du septième art en cet été aussi caniculaire (oui, ça s'est calmé... mais on aura sacrément bouffé) qu'il est riche en ressorties absolument dingues : celui, férocement enthousiasmant, de pouvoir redécouvrir sur grand écran, dans des dispositions particulièrement exceptionnelles, plusieurs chefs-d'œuvres ayant façonnés au fil du temps nos cinéphilies, par le prisme des éditions physiques (pensez VHS, locations et DVD), des diffusions télévisées aléatoires - mais essentielles - où même du téléchargement illégal (assumons un minimum, c'est bon, on a tous en partie façonné notre amour du cinéma par ce biais là).
Mais d'un autre côté, pour celles et ceux d'entre nous qui s'échinent à partager leurs avis, il est d'autant plus difficile d'écrire sur des séances sur lesquelles on a quasiment tout dit, sur une œuvre qui a marqué au fer rouge l'histoire du septième art mais également, pour qui les mots eux-mêmes ne suffisent presque pas à décrire la beauté autant que la puissance et l'intensité émotionnelle qu'incarnent ses images.
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| Copyright La Rabbia / Le Pacte / The Jokers Films |
Des séances telles que Wake in Fright d'un Ted Kotcheff n'ayant pas encore tutoyé les cimes de sa carrière (First Blood, un classique absolu, que tu sois d'accord où non), précurseur brillant et fiévreux de ce qui est appelé à devenir la Ozploitation, mise en images de la lente dilution d'une humanité qui connaît, affirme et n'a de cesse de nourrir la bête ivre qui est en elle, un cauchemar oppressant et hostile catapultant son auditoire au plus près d'une hostilité ouvertement violente qui cherche à chasser, à posséder, à dominer le plus faible.
Le tour vissé au plus près d'une calvaire d'un jeune professeur chétif et frustré de la classe moyenne australienne, contraint malgré lui d'aller enseigner dans l'arrière pays reculé pour rembourser les dettes contractées pour ses études, et qui va découvrir que la vie là-bas, tout en hédonisme barbare et en débauches imbibées d'alcool, est définitivement plus primitive qu'il ne l'aurait pensé, un véritable purgatoire redneck au cycle machisto-infernal qui va le dévorer de l'intérieur.
Satire grotesque sur la socialisation humaine aussi terrifiante qu'éprouvante dans son nihilisme affirmé (la cruauté animale y est profondément insoutenable), portrait d'une masculinité - blanche - qui laisse exploser toute sa toxicité et sa barbarie lorsqu'elle franchie la frontière de la civilisation, incapable de vivre en harmonie avec une nature qu'elle cherche à dompter comme détruire, Wake in Fright, aussi excessif qu'il est d'une sincérité radicale dans sa manière de frôler une folie jamais trop surréaliste pour être vraie, est un voyage crasseux et pervers au bout de l'enfer sous un soleil diaboliquement écrasant.
Un must-see, rien de moins.
Jonathan Chevrier


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