[CRITIQUE/RESSORTIE] : Des jours et des nuits dans la forêt
Réalisateur : Satyajit Ray
Avec : Soumitra Chatterjee, Sharmila Tagore, Robi Ghosh,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Comédie dramatique, Drame.
Nationalité : Indien.
Durée : 1h55min
Date de sortie : 17 mars 1993
Date de ressortie : 19 août 2026
Synopsis :
Ashim, Hari, Sanjoy et Shekhar, amis trentenaires de la classe moyenne de Calcutta, partent en villégiature dans la forêt de Palamou. Sans réservation, ils s’installent dans un bungalow dont ils soudoient le gardien, espérant ainsi profiter de ce cadre idyllique à la lisière des bois. Bientôt, ils rencontrent trois jeunes femmes des environs : la mystérieuse Aparna et sa belle soeur, Jaya, ainsi qu’une travailleuse pauvre d’une tribu locale, Duli. Entre jeux de séduction, errances et nuits d’ivresse, chacun des comparses voit bientôt vaciller ses certitudes les plus intimes...
Parce que le cinéma est une perpétuelle découverte, que l'on s'attarde sur le présent où que l'on dégaine des regards réguliers dans le rétroviseur du passé, toute nouvelle séance (où pas, certains films intiment aux spectateurs d'enchaîner les visionnages pour en percer tous les secrets et vérités) est une toile vierge, un champ de tous les possibles à la fois passionnée et passionnant.
Mais il n'y a, du point de vue de celui qui écrit ses mots, rien de plus enthousiasmant que de défricher une filmographie à la fois reconnue, mais inconnue pour soi-même tant il n'y a rien de plus sain que d'avouer ne pas connaître un/une cinéaste et sa filmographie et, en ce sens, rien de plus grisant que d'arpenter avec curiosité et enthousiasme leurs oeuvres, notamment à travers les quelques cycles de ressorties que plusieurs petits distributeurs courageux, viennent dégainer chaque mercredi au cœur d'une distribution annuelle de plus imposante et écrasante.
Pour l'auteur de ces mots encore une fois, le cinéma du cinéaste - et compositeur - Satyajit Ray, porte étendard de l'industrie cinématographique indienne et bengali dès les années 50 (et en partie motivé à se lancer dans le grand bain du septième art, par rien de moins que notre Jean Renoir national), est un véritable territoire de toutes les découvertes (totalement manqué la ressortie de la trilogie d'Apu... shame) qui ne demande qu'à être arpenté - si possible - dans une salle obscure.
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| Copyright Carlotta Films |
Bonne nouvelle, Carlotta Films - toujours dans les bons coups, et encore plus cet été - vient aider à corriger ce gros manquement en ressortant en salles (dans une version restauree 4K toute pimpante) Des jours et des nuits dans la forêt, adaptation du roman éponyme de Sunil Gangopadhyay façon odyssée initiatique et réfléchie aux figures plus complexes qu'elles n'en ont l'air, entre la Nouvelle Vague et la comédie italienne, vissé sur les aternoiements de quatre amis d'une vingtaine d'années à la méprisance gentiment citadine, quittant le brouhaha trépidant de Calcutta pour des vacances à la campagne de Palamu, où ils espèrent se détendrent et, potentiellement, rencontrer des femmes.
Un terreau familier mais propice pour croquer aussi bien une exploration des distensions entre les classes de la société indienne de l'époque qu'une déconstruction pointue des rapports hommes-femmes comme d'une masculinité toxique tout en préjugés et en privilèges, ou Ray distille très vite les traits de caractère de son petit microcosme, tous dissemblables mais unis dans un privilège désinvolte et déconcertant, dont les conflits latents ne demandent qu'à imploser pour les mener vers une confrontation à leurs propres travers (violence, mépris, machisme/mysoginie,...) comme leur statut (ils ne sont qu'une distraction pour celles qu'ils voyaient comme des distractions, bien plus intelligentes qu'ils ne le sont), que leur naïveté insouciante doublé à leur condescendance citadine, leur refusait jusqu'ici.
D'un humanisme existentiel comme d'un style excessivement naturaliste, jusque dans une mise en scène épurée toujours au plus près des corps, le film se fait une évasion douce-amère ludique et racée mais, aussi et surtout, une agréable porte d'entrée au cinéma de Satyajit Ray donc.
Jonathan Chevrier


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