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[CRITIQUE] : Kill Bill : The Whole Bloody Affair



Réalisateur : Quentin Tarantino
Acteurs : Uma Thurman, David Carradine, Lucy Liu, Daryl Hannah, Michael Madsen, Vivica Fox, Gordon Liu,...
Distribution : StudioCanal
Budget : -
Genre : Action, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 4h35min

Synopsis :
Ancienne membre d'une organisation de tueurs d'élite, La Mariée est laissée pour morte lors de son propre mariage par son ancien amant et mentor, Bill. Après avoir survécu à une balle dans la tête et perdu l'enfant qu'elle portait, elle sort d'un coma avec un seul objectif : la vengeance. Elle va devoir traquer les quatre membres restants du Détachement International des Vipères Assassines avant de pouvoir affronter Bill lui-même.




Si nous étions des allergiques aux ressorties (une espère rare, mais existante), nous pourrions intimement nous demander, au-delà de profiter des meilleures conditions possibles pour lutter contre une canicule de plus en plus irritante - restons poli -, à quoi bon pourrait servir une potentielle (re)découverte en salles du diptyque Kill Bill, alors que sa rediffusion/disponibilité sur les plateformes est régulière, et que son souvenir dans nos mémoires reste encore sensiblement vivace.
Une question stupide certes mais pas si anodine à une heure où, même si le rebond de fréquentations des salles obscures est encourageant, il n'en reste pas moins l'arbre qui cache la forêt d'une présence du spectateur dans son sanctuaire, beaucoup moins affirmé depuis le virage post-confinements.

Mais cette fois, la réponse est des plus simple : cette sortie/ressortie est un director's cut, qui nous ramène à une époque pas si lointaine - la fin des années 2000 - où pas un mois ne se passait sans qu'un « montage de réalisateur/producteur » d'un film plus où moins culte, ne pointait le bout de son nez en support physique (avec, assez souvent, de jolies surprises), n'est pas tant un caprice d'un Tarantino dont il est difficile de défendre les dernières prises de paroles (qui ont définitivement clos toute sympathie à son égard, où pas loin), qu'une manière, vingt-deux ans plus tard, d'enfin dégainé le film dans sa forme virginal, tel qu'il aurait dû être avant l'intervention des Weinstein qui voyait sa scission en deux comme une manière de s'en mettre plein les poches (un move de producteur intelligent, au final).

L'expression d'un cinéaste qui a retrouvé la pleine maîtrise de sa propre œuvre, dont le temps à sensiblement entaché le souvenir (le traitement absolument abject d'Uma Thurman sur le tournage), mais point la qualité de ce qui était, pendant longtemps, son film le plus dense et complet, sa déclaration d'amour au septième art la plus vibrante; percution frontale entre le revenge movie des 70s (sa structure cité directement le mémorable - mais pas sans maladresses - La mariée était en noir de François Truffaut) et le chanbara sanglant - et encore plus ici -, le cinéma d'animation sauce manga furieux et le western spaghetti qui démythifie tout (et pointe le pathétique criant de ses figures - surtout - masculines), le cinéma d'action HK et le drame familial bouleversant (marqué par la romance tortueuse entre Bill et La Mariée, amant jaloux qui obligera la femme qui l'aime, après lui avoir fait vivre l'enfer sur terre en espérant l'y condamner, à le tuer de ses propres mains).
L'élégance et la grâce de l'orient épousant la brutalité poussiéreuse et désenchantée de l'occident, le tout saupoudré d'une maîtrise de la culture populaire affûtée; un cocktail des contraires à la cohérence folle qui se retrouve jusque dans sa bande originale, mixture géniale entre les sonorités westerniennes de Morricone, la musique mariachis et la pop japonaise.

Alors oui, cette version ne bouscule en rien une popote qui nous est, évidemment, familière (peut-être la plus symbolique du processus de citation/réappropriation de toute l'œuvre de QT), mais elle en renforce pleinement sa fluidité et son impact, tant si ses ajouts sont in fine moins significatifs que pensé (la longue séquence animée consacrée à O-Ren Ishii se voit offrir quelques ajouts brutaux; l'affrontement O-Ren/Béatrix retrouve ses couleurs et sa violence n'est plus atténuée par des inserts en noir et blanc; un entracte d'un petit quart d'heure; Sophie Fatale prend encore plus cher), ils enrichissent un montage initial dont seul la maladroite transition entre le premier et le second volume, incarnait un réel souci; une scission trop marquée entre la folie électrisante de la première moitié, et la beauté intimiste de la seconde où la vengeance prenait encore plus de corps, les personnages encore plus d'épaisseur, éléments essentiels d'un affrontement final à l'émotion palpable, qui se termine - littéralement - sur deux cœurs brisés et une emprise enfin libérée.

Uma Thurman et sa palette de nuances démentes n'est jamais apparu plus magnétique, vulnérable et badass, feu David Carradine plus hypnotique et d'une toxicité tranquille, Daryl Hannah plus vénéneuse en « Uber Chick » hallucinée et hallucinante, feu Michael Madsen plus merveilleusement pathétique - sans oublier une Lucy Liu tout droit sortie d'un Takashi Miike.
Une version complète et cohérente, pour un film qui flirtait déjà langoureusement avec la grandeur.


Jonathan Chevrier