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[PAS DE BUG EN L'AN 2000!] : #8. V for Vendetta

Copyright Warner Bros.

" " Quoi ? Encore une nouvelle section sur votre site ? " Bah oui, on aime parler cinema et surtout compartimenter nos billets. Tu crois qu'on devrait consulter ?
Arf, pas besoin de te demander cher lecteur, toutes les voix dans nos têtes disent que tout va bien...
Enfin... bref, dans cette section tu l'auras compris, on va faire comme pour les sections 80s et 90s, mais avec les années 2000 et une production qui risque de titiller la nostalgie des millenials... où pas.
Bref, lâches ta PSP, armes-toi de ton Mp3 (on avait pas tous des Ipod, redescends) et embrasses toute cette douce vague de mélancolie qui s'apprête à foncer sur ta poire !



#8. V pour Vendetta de James McTeigue (2006)


V pour Vendetta est un film qui transcende le statut de simple divertissement pour accéder à quelque chose de plus grand : une œuvre politique, esthétique et émotionnelle qui continue, vingt ans après sa sortie, de nourrir les imaginaires et d'alimenter les débats. Adapté du roman graphique culte d'Alan Moore et David Lloyd, publié entre 1982 et 1989 chez DC Comics, le film porté par les frères Wachowski et réalisé par James McTeigue s'impose comme l'une des productions les plus audacieuses et les plus intelligentes de la décennie 2000.

La genèse du projet est intimement liée au succès de la trilogie Matrix. Lana et Lilly Wachowski, auréolées de leur révolution visuelle et narrative, cherchent à adapter la bande dessinée qu'elles chérissaient depuis des années. Alan Moore, fidèle à sa réputation d'ours intransigeant, désavoue le projet et demande que son nom soit retiré du générique comme il l'avait fait pour La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et From Hell. Qu'importe : les Wachowski, qui signent le scénario, confient la réalisation à James McTeigue, leur assistant réalisateur de longue date, et s'impliquent dans la production avec une intensité totale. Le tournage se déroule principalement à Londres et à Berlin, entre 2004 et 2005, donnant au film une authenticité géographique et une atmosphère urbaine dense qui ancrent le récit dans une réalité palpable, presque documentaire malgré son cadre dystopique.

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L'histoire se déroule dans une Angleterre fasciste d’un futur proche, gouvernée par un chancelier totalitaire et une idéologie de la peur. Un homme masqué, V, se lance dans une croisade solitaire contre le régime, mêlant terrorisme poétique, vengeance personnelle et révolution populaire. Il croise le chemin d'Evey Hammond, jeune femme ordinaire propulsée au cœur d'un bouleversement historique. Ce récit, d'une richesse thématique considérable, aborde frontalement des questions de liberté, de résistance, de manipulation des masses et de mémoire collective avec une profondeur que le cinéma de genre explore rarement avec autant de rigueur.

Hugo Weaving incarne V dans l'une des performances les plus extraordinaires et les plus contraignantes de l'histoire récente du cinéma. Privé de tout recours à l'expression faciale, le masque de Guy Fawkes ne quittant jamais son visage, il construit son personnage uniquement par la voix, la posture, le geste et le mouvement. Le résultat est fascinant : V devient à la fois homme, symbole et fantôme, une présence à la fois terriblement humaine et profondément mythologique. Sa voix, grave et modulée, capable de passer en une fraction de seconde de la tendresse à la fureur, est un instrument de jeu d'une précision exceptionnelle. Face à lui, Natalie Portman livre l'une de ses meilleures prestations. Evey est un personnage d'une grande complexité : vulnérable sans être passive, courageuse sans être infaillible, elle traverse une véritable transformation intérieure que Portman rend avec une grande justesse. La scène de sa captivité et de sa libération, l'une des plus puissantes du film, est un sommet d'interprétation. John Hurt, dans le rôle du chancelier Sutler, apporte toute sa maestria à un personnage de dictateur vociférant, dont la présence quasi exclusivement télévisée dit quelque chose d'essentiel sur la nature du pouvoir médiatique. Stephen Rea, en inspecteur tiraillé entre le devoir et la conscience, complète un tableau interprétatif d'une grande cohérence.

Ce qui fonctionne admirablement dans 
V pour Vendetta, c'est d'abord l'équilibre subtil entre le grand spectacle et l'intimité. Le film sait alterner les scènes d'action chorégraphiées avec une virtuosité évidente, le combat d'ouverture, la destruction du Parlement, et les moments de pure grâce narrative, comme la longue séquence dans laquelle V et Evey regardent un vieux film en noir et blanc, mangeant des muffins au beurre un soir de tempête. Ces instants de douceur inattendue donnent au film une chair, une humanité, qui empêchent toute glissade vers le film à thèse froid et didactique. Le scénario, par ailleurs, est remarquablement construit, tissant avec habileté les fils du présent et du passé, les révélations se succédant avec une fluidité qui ne sacrifie jamais la complexité à la lisibilité.

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Sur le plan technique, 
V pour Vendetta est une réussite éclatante. La photographie d'Adrian Biddle, malheureusement disparu peu après la fin du tournage, baigne le film dans une palette de bleus sombres, de noirs profonds et d'éclats de rouge qui soulignent à merveille la tension entre oppression et désir de liberté. La direction artistique reconstitue la ville de Londres en dystopie crédible, où les symboles fascistes cohabitent avec une architecture familière légèrement déformée, créant un sentiment d'inquiétante étrangeté très efficace. Les effets visuels, notamment lors de la scène finale autour du Parlement illuminé par les feux d'artifice sur fond de la Cinquième de Beethoven, atteignent une beauté formelle qui dépasse le simple prétexte spectaculaire pour devenir un véritable geste cinématographique. La musique de Dario Marianelli, enfin, accompagne l'ensemble avec une élégance sobre, sachant se faire discrète pour laisser toute sa place à l'image et aux mots.

V pour Vendetta est un film qui a su vieillir avec grâce, et même gagner en pertinence à mesure que le monde réel semblait parfois se rapprocher de sa fiction. C'est une œuvre généreuse, exigeante et passionnée, qui fait confiance à l'intelligence de son spectateur et lui offre, en retour, une expérience cinématographique complète, stimulante et profondément mémorable. Le masque de Guy Fawkes est devenu l'un des symboles visuels les plus reconnaissables de la culture populaire contemporaine, preuve, s'il en fallait une, que certains films touchent à quelque chose d'universel et d'intemporel.


Jess Slash'Her