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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Sudden Fear


Réalisateur : David Miller
Avec : Joan Crawford, Jack Palance, Gloria Grahame,...
Distributeur : Les Films de l'Atalante
Budget : -
Genre : Thriller
Nationalité : Américain.
Durée : 1h50min

Date de sortie : 14 novembre 1952
Date de ressortie : 8 juillet 2026

Synopsis :
Lester, un acteur dans le besoin se marie à une riche dramaturge. Il décide de supprimer cette dernière avec l'aide de sa maîtresse, afin d'hériter de son argent...





Alors certes, c'est n'est pas l'affirmation la plus affûtée qui soit, mais une cinéphilie se construit au fil du temps et des séances et, pendant un long moment pour l'auteur de ses mots, l'immense carrière de feu Jack Palance se résumait à trois expériences, Bagdad Café, Batman et - surtout - le génial Tango & Cash (une expérience néanmoins catastrophique pour le bonhomme), la faute à un amour un peu trop prononcé pour les buddy movies, mais aussi et surtout pour les action men Sylvester Stallone et Kurt Russell (associer les deux : un absolute banger comme disent les plus jeunes... expression de boomer totalement assumée).

Mais parce qu'il ne faut jamais rester figé sur ses acquis - encore plus quand ils sont fragiles -, les années ont fait leur office et de fil en aiguille, de pépites en pépites (L'Homme des vallées perdues, L'Étrange Mr. Slade où il incarne un Jack L'Éventreur, La Peur au ventre, Le Mépris de Godard), de premiers rôles sur ses terres à des seconds rôles sur le Vieux Continent, la réalité s'est vite imposée : l'ancien boxeur professionnel, au physique affuté et au visage aux traits taillés à la serpe, est un sacré comédien, et Sudden Fear aka Le masque arraché de David Miller, réserve assurément en lui l'une de ses plus belles performances.

Thriller noir aux accents mélodramatiques saillants, où chaque scène est intelligemment structurée pour faire avancer l'action, multiples pièces d'un puzzle méticuleux qui voit un pitch au demeurant simple - mais point simpliste - (Lester, un acteur dans le besoin séduit puis se marie à une riche dramaturge qui l'avait éconduit lors d'une audition, avant que le pot-aux-roses ne se révèle à son épouse : bien qu'un temps amoureux, il cherche à supprimer cette dernière avec l'aide de sa maîtresse manipulatrice, afin d'hériter de son argent...), débuté comme une sorte de romance cotonneuse avant de lentement mais sûrement prendre les coutures d'un jeu du chat et de la souris diabolique qui tire son suspense du prévisible comme de l'imprévisible, et dont la mise en scène, aussi aérienne qu'inventive (un vrai travail sur la lumière, quelques plans en contre-plongées vraiment intéressants), sublime les visages excessivement expressifs comme les partitions nuancées de sa distribution (le regard de Crawford hypnotise autant qu'il hante).

Hitchcock n'est, évidemment, jamais très loin dans cette chronique désenchantée d'une femme qui se sait aimée, découvrant le destin terrible que lui réserve son époux (un contraste fascinant entre une femme qui dirige sa troupe d'une main de fer d'un point de vue professionnel, mais qui est condamnée à la passivité face au pire dans l'intimité), mais il serait injuste de réduire le film de David Miller qu'au simple statut d'héritier, que ce soit par sa maîtrise absolue des codes du genre, son exigence narrative et formelle mais également sa gestion du rythme savoureusement implacable.
Du travail d'orfèvre, pour une séance glaciale et, de facto, parfaite pour un été caniculaire dans une salle - pas assez - obscure.


Jonathan Chevrier