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[CRITIQUE] : Hanami


Réalisatrice : Denise Fernandes
Acteurs : Sanaya Andrade, Dailma Mendes, Alice Da Luz Gomes,...
Distribution : Sudu Connexion
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Portugais, Suisse, Capverdien
Durée : 1h36min

Synopsis :
Sur une île volcanique isolée que tout le monde veut quitter, Nana apprend à rester. Sa mère Nia a émigré peu après sa naissance et Nana grandit dans la famille de son père. Lorsqu’elle est prise de fortes fièvres, on l’envoie se faire soigner au pied d’un volcan, où elle découvre un monde suspendu entre rêves et réalité. Des années plus tard, alors que Nana est adolescente, Nia revient et fait face aux conséquences de son long exil.





D'habitude un poil discret dans nos salles obscures (moins d'une dizaine de séances par an, et la fourchette est large), le cinéma portugais n'a pourtant jamais paru aussi présent qu'en ce début d'été frappé par le sceau d'une canicule indisciplinée qui essore physiquement et psychologiquemrnt tout le monde - et le mot est faible.

Passé l'excellent Entroncamento de Pedro Cabeleira, film choral désenchanté et tout en désillusion sur une jeunesse désabusée et cabossée par la vie, croqué façon valse de portraits complexes et captivants à fleur de peau et d'émotions contenues, place à un premier long-métrage sensiblement opposé mais peut-être encore plus fort : Hanami, galop d'essai joliment confient de la wannabe cinéaste suisse Denise Fernandes, un récit de passage à l'âge adulte aux accents déroutants et surréalistes qui a pour lui un sens du cadre et une maîtrise technique et formelle implacables, qui lui permettent de sensiblement supplanter la légèreté - consentie - de sa prose comme la familiarité évidente d'un genre qui, au-delà d'être excessivement conventionnelle dans ses codes, squatte nos écrans avec une régularité si rare qu'il est difficile de lui apporter des nuances un tant soit peu originales.

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Ce cadre aussi somptueux que furieusement cinégénique, c'est Fogo, une île volcanique et aride du Cap-Vert quasiment isolée du monde (en grande partie la raison pourquoi tous ses habitants - où presque - rêvent ardemment de la quitter), terres d'origine de la cinéaste mais également de sa jeune héroïne, Nana, petit bout de gamine abandonnée quasiment toute son existence par sa mère (partie en exil juste après sa naissance, et qu'elle retrouve finalement le jour de ses seize ans), qui a été si façonné par ce lieu où humanité et nature vivent modestement dans une harmonie à la fois sensible et fragile, quelle ne se voit pas vivre ailleurs, quand bien même l'exil de ceux qu'elle a côtoyer commence gentiment mais sûrement à l'envahir d'une nostalgie aussi tendre que brumeuse où souvenirs, rêves et réalité semblent étrangement se mêler...

Dénué de toute linéarité, laissant les souvenirs et les temporalités se chevaucher dans une sorte de songe au lyrisme exacerbé où la vulnérabilité de la narration se fait tout du long supplanter par la puissance des corps et la beauté picturale de ses plans, Hanami a tout d'une expérience contemplative et sensorielle totalement figée à la frontière entre réalisme magique et mélancolie surréaliste, laissant naturellement ses images dicter leur propre rythme, imposer leur propre vérité à un spectateur frappé par cette volonté de rendre palpable et explicite tout ce que son héroïne vit, à faire ressentir son attachement profond pour ses terres en ne s'appuyant uniquement que sur une grammaire cinématographique juste et délicate.
Typiquement le type de séance appelée à diviser, prétentieuse pour certains, merveilleusement renversante pour d'autres - dont nous.


Jonathan Chevrier