[SƎANCES FANTASTIQUES] : #132. Come Play
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Tout commence en 2017 avec un court métrage de cinq minutes intitulé Larry, réalisé par un certain Jacob Chase, alors inconnu du grand public. L'histoire est minimaliste : un agent de péage esseulé dans un parking nocturne, une tablette qui s'allume, et une créature longiligne qui surgit de l'obscurité. Cinq minutes. Pas de dialogue. Pas de budget. Et pourtant, le film devient viral, cumulant plus d'un million de vues en ligne et attirant l'œil des producteurs hollywoodiens.
C'est Amblin Entertainment, la mythique société de production de Steven Spielberg, qui flaire le potentiel et tend la main à Chase. En 2018, le projet de long métrage est officiellement lancé. Chase, monteur de formation et auteur de plusieurs courts métrages, hérite d'une opportunité rare : adapter sa propre œuvre avec les moyens d'un studio. Le budget final s'élèvera à neuf millions de dollars, somme modeste mais suffisante pour donner vie à une vision cohérente et maîtrisée. La sortie, initialement prévue en juillet 2020, est repoussée au 30 octobre en raison de la pandémie de Covid-19, une date d'Halloween qui sied parfaitement au film. En France, il faudra attendre août 2021 pour le découvrir.
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La carte de visite technique du film est solide. La photographie est signée Maxime Alexandre, directeur de la photographie français reconnu pour ses collaborations avec Alexandre Aja (Haute Tension, La Colline a des Yeux) et James Wan. Sa maîtrise des lumières froides, des noirs profonds et des arrière-plans menaçants confère au film une atmosphère visuelle immédiatement oppressante. Le montage est assuré par Gregory Plotkin, rompu au genre horrifique pour avoir officié sur plusieurs volets de Paranormal Activity. La partition musicale, enfin, est composée par l'Espagnol Roque Baños, également auteur des musiques de Evil Dead (2013) et Don't Breathe. Ensemble, ces artisans du genre forment une équipe chevronnée qui soutient et amplifie la vision du débutant Chase avec un professionnalisme évident.
Le film repose sur un trio d'acteurs remarquablement bien choisis. Azhy Robertson, vu quelques mois plus tôt dans Marriage Story de Noah Baumbach, incarne Oliver avec une justesse bouleversante. Ce jeune acteur parvient à exprimer la vulnérabilité, la curiosité et la détresse de son personnage autiste non verbal, uniquement par le regard et le corps. Sa performance est le cœur battant du film.
Gillian Jacobs, révélée par la série Community, joue Sarah, la mère d'Oliver. Elle offre un portrait nuancé d'une femme à bout, déchirée entre la culpabilité, l'amour maternel et l'épuisement, sans jamais basculer dans le cliché de la mère hystérique. John Gallagher Jr., connu pour The Newsroom et 10 Cloverfield Lane, campe Marty, le père absent et faillible, avec une humanité touchante. Le dysfonctionnement du couple parental donne au film sa dimension dramatique réelle, bien au-delà des simples mécanismes du film d'horreur.
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Jacob Chase réalise ici l'un des débuts les plus prometteurs du cinéma d'horreur de sa génération. Sa mise en scène est définie par une retenue calculée et une maîtrise de l'espace particulièrement impressionnante pour un premier long métrage. Là où beaucoup de réalisateurs novices auraient capitulé devant les jump-scares faciles, Chase choisit la durée du plan, la profondeur de champ et le hors-champ pour construire une tension organique.
L'utilisation des écrans comme outil narratif et dramatique est particulièrement inventive. La créature Larry ne surgit pas des murs, elle émerge des téléphones, des tablettes, des télévisions. Pour la voir, les personnages doivent regarder à travers leurs appareils, transformant chaque écran en fenêtre vers l'horreur. Chase joue avec les applications de reconnaissance faciale, les flashs de caméra, les reflets de lumière pour signaler la présence de Larry de façon mémorable. C'est une mécanique narrative à la fois cohérente, moderne et angoissante.
La créature elle-même est une réussite de conception. Larry est grand, environ trois mètres, squelettique, aux membres trop longs, aux mouvements douloureux. Chase a donné une instruction précise aux équipes son et effets visuels : Larry ne devait pas simplement paraître effrayant, il devait sembler souffrir. Ses gémissements, ses râles, ses mouvements laborieux sont ceux d'un être en détresse autant qu'en quête. Ce choix crée une tension émotionnelle inattendue : on a peur de Larry, mais on le plaint aussi.
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Ce qui élève Come Play au-dessus de la production horrifique ordinaire, c'est la richesse de ses sous-textes. Le film traite simultanément de la solitude à l'ère numérique, de l'addiction aux écrans chez les enfants, de la difficulté à communiquer au sein d'une famille en crise, et de la différence avec une sensibilité rare pour le genre. Oliver, parce qu'il ne peut pas parler, utilise ses appareils pour exprimer ses émotions et tisser des liens. Larry, de l'autre côté de l'écran, fait exactement la même chose. Les deux personnages sont des solitaires qui cherchent un ami. Cette symétrie est la colonne vertébrale émotionnelle du film.
L'horreur devient ainsi métaphore : les écrans ne sont pas neutres, ils ouvrent des portes. La créature représente tout ce que l'on peut trouver ou perdre derrière un écran. Chase ne moralise pas lourdement ; il laisse les images parler, et c'est précisément cette élégance narrative qui rend le propos durable.











