[CRITIQUE] : Roma Elastica
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Réalisateur : Bertrand Mandico
Avec : Marion Cotillard, Noémie Merlant, Martina La Manna,…
Distributeur : Condor Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Italien.
Durée : 1h47min
Synopsis :
Marion Cotillard incarne une star de cinéma à bout de souffle épaulée par sa fidèle maquilleuse campée par Noémie Merlant devant la caméra de Bertrand Mandico pour un hommage ébouriffant au Cinecitta des années 80.
Héritier assumé des cinémas hybrides de Lynch, Tarkovski et Jodorowski (et dont l'inspiration graphique découle sensiblement autant du surréalisme horrifiant de Walerian Borowczyk, que d'un cauchemar poisseux de Kaneto Shindō), on avait laissé l'oeuvre si atypique et dégoulinante d'érotisme sale de Bertrand Mandico, avec Conann, qui s'inspirait de la mythique histoire du plus grand des Cimmériens, immortalisé à l'écran par Arnold Schwarzenegger et John Milius (oublions Conan le destructeur de Richard E. Fleischer, et encore plus le remake de Marcus Nispel); le point final de sa trilogie de la vie après la mort (si Les Garçons sauvages serait le Paradis, After Blue incarnerait le purgatoire et donc Conann rien de moins que les enfers), songe irréel et savoureusement déviant entre l'espace, le temps et les genres (l'héroïc fantasy, le polar urbain sauce bis rital post-apocalyptique,...), dont la charge onirique débordante ne dominait cette fois plus totalement un récit aux coutures certes facile, mais tout du long prenant.
Une expérience à part, exigeante, cruelle et brutale (peut-être la plus aboutie de son cinéaste), le carnaval chaotique et acide d'âmes aussi désenchantées que les terres qu'elles arpentent, théâtre de la dépravation à la violence intimement mélancolique.
Moins baroque et surtout plus inégal se fait Roma Elastica, qui épouse la tradition du film dans le film tout en étant excessivement... so Mandico-re.
Flanqué au coeur des 80s et au plus près d'une comédienne américaine débarquée à la Cinecittà pour briguer le lead d'un film de science-fiction dystopique qu'elle n'aurait jamais approché au zénith de sa carrière, le cinéaste confronte brutalement sa comédienne autant au déclin de sa carrière qu'à celui de son corps (elle est atteinte d'une tumeur au cerveau qui la renvoie sans ménagement à sa propre mortalité), la confronte à la vérité désespérée de vouloir perdurer dans l'artificialité du septième art qui célèbre aussi vite qu'il recrache les âmes (et encore plus les plus vulnérables), alors que sa chair malade commence à ne plus être capable à répondre aux exigeances des caméras.
Un poil cousin du Substance de Coralie Fargeat sous certains aspects, quand bien même il prend, à la différence du film de la maman de Revenge, un parti pris réflexif anti-Cronenbergien en sondant la décrépitude d'un corps dans une industrie du paraître à l'absurdité assumée, qui préfère embellir que guérir, user jusqu'à l'excès dans une sorte de ballet malsain et fétichiste, Mandico s'offre surtout ici un hommage appuyé et enjoué - voire presque parodique - au cinema italien, de ses révérences marquées à Bava, Fellini et Fulci aux présences d'Ornella Muti et Franco Nero (voire même la Cinecittà elle-même, vestiges hantés d'un passé révolue où la définition de liberté créative et artistique avait encore un sens), à travers la descente aux enfers cinématographico-existentielle d'une Marion Cotillard à la vulnérabilité touchante.
Mais à la différence de ses précédents efforts, Mandico se laisse un peu plus happé par son approche baroque, éreinte autant qu'il fascine dans cette farce débridée et frénétique ou le chaos laisse s'embraser les pulsions les plus primaires et bestiales, sacré paradoxe pour une oeuvre qui se fait pourtant, la plus accessible de sa filmographie.
Sacré Bertrand...
Jonathan Chevrier








