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[CRITIQUE] : Gentle Monster

Copyright Frederic Batier_Film AG

Réalisatrice : Marie Kreutzer
Avec : Léa Seydoux, Jella Haase, Laurence Rupp,…
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Autrichien, Français, Allemand.
Durée : 1h54min

Synopsis :
Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?




On avait laissé le cinéma de la cinéaste autrichienne Marie Kreutzer sur une sacrée séance : Corsage, une représentation du mythe Elisabeth d'Autriche qui n'avait strictement rien à voir avec ce que l'on avait pu voir auparavant jusqu'à aujourd'hui, bien loin des films d’Ernst Marischka, au regard aseptisé/idéalisé de l'impératrice et portés par feu Romy Schneider; une représentation plus punk, consciemment fougueuse et agitée d'une Sissi obsédé par l'oisiveté de sa condition, une femme-trophée définie par la trivialité laborieuse du superficiel mais qui décide, à l'arrivée d'une quarantaine qui l'a hante autant que ses névroses, qu'elle vivra désormais selon ses propres règles en se lançant avec panache dans une rébellion contre le conformisme de l'aristocratie.

Un portrait au vitriol qui réinvente l'histoire pour mieux la corriger, anarchiste jusque dans ses petites touches d'anachronismes délirants, logé entre la mélancolie d'un Spencer et la relecture pop à la Marie-Antoinette (qui aurait même mérité d'épouser la folie crasse de La Favorite) et qui tout, comme son sujet, ne peut se laisser corseter par le carcan austère du film en costumes, abandonnant le mythe de l'objectivité pour se laisser aller à une inventivité et une irrévérence savoureusement corrosive qui faisait - souvent - mouche.
Moins corrosif et plus Hitchcokien se fait son sixième effort, Gentle Monster, également adoubé par la dernière réunion cannoise (en compétition officielle cette fois), portrait qui se revendique antomologique d'une famille d'artistes dont une épouse/mère pianiste découvre soudainement et brutalement la potentielle pédocriminalité de son mari cinéaste, soupçonné par les forces de l'ordre de possession et de diffusion de pornographie infantile.

Copyright Frederic Batier_Film AG

L'angoisse derrière la normalité/banalité bourgeoise et les masques de la vie domestique, la peur que les penchants immondes et abjectes d'un homme se projette sur la chair de sa chair, le tout noué autour de cette vérité qui heurte une femme qui voit exploser en éclats l'innocence de son cocon familial comme une expérience sentimentalo-conjugale qui réagissait son existence : le film n'est jamais aussi efficace que lorsqu'il ne lâche pas d'une semelle le gouffre anxiogène avec lequel une fantastique Léa Seydoux danse langoureusement et intensément, moins lorsqu'il s'égare en tentant de nourrir sa narration de disgressions parallèles/miroirs (celui d'une enquêtrice capable de déceler le vice chez les autres mais qui, comme la pianiste, ne peut pleinement se confronter à la souffrance d'une potentielle culpabilité de son père malade), qui viennent parasiter l'émotionnalité derrière la douleur d'une femme qui ne peut plus ignorer la monstruosité de son mari, et dont la lucidité la consume littéralement de l'intérieur.

Une séance rugueuse et imparfaite, amère et tendue mais surtout, définitivement passionnante dans ses pistes de réflexion.
Puis un film qui fait chanter Boys Don’t Cry de The Cure à la reine Léa, ne peut qu'être considéré comme immanquable...


Jonathan Chevrier