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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Bye Bye Brasil


Réalisateur : Carlos Diegues
Avec : Betty Faria, José Wilker, Fábio Jr.,…
Distributeur : La Filmothèque Distribution (ex Ciné Sorbonne)
Budget : -
Genre : Aventure, Drame.
Nationalité : Brésilien, Argentin, Français.
Durée : 1h40min

Date de sortie : 19 novembre 1980
Date de ressortie : 3 juin 2026

Synopsis :
Une troupe d’artistes itinérants sillonne le Brésil à bord de la caravane “Rolidei”. Dans les années 1970, la pauvreté gagne du terrain dans les campagnes. Entre la sécheresse persistante et l’essor de la télévision, leur modeste spectacle attire de moins en moins de spectateurs. Convaincus que l’avenir se joue ailleurs, ils se lancent alors dans un long voyage à travers l’Amazonie. Ce périple devient l’allégorie de la modernisation accélérée du pays, confrontant les personnages à une réalité en constante évolution.





On ne le répétera jamais assez, à une époque où la cinéphilie se statue, selon une poignée de spectateurs particulièrement bruyants, selon une liste de films vulgairement établie qu'il faut avoir vu (pas compris, vu, n'en demandez pas trop), il n'y a décemment aucun mal à avouer ne pas connaître un/une cinéaste et sa filmographie et, en ce sens, il n'y a rien de plus grisant que d'arpenter avec curiosité et enthousiasme, des filmographies qui nous sont totalement inconnues.
Notamment à travers les quelques cycles de ressorties que plusieurs petits distributeurs courageux, viennent dégainer chaque mercredi au cœur d'une distribution annuelle de plus imposante et écrasante.

Pour l'auteur de ces mots, la filmographie de l'une des figures phares du Cinema Novo (un mouvement de la production cinématographique brésilienne, qui peut se voir comme un mélange entre néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague française), le cinéaste brésilien Carlos Diegues était tout au plus un nom lu au détour de quelques textes, ce qui en faisait un véritable territoire de toutes les découvertes qui ne demandait qu'à être arpenté - si possible - dans une salle obscure.
Classé par l'Abraccine dans le panthéon des 100 meilleurs films brésiliens de tous les temps, Bye Bye Brasil dont le titre trompeur convoque un adieu qui n'est pas fondamentalement celui que l'on pense, joue la carte d'un road movie où ce sont moins les personnages qui se révèlent à l'écran, que les vérités de la nation qu'ils arpentent.

Cloué aux basques d'une petite poignée d'artistes itinérants qui parcourent le pays avec la Caravana Rolidei en faisant des spectacles pour les plus pauvres, engagés sur la Transamazonienne pour rejoindre Altamira, la narration ne dessine pas uniquement la quête identitaire de figures complexes espérant se lancer vers la voie d'un succès précaire comme d'un quotidien excentrique trompant la banalité de la vie urbaine (même s'il noue amoureusement les liens affectifs réels qui les unit, comme le désir vibrant de vouloir se réinventer même dans la précarité la plus totale), puisqu'elle y substitue le portrait d'un Brésil rural à la mémoire culturelle collective menacée, lentement mais sûrement emportée par la mondialisation, l'élan d'un développement économique et industriel appelé à le transformer dans le bon (une dictature appelée à se faner), comme dans le mauvais sens (des fractures économico-sociales encore plus marquées entre les territoires).

Auscultation calme et introspective d'une franchise et d'une mélancolie rares d'une nation à la croisée des chemins, enlacée entre un réalisme sobre issu du documentaire et le faste d'une fable onirico-kitsch au rythme posé, Bye Bye Brasil est un road movie à part, sensuel et désenchanté, cru et envoutant.
Une fantastique (re)découverte.


Jonathan Chevrier