[CRITIQUE] : Bouchra
Réalisatrices : Orian Barki et Meriem Bennani
Acteurs : -
Distributeur : Norte Distribution
Budget : -
Genre : Animation.
Nationalité : Italien, Marocain, Américain.
Durée : 1h23min.
Synopsis :
Bouchra, 35 ans, cinéaste marocaine installée à New York, est paralysée par la peur de la page blanche. Un appel de sa mère depuis Casablanca ravive souvenirs et émotions enfouis. Au fil de leur échange, doux et fragile, une brèche s’ouvre, les images reviennent, les désirs aussi.
Un film en forme d’autofiction qui aborde, avec humour et tendresse, les relations mère/fille, le rapport à la création et où l’on verra comment une ourse séduit une coyote.
À une heure où toute l'intention - et c'est tout à fait légitime au fond - est focalisée sur les grosses machines animées (françaises comme internationales, même si le trio vedette Super Mario Galaxy, le film / Toy Story 5 / Des Minions et des monstres, soit appelé à tout exploser sur son passage) comme sur les péloches de saison, il est dommage tout de même que l'on ne puisse pas mettre un chouïa peu plus en lumière la (très) singulière proposition qu'incarne Bouchra, écrit et réalisé Orian Barki et Meriem Bennani (on rajoute aussi une dédicace au génial Jim Queen de Nicolas Athane et Marco Nguyen, quitte à célébrer le cinéma d'animation queer de l'été), qui prêtent également leur voix côté doublage.
Rien de moins qu'un beau morceau de cinéma brut et queer dont la profonde authenticité vient trancher l'aspect particulièrement déroutante de son animation hybride (autant dans son style, une animation 3D anamorphique aux décors réalistes et avec une anthropomorphisation de ses personnages, que dans son ton, à la mélancolie et à la sensualité tout droit sortie d'un film noir) et frénétique (parfois un poil trop en décalage avec les dialogues), néanmoins totalement cohérente avec une narration certes décousue mais d'une humanité et d'une complexité renversante.
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Pas si éloigné au fond, du merveilleux mais définitivement plus radical News From Home de Chantal Akerman, qui voyait la cinéaste concocter une méditation touchante et minimaliste sur le dépaysement et l'éloignement à travers sa lecture, au moment de son emménagement à New-York (pas de hasard), de sa relation épistolaire avec sa mère (qui ne faisait que pointer les limites d'un exil à la fois essentiel et manqué), le film suit le fil doux et introspectif des échanges tout en souvenirs et en émotions d'une cinéaste marocaine installée au coeur de la Grosse Pomme (Bouchra, tout est dans le titre, qui est d'ailleurs paralysée par le syndrome de la page blanche), avec sa mère restée à Casablanca; l'exploration touchante d'une reconstruction prudente des liens sous le poids écrasant des non-dits, du silence et d'attentes dissonantes, noué autour du désir d'acceptation de son identité queer d'une fille par ses parents issus d'une famille traditionnelle et conservatrice.
Étrange et intime, authentique et bouleversant dans sa manière de questionner l'expression de soi-même dans le processus créatif, tout en se servant de la distance de l'animation autant comme d'une mécanique pudique pour remonter aux racines d'un tabou familial, que d'un hypothétique outil thérapeutique pour conjurer les cicatrices du rejet; Bouchra est une expérience à part, bouleversée et bouleversante, qui mérite amplement et fièrement son pesant de pop-corn.
L'une des séances immanquables du moment... avec Jim Queen, encore une fois.
Jonathan Chevrier


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