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[CRITIQUE] : Fils de personne


Réalisateur : Safy Nebbou
Acteurs : Romain Duris, Master Sanpasiri Khosittachawanich, Vitaya Pansringarm,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h37min.

Synopsis :
À peine arrivé en France, le petit Mapring, 4 ans, perd sa nouvelle mère dans un accident de voiture. Thomas dévasté, seul face à cet enfant qui ne le reconnaît pas encore comme père, décide de retourner en Thaïlande pour retrouver sa famille biologique et lui donner une nouvelle chance. Mais au cœur de ce voyage de la renaissance, une autre histoire se tisse : celle d’un lien fragile qui se construit, le face-à-face bouleversant d’un père et d’un fils qui doivent apprendre à s'apprivoiser.





Au-delà de ses partitions dans des grosses productions pas toujours défendables (Chien 51 de Cédric Jimenez, Eiffel et le diptyque Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon pour ne citer que les plus récents, peut-être Le Fantôme de l'Opéra d'Alexandre Castagnetti, même si on lui souhaite tout l'inverse), il y a une vraie cohérence qui se dégage dans les rôles de récentes mémoires d'un Romain Duris qui n'a jamais été aussi passionnant à suivre que lorsqu'il est renvoyé à une paternité difficile et acculée, auprès de cinéastes captant avec délicatesse la complexité comme la beauté de ce rôle dans ce qu'il a de plus touchant, authentique et universel : Le Règne Animal de Thomas Cailley, Nos Batailles et Une part manquante de Guillaume Senez.

Copyright Sony Pictures Releasing France

Difficile d'ailleurs de ne pas faire quelques parallèles - faciles mais néanmoins pertinent - entre les films du cinéaste belge et le nouvel effort en date de Safy Nebbou, absent des salles obscures depuis l'excellent Celle que vous croyez (drame psychologique cloué aux basques d'une Juliette Binoche terrifiée par les ravages du temps et l'idée de vieillir), Fils de personne, plus où moins franchement inspiré du drame Handle with Care d’Arild Andresen, et qui se revendique comme un portrait racé et mesuré d'une figure partenelle amputée de l'amour de sa vie, et qui n'est pas encore totalement prêt à assumer un rôle de père pour lequel il ne s'est jamais réellement investi, quand bien même il est intimement désiré.

Soit Thomas (Duris, tout en sobriété), fraîchement dévasté par la mort de sa femme dans un accident de voiture, alors que le couple venait d'adopter le jeune Mapring (un impressionnant Master Sanpasiri Khosittachawanich), quatre ans au compteur.
Seul face à cet enfant qui ne le reconnaît pas encore comme père - et qu'il ne considère pas encore totalement non plus, comme son propre fils -, il décide de conjurer sa douleur en retournant dans une Thaïlande loin d'être hospitalière, pour retrouver sa famille biologique; un voyage difficile qui prendra in fine, lentement mais sûrement, les contours d'un apprivoisement mutuel et de l'acceptation d'une filiation sous fond de guérison, de complicité sincère et de tendre (re)construction affective.

Copyright Sony Pictures Releasing France

Itinéraire d'une quête de paternité contrariée jonglant sur le fil ténu de l'ambiguïté (les intentions de Thomas sont floues, entre volonté nébuleuse de réparation et hypothétique fuite de ses responsabilités jamais pleinement assumée), où Nebbou sonde les fondements mêmes du rôle de père au coeur des fêlures béantes d'une structure familiale vulnérable que le destin cruel a fait voler en éclats, qui passe d'une ébauche fragile à l'émotionnalité contenue à une cohabitation méfiante mais pleine d'espoir; Fils de personne, pas exempt d'une écriture pas toujours subtile, n'en reste pas moins un drame sensible et empathique où la mise en scène délicate de Safy Nebbou, souligne autant la maladresse des corps que les bonnes intentions des cœurs.


Jonathan Chevrier