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[CRITIQUE] : The Christophers


Réalisateur : Steven Soderbergh
Acteurs : Sir Ian McKellen, Michaela Cole, James Corden,...
Distributeur : Dulac Distribution
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien devenu misanthrope n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune.





On avait laissé Steven Soderbergh sur une très belle note old school l'an dernier : The Insider, effort tout en panache sournois et en insécurités piquantes, flirtant constamment avec la comédie de moeurs sensuelle et amère et le roman policier pas aussi prévisible qu'il en à l'air, une observation mature et incisive des faiblesses de la nature humaine et de la complexité des rapports sentimentaux, où le tandem Soderbergh/Koepp arriverait presque à rendre romantique la trahison et le mensonge - plus où moins présents dans tous les mariages.
Mais si son cinéma, toujours aussi prolifique, se porte à merveille (on émettra néanmoins de sacrées réserves sur son documentaire John Lennon : The Last Interview, où il a utilisé d'une manière beaucoup trop décomplexée, peut-être plus encore que les opportunistes de chez The Asylum), plus simple et épuré que jamais (tout va strictement à l'essentiel,  jusque dans une mise en concise), force est d'admettre que le papa de Traffic ne fait plus réellement l'événement, même au coeur d'une sphère cinéphile qui ne s'enthousiasme plus à l'annonce de l'un de ses projets, sans doute parce qu'il a longtemps jonglé (depuis son vrai/faux départ à la retraite finalement) entre une présence marquée sur les plateformes de streaming et des sorties un chouïa anonyme dans les salles.

Pas aidé par l'arrivée tonitruante, dans sa foulée, du dernier long-métrage de Steven Spielberg - Disclosure Day - qui vampirise toutes les attentions (et le mot est faible), le modeste The Christophers est voué à ne pas casser la baraque, dommage tant le film incarne une petite pépite de comédie dramatico-noire et grinçante façon peinture au vitriol d'une société contemporaine bouffée par sa cupidité comme ses élans pervers de prestige et de célébrité, quitte à se laisser aller à une exploitation éhontée des vestiges du passé, cloué aux basques d'une opposition tout en intelligence et en ruse, entre deux artistes de générations opposées mais aux fêlures similaires.

Copyright Claudette Barius / Dulac Distribution 

Soit Julian, vieil artiste tout en cynisme (plus une arme d'autodéfense qu'une volonté de faire mal à l'autre) et empêtré dans un éternel syndrome de la page blanche, une paralysie créative qui a sapé en lui toute confiance en son art et en son pinceau, mais aussi une célébrité sur laquelle il peine désormais à surfer; et Lori, restauratrice dans un pub et ex-faussaire à ses heures perdues, qui a un rapport à l'art plus pragmatique et moins romantique, embauchée par les héritiers du premier (qui de sont brouillés avec lui) pour sournoisement s'approprier une partie du patrimoine familial inachevé (terminer une série de peinture " The Christophers " abandonnées depuis longtemps) et accroître sa valeur passée sa disparition.

Observation crue et cinglante de la léthargie d'un milieu artistique (auquel il est difficile de ne pas plaquer une industrie Hollywoodienne créativement à l'agonie) engoncé dans un cycle de recyclage tout en citation/régurgitation du passé pour mieux tromper un présent à l'originalité déclinante, quand elle ne transforme pas en marques toute figure/production un tant soit peu populaire (auquel il ajoute une crise existentielle douloureuse sur le désir de vouloir survivre au déclin de sa propre œuvre); Soderbergh poursuit ses réflexions sur la morale pervertie par l'avidité et épouse langoureusement un cynisme d'époque, pour mieux emballer une comédie dramatique sarcastique et pleine d'esprit au tempo tout droit sorti d'un polar jazzy, nourrit par quelques rebondissements/tromperies cotons comme par les échanges savoureux et énergiques entre un tandem Sir Ian McKellen et Michaela Coel au diapason et incroyablement magnétique.
Un jeu du chat et de la souris à l'ancienne, solide et sans prétention, prenant et mordant, brut et mélancolique : du Soderbergh à son meilleur.


Jonathan Chevrier