[CRITIQUE] : Minotaure
![]() |
| Copyright Anna Matveeva / MK-Productions-CG-CinemaB / Les Films du Losange |
Réalisateur : Andreï Zviaguintsev
Acteurs : Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin, Yuriy Zavalnyouk,...
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Allemand, Letton.
Durée : 2h15min.
Synopsis :
Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.
Quintessence - ou pas si loin - de la filmographie foisonnante de feu Claude Chabrol, fusion parfaite entre sa propension à dégainer une intrigue à la fois psychologiquement complexe et tortueuse, et une mise en scène tout autant épurée que d'une précision d'orfèvre, La Femme infidèle s'attachait moins purement et durement au crime en son coeur (celui d'un mari qui découvre qui est l'amant de sa femme, avant de s'en " occuper "), qu'à l'écosystème bourgeois d'époque (qu'il décortiquait comme personne), tout en hypocrisie et en quête désespérée pour sauver coûte que coûte les apparences - un meurtre pour mieux encapsuler tout le reflet d'une classe sociale bouffée par ses privilèges et une moralité aux abonnés absents.
Cinq décennies plus tard mais surtout neuf ans après le monumental Faute d'amour, qui était lui une révérence assumée au cinéma d'Ingmar Bergman, le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev fait son retour sur une Croisette cannoise qui l'aime d'amour avec Minotaure, hommage appuyé au bijou de Chabrol dont il se sert comme de structure fantastique à son allégorie politique sombre et vénéneuse, une autopsie sans anesthésie de la Russie contemporaine.
![]() |
| Copyright Anna Matveeva / MK-Productions-CG-CinemaB / Les Films du Losange |
Entre le thriller psychologico-noir, la tragédie conjugalo-bourgeoise et le portrait désenchanté d'une nation déclinante sous fond de conflit russo-ukrainienne, noué autour d'un pitch sensiblement similaire à son modèle français (un chef d’entreprise devenu prospère grâce à ses liens tenus avec les hautes sphères du pouvoir, vivant avec sa femme et leur fils dans une ville de province, voit sa vie supposément tranquille voler en éclats lorsqu'il doit établir une liste d'employés à envoyer au front, et qu'il découvre que sa chère et tendre épouse, qui s'est éloigné de lui depuis longtemps, entretient une relation adultère avec un photographe), Zviaguintsev mêle subtilement aliénation sous le joug d'une manipulation étatique, conformisme sous le prisme du profit personnel, distance émotionnelle d'un couple à l'agonie et exacerbation de la décadence morale collective, dans un cocktail de brutalité et de fatalisme profondément glacial, enfermé dans des cadres savamment aseptisés et anxiogènes.
Un paysage dénué de vie allant de pair avec un système corrompu (et corruptible) et déshumanisé où la dissimulation des pires atrocités apparaît toute aussi familière que banale, puisque personne n'est réellement replacé face à la responsabilité de ses actes, puisqu'il n'y a plus aucune frontière claire de tracée entre les notions de bien et de mal.
Un drame puissant, austère et d'une tranquillité troublante, sur la rationalisation déroutante d'une perte de moralité et d'intégrité généralisée - un Prix du Jury amplement mérité.
Jonathan Chevrier


.jpg)





