[CRITIQUE] : L'Objet du délit
Acteurs : Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust, Oussama Kheddam,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 2h13min.
Synopsis :
Ce film est présenté en hors-compétition au Festival de Cannes 2026.
Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l’opéra " Les Noces de Figaro ", les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n'est jamais loin du drame.
Au bout du conte et, peut-être encore plus franchement Place Publique, laissait poindre l'idée que la plume jusqu'ici difficilement attaquable du tandem JaBac n'avait peut-être plus la même maestria, la même envie de cinéma que par le passé; un constat d'autant plus cruel à l'instant T, où il est une certitude que le duo ne pourra plus jamais contredire cette affirmation, avec la disparition de Jean-Pierre Bacri.
Une érosion que semblait, un temps, contredire Agnès Jaoui avec L'objet du délit, premier long-métrage en solo de la comédienne et cinéaste, qui avait tout de l'œuvre chorale si chère à son cinéma, flanquée au plus près des coulisses sous tension d'une compagnie d'opéra lancée dans les préparatifs d'une ambitieuse production des Noces de Figaro de Mozart, une production visant à renflouer les caisses et à toucher un public plus large, à travers les débuts en tant que metteuse en scène d'une jeune star de la mode et figure populaire sur les réseaux sociaux; une figure inexpérimentée et à la vision (penser cette nouvelle adaptation comme un chantre libérateur contre le patriarcat, quitte à foutre des colonnes aux allures de phallus un peu partout... pourquoi pas) comme au statut méprisée par les anciens, mais influente.

Copyright © 2026 LES FILMS DU KIOSQUE – STUDIOCANAL - ANNE-FRANÇOISE BRILLOT
Le terreau propice à une comédie burlesque où les personnalités comme les égos se heurteraient mignon avant une communion finale (la première représentation) qui viendrait hypothétiquement souder tout le monde dans une communion enthousiasmante - du Nakache/Toledano sans trop d'aspérités quoi -, voire d'une prise en grippe plus où moins bienveillante du monde du cinéma, par la force d'un jeu de miroirs au coeur d'un univers jumeau.
Mais les intentions de Jaoui sont autres et, comme pour le duo de papas du Sens de la fête quand ils ne maîtrisent pas fondamentalement les sujets qu'ils abordent, la catastrophe est tout autant au bout du chemin, que dans nos salles obscures.
Le vrai moteur du récit : questionner les contradictions des nombreux mouvements féministes à travers une satire maladroite de #MeToo et de la cancel culture qui l'accompagne sauce tournage rocambolesque à la Hollywood Ending de Woody Allen, prenant racine dans l'accusation de VSS d'une jeune comédienne et fille d'un riche mécène par le ténor vedette, survenue durant une répétition, et visant par là à fustiger l’emballement - absurde selon son regard - des réactions autour des accusations d'une manière plus générale, tout en tournant autour de la notion du " show must go on " (doit-on tout arrêter où laisser l'art et le spectacle - et, de facto, les agresseurs - perdurer ?).

Copyright © 2026 LES FILMS DU KIOSQUE – STUDIOCANAL - ANNE-FRANÇOISE BRILLOT
L'idée pourrait se tenir si Jaoui, dont la position voulu comme nuancée prend pourtant définitivement parti (et pas pour le bon, avec quelques pirouettes empathiques effarantes), s'intéressait un minimum à ses personnages au-delà d'en faire des caricatures ambulantes sans la moindre subtilité d'écriture (parfois à la limite du malaise, comme pour les personnages de Eye Haïdara et Oussama Kheddam), nourrissant un propos particulièrement condescendant voire méprisant (dénonçons oui, mais ne persecutons pas les agresseurs et ne brisons pas de carrière), symbole d'une cohabitation intergénérationnelle cahoteuse à la communication rompue (entre un conservatisme carabiné et un " wokisme " moqué) où la solidarité n'est qu'une façade à laquelle on ne semble même plus croire.
Reste un Daniel Auteuil plutôt drôle en chef d'orchestre totalement dépassé par son époque (rôle que l'on imagine qu'il aurait pu être tenu par Jean-Pierre Bacri), et une première partie qui tient sensiblement la route, dans sa célébration d'un milieu - l'opéra - qui tente de survivre avec une modernité qui lui scie considérablement les pattes.
Pas assez pour surpasser le malaise...
Jonathan Chevrier

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