[CRITIQUE] : Oklahoma Honey
Réalisateur : Andrew Patterson
Acteurs : Matthew McConaughey, Angelina LookingGlass, Kurt Russell,...
Budget : -
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Canadien.
Durée : 2h10min
Synopsis :
Au cœur des terres reculées de l’Oklahoma rural, Amziah King, personnage charismatique au talent musical hors du commun, veille sur une bande de marginaux passionnés de bluegrass tout en supervisant la plus importante exploitation apicole de la région. Lorsque sa fille adoptive, dont il était éloigné depuis des années, réapparaît soudainement, Amziah y voit l’occasion de renouer les liens et de bâtir avec elle une entreprise familiale. Mais le monde du miel est sans pitié, et les rivaux d’Amziah menacent de détruire tout ce qu’il a construit
Il y a définitivement eu un avant et un après statuette dorée pour ce bon vieux Matthew McConaughey, dont le passage à vide avant la renaissance inespérée, est clairement un put*** cas d'école mais avant tout et surtout, de ce genre de " belles histoires " dont Hollywood raffole pour alimenter ses storytellings glucosés et faciles.
Mais à défaut de savoir vraiment se montrer finaud dans ses choix (même chez des cinéastes de renom, coucou Nos Souvenirs de Gus Van Sant), à la différence de ses camarades de jeu Leonardo DiCaprio ou Christian Bale, le bonhomme a toujours plus où moins flirter avec la frontière d'un purgatoire qu'il s'est pourtant juré de ne plus jamais retrouver.
Passé une mise en retrait intelligente (avant son retour, exceptionnel, dans The Lost Bus de Paul Greengrass l'an dernier, il n'avait plus rien tourné depuis The Gentlemen de Guy Ritchie en 2020), petit privilège que seuls quelques comédiens oscarisés peuvent se permettre, le voilà de retour plus en forme que jamais avec ce qui est, sans doute, l'une de ses plus belles compositions à ce jour : The Rivals of Amziah King aka Oklahoma Honey, second effort du talentueux Andrew Patterson, dont on avait adoré le premier passage derrière la caméra, The Vast of Night, petite bombe débarquée sur Prime Vidéo en pleine pandémie du Covid-19, qui jonglait avec tension et énergie entreromance à suspens et vraie expérience grisante qui suggérait intelligemment plus qu'elle n'en montrait, gravant sur la pellicule le frisson palpable d'une menace sur laquelle on ne pouvait pas mettre de nom.
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| Copyright Metropolitan FilmExport |
Son deuxième long-métrage retrouve cette même esprit funambule, vrai film d'ambiance qui s'amuse à jongler avec les genres sans fondamentalement s'y enfermer : drame familialo-apicole, le feel good movie buddy-esque, polar rural sauce revenge movie voire même simili-comédie musicale gentiment volubile, le tout frappé d'un humour qui ne cherche jamais à pervertir ni sa tension et encore moins le malaise qu'il instaure, le film - un temps pensé comme une mini-série - est un petit bijou d'orfèvrerie pas dénué de heurts mais rythmé au cordeau, passant d'une première moitié intimiste et introspective sensiblement ludique, à une seconde à la musique plus sombre et sordide qui tranche franchement avec la précédente, sans pour autant en être totalement désaccordée.
Vissant sa narration sur les aternoiements du dit Amziah King, dont l'existence jongle entre son métier d'apiculteur (un business plus dangereux qu'il n'y paraît finalement) et des intermèdes guitares en main, un peu partout où sa communauté de l'Oklahoma l'invite à gratter ses cordes, qui retrouve l'une des enfants qu'il avait jadis accueillit comme enfant placée (et avec qui les liens sont plus forts que jamais), Kateri, en pleine découverte de l'âge adulte et qui souhaite rejoindre son entreprise et apprendre son métier; Patterson se sert aussi bien de l'apiculture comme d'une métaphore naturelle à l'esprit communautaire d'une Americana rurale où la solidarité est au-delà d'une simple mode de vie, que du lien père-fille de substitution entre ses deux personnages titres (d'autant que l'alchimie entre un McConaughey d'une justesse folle, et l’étonnante Angelina LookingGlass, est absolument folle), pour donner du corps et du coeur à une odyssée complexe et sinueuse qui prend son temps pour tromper radicalement l'innocence qu'il a faussement mis en place (et, de facto, implanter durement une intrigue ne dépassant jusqu'ici jamais plus que la balade bluegrass enivrante), pour brouiller la frontière pourtant claire entre le bien et le mal et laisser les nuances de gris envahir son paradis solaire.
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Emporté par la mise en scène enlevée de son metteur en scène, qui donne un dynamisme presque Truffaut-esque à chacun de ses plans (renforcé par une photographie chatoyante de Miguel Littin, moins par un montage un brin clipesque), mais également par une distribution stellaire (McConaughey en tête, comme dit plus haut, qui reprend son groove attachant du chef-d'œuvre Mud de Jeff Nichols, qui semble être ici l'influence majeure de Patterson), Oklahoma Honey est une expérience excentrique et atmosphérique dont les qualités sont aussi évidentes à déceler que ses défauts, mais qui peut se targuer de ne ressembler à aucune autre : une plongée verbeuse, généreuse et immersive autant au coeur d'une sous-culture peu abordée à l'écran, que d'une Amérique des oubliés dont il vibre au rythme de ses figures, de sa musique et de sa terre - pas si - tranquille.
Clairement notre type de symphonie... et de country.
Jonathan Chevrier










