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[FUCKING SERIES] : Fallout saison 2 : Viva New Vegas !



(Critique - avec spoilers - de la saison 2)


La première saison de Fallout a relevé un défi que peu d’adaptations de jeux vidéo parviennent à surmonter : traduire un univers fondé sur la liberté du joueur, la multiplicité des choix et l’ironie systémique en un récit cohérent et incarné. En refusant d’adapter directement l’intrigue d’un opus précis, la série a choisi une voie plus ambitieuse : raconter une histoire originale inscrite dans le canon, tout en respectant l’ADN thématique et esthétique de la franchise. Les enjeux initiaux reposaient sur une trajectoire d’éveil brutal, celle de Lucy, enfant du Vault confrontée à un monde extérieur aussi violent que moralement instable, et sur la découverte progressive de la supercherie idéologique qui sous-tendait l’utopie Vault-Tec. Derrière l’apprentissage de la survie se dessinait déjà une critique du progrès, de l’optimisme technocratique et des récits de reconstruction imposés par l’ancien monde.

Copyright Amazon MGM Studios

Cette première saison fonctionnait comme une initiation inversée : sortir de l’abri ne signifiait pas accéder à la liberté, mais entrer dans une zone grise où chaque faction, chaque survivant et chaque structure de pouvoir incarnait une vision du monde profondément ambiguë. À ce titre, la série reprenait l’un des principes fondamentaux des jeux Fallout : il n’existe pas de choix moralement pur, seulement des compromis, des héritages toxiques et des décisions aux conséquences souvent imprévisibles. Lucy découvrait non seulement le Wasteland, mais aussi la violence symbolique des récits qui avaient façonné son identité.

La saison 2 s’inscrit dans un déplacement naturel de ces enjeux. Le temps de la découverte est désormais révolu; place à celui de l’engagement et de la responsabilité. Lucy n’est plus seulement une survivante, mais une actrice du monde post-apocalyptique, contrainte de faire des choix qui engagent d’autres vies que la sienne. Cette évolution rapproche la série de la structure des jeux, où le joueur passe progressivement du statut d’errant à celui de figure capable d’influencer l’équilibre des forces. La comparaison avec Fallout: New Vegas est ici particulièrement pertinente : la série semble s’orienter vers une logique de confrontation idéologique entre factions, non pas comme simples antagonistes, mais comme projets de société concurrents, tous porteurs de violences latentes.

Copyright Amazon MGM Studios

Là où le jeu laisse au joueur la liberté d’arbitrer, la série doit nécessairement trancher. Ce choix, parfois perçu comme une trahison par une partie des fans, constitue en réalité une adaptation cohérente au médium télévisuel. En fixant une trajectoire, Fallout transforme l’expérience ludique en tragédie politique, où les décisions ne sont plus rejouables. Cette irréversibilité donne au récit une gravité nouvelle, renforcée par la présence de personnages comme le Ghoul, figures de la mémoire longue, témoins cyniques d’un monde qui se répète sans apprendre de ses erreurs.

Cette maturité narrative s’accompagne d’un travail de fabrication particulièrement soigné. Le tournage privilégie largement des décors réels et des constructions physiques, complétés par des extensions numériques discrètes. Ce choix confère à la série une matérialité essentielle : la rouille, la poussière, les fissures et les ruines ne sont pas de simples arrière-plans, mais des éléments dramatiques à part entière. Les Vaults, les villes abandonnées et les infrastructures militaires dégagent un poids historique palpable, renforçant l’idée que le monde de Fallout est un cimetière de promesses technologiques.

Copyright Amazon MGM Studios

L’identité visuelle repose sur une tension permanente entre rétro-futurisme et décomposition. L’esthétique inspirée de l’Amérique des années 1950 (couleurs pastel, design arrondi, mascottes souriantes) entre constamment en collision avec la brutalité du réel. Cette dissonance, directement héritée des jeux, devient un outil critique : elle révèle la violence cachée derrière l’optimisme publicitaire et le mythe du progrès infini. La série exploite pleinement cette contradiction, en faisant de chaque symbole du passé un vestige ambigu, tantôt grotesque, tantôt terrifiant.

La musique joue enfin un rôle central dans la cohérence sensorielle de la série. Fidèle aux jeux, la bande-son alterne entre chansons américaines d’époque et compositions originales plus atmosphériques. L’utilisation ironique de ces morceaux légers dans des contextes de violence ou de désolation crée un décalage glaçant, rappelant que l’horreur de Fallout naît souvent de cette collision entre insouciance passée et réalité présente. Les compositions originales, plus discrètes, accompagnent l’isolement, la menace et la mélancolie, sans jamais chercher l’emphase.

Copyright Amazon MGM Studios

En fusionnant narration, esthétique et fabrication, la saison 2 de Fallout semble s’orienter vers une œuvre plus dense et plus politique. Elle ne se contente plus d’adapter un univers vidéoludique : elle en propose une lecture tragique, où les choix ont un coût définitif et où l’héritage du passé pèse sur chaque tentative de reconstruction. Si la série parvient à maintenir cet équilibre entre fidélité thématique et audace narrative, elle pourrait s’imposer comme bien plus qu’une adaptation réussie : une véritable œuvre de science-fiction critique, capable de dialoguer avec les jeux tout en affirmant sa propre existence artistique.


Jess Slash'Her