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[ENTRETIEN] : Entretien avec l’équipe du film Les enfants de la résistance

Copyright Axel Films Production


Dès l’arrivée de l’équipe des Enfants de la résistance, on peut sentir l’énergie collective positive du groupe, avec le réalisateur Christophe Barratier comme chef d’orchestre pour maintenir le rythme de son casting. Discutant en off d’une scène coupée en débattant sur l’intérêt de celle-ci, le groupe montre déjà une dynamique des plus sympathiques qui aura nourri cet entretien en table ronde, que ce soit sur les questions plus légères ou la camaraderie envers le jeune acteur principal, Lucas Hector, lui permettant de voir l’exercice de l’interview de façon moins stressante.

Je pense que la BD a prouvé que, même avec des histoires sombres, il y a matière à traiter pour que ça puisse attirer les enfants. Son succès montre bien qu’il n’y a pas que le monde des bisounours ou des super-héros avec justement des vrais héros.  - Christophe Barratier


Comment décririez-vous Christophe en tant que réalisateur ?

Christophe Barratier : Donc je m’en vais ?

Leslie Medina : Non, reste ! (rires)

Lucas Hector : Il est très méchant !

Pierre Deladonchamps : Je trouve que ça se voit qu’il aime les acteurs. Il aime mettre en scène, quand ça va vite et de façon efficace. Je trouve que c’est agréable de ne pas perdre son temps. Il nous laisse aussi le temps quand on a besoin de respirer pour se mettre dans une scène. Christophe n’enfile pas des perles : on bosse, on fait le truc, c’est efficace et très agréable, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Leslie Medina : Je dirais qu’il est passionné.

Julien Pestel : Je ferais peut-être le lien avec la musique. Christophe a une musique en tête, il sait où il va. Il a ce fil conducteur et il sait comment doser ses instruments.

L.H. : Je passe (rires). C’est quelqu’un de très gentil mais je pense qu’il est extrêmement rapide : on filme ça, OK, on enchaîne.

L.M. : Il est efficace.

P.D. : Il a déjà son montage en tête car il sait ce qu’il va monter. Il n’y a pas de déchets donc c’est plutôt cool.

C.B. : Sauf cette fameuse séquence coupée.

J.P. : « Si tu veux, ma vision en tant qu’artiste. » (rires)

P.D. : Du coup, on t’a bien résumé ?

C.B. : Je suis plutôt content oui !

L.M. : Tu te reconnais dans ce qu’on dit ?

Christophe, quand vous vous êtes lancé dans ce projet, est-ce que vous êtes parti directement avec certaines idées en tête ? J’ai lu notamment par rapport à la photographie que vous aviez une envie assez désaturée.

C.B. : Oui, j’avais déjà fait Les choristes avec des couleurs désaturées car je trouve que ça dramatise et ça donne un autre côté. Les rouges sont moins rouges, celui que Leslie porte donne plus sur le pourpre, les verts deviennent un peu plus gris, les bleus aussi sont moins éclatants, … C’est vrai que, pour donner un exemple assez récent, lorsqu’on tourne un film dans les années 50 comme C’était mieux avant où on se situe au début des 30 glorieuses avec des lumières extrêmement saturées, très Demoiselles de Rochefort, je voulais plutôt faire le contraire. Ce n’est pas donner un style sépia mais vraiment pour désaturer les couleurs. Ensuite, en matière de film, c’est un film pour les acteurs. Je pense surtout aux enfants : ils n’ont pas de technique pour suivre en leur demandant qu’on fasse un travelling et qu’on termine sur un gros plan d’eux la larme à l’œil. Il faut vraiment beaucoup découper avec eux. Travailler avec les enfants, c’est parfois du cinéma animalier.

L.H. : (rires) C’est pas gentil !

C.B. : Il faut la bonne expression ! Tu peux parler à Leslie d’amorce alors qu’eux peuvent avoir des inspirations et des mimiques dont on ne se rend compte qu’au montage. Il faut beaucoup découper sur eux. En revanche, vous l’avez sans doute tous vu, dans ce cas-là, j’adopte une mise en scène avec plusieurs angles afin que les acteurs aient une réaction, surtout dans les scènes collectives, pour capter les petits sourires et tout. C’est vraiment un film d’acteur avec quand même pas mal de scènes intimistes malgré des moments plus d’action. Après, je travaille très en amont avec le chef opérateur, ce qui fait que, chaque jour, j’arrive en sachant ce que je vais faire. Je laisse la part pour l’improvisation mais on ne peut improviser que lorsqu’on a déjà prévu des choses. C’est ce que connaîtra bientôt Julien quand il fera son premier film.

J.P. : (rires)

C.B. : Encore un metteur en scène dans nos acteurs !

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C’est un film familial qui arrive à conserver la dureté de la guerre…

C.B. : Oui, on ne voulait pas édulcorer. Je pense que la BD a prouvé que, même avec des histoires sombres, il y a matière à traiter pour que ça puisse attirer les enfants. Son succès montre bien qu’il n’y a pas que le monde des bisounours ou des super-héros avec justement des vrais héros. Quand j’ai lu la BD, je me suis senti intrigué que des enfants puissent être attirés à ce point par les heures sombres. On n’était pas là pour faire La liste de Schindler mais quand on dit familial, je ne pense pas nécessairement que ça veut dire que le film doit plaire à tout le monde. Ça doit réunir tout le monde. Depuis tout petit, je vois des films en famille et on a pu partager des moments comme ça depuis que j’ai 6, 7 ans sans jamais édulcorer. Je pense qu’on doit expliquer aux enfants aujourd’hui qu’il y a des choses très difficiles mais aussi que le fait que ce film soit à hauteur d’enfant fait que, sans que cela ne devienne nécessairement comique, on s’attache aussi à leurs maladresses et leur naïveté, ce qui les rend totalement accessibles.

Comment avez-vous chacun approché vos personnages ?

L.M. : C’était la première fois que je jouais une maman et c’était cette approche-là qui m’intéressait, au-delà du fait de travailler avec Christophe qui avait fait un de mes films préférés du monde entier avec « Les choristes ». Il y avait cette envie de travailler des endroits de l’existence que je n’avais jamais explorés comme l’amour maternel ou les relations qu’on a pu créer sur le plateau avec les enfants. C’était une très belle expérience.

J.H. : Tu parles très bien !

L.M. : Oh, merci !

C.B. : Pour poser un mot sur Leslie, je l’avais vue à un festival de musique de films et je n’aurais jamais pensé à elle pour jouer la femme d’Artus et une mère d’enfants, car elle a en plus son petit frère qui doit avoir 15 ans. C’est ça la magie du cinéma : on oublie un peu cette histoire-là. Leslie fait 15 ans de moins qu’à l’écran et ce qui était formidable, c’est qu’on sent directement que c’est une maman, jamais on ne la remet en question en se disant qu’elle est plus jeune. J’ai trouvé que dès les essais, qu’on avait faits en muet et en tenue, elle a séduit tout le monde. C’était une belle découverte. Comme quoi, il faut fréquenter les festivals pour trouver la perle rare. J’avais découvert Julien, je ne regardais pas le Palmashow mais je le fais maintenant donc je peux t’en parler ! J’avais vu La folle aventure de Max et Léon, qui se déroule à la même époque et il m’a tellement épaté… Et puis Pierre, ça faisait depuis longtemps que je l’avais remarqué, que ce soit dans L’inconnu du lac ou Le fils de Jean. Et pourtant, on n’est pas de la même famille de cinéma avec des films d’auteurs là où je ne dirais pas que les miens sont d’auteur… J’avais remarqué la puissance de son regard et surtout, il fait partie des acteurs avec Dupontel et Duvauchelle qui n’ont pas besoin de beaucoup de dialogues pour s’exprimer.

L.M. : Drop the mic ! (rires)

P.D. : Pour répondre à la question, je ne fais pas genre mais mon grand-père était un résistant et j’ai beaucoup pensé à lui pendant le tournage. Il n’était pas maire mais il a participé au sabotage de certains trucs contre les allemands. J’avais sa présence tout le temps avec moi parce que je crois qu’un personnage, on l’invente aussi avec soi-même, sa résonnance. Leslie n’est pas maman dans la vie mais elle parvient à l’incarner. Je n’étais pas maire dans les années 40 mais mon grand-père restait présent. Je voulais lui faire honneur par le personnage.

J.P. : Pour mon personnage, je joue un instituteur, un rôle que j’ai déjà fait et j’ai eu l’habitude de jouer avec des enfants. J’ai fait aussi plusieurs tournages sur des films qui ont lieu dans la période 39-45. Ça a été assez évident pour moi et je rejoins ce que dit Pierre car j’ai eu ma grand-mère qui n’était pas résistante mais a souffert pendant l’occupation donc j’ai beaucoup pensé à elle pendant le tournage. C’est quelque chose que je fais rarement car je viens de la comédie donc je ne cherche pas souvent des émotions très très intérieures, quoique…

L.M. : Une comédie, c’est toujours très sincère

J.P. : Oui mais je me suis surpris ici pour la première fois à penser à ma famille pour les séquences d’émotion.

C.B. : C’est drôle que pour moi comme pour chacun d’entre vous, quand on tourne des scènes très difficiles, j’ai besoin de déconner, qu’on la joue à l’envers ou de façon plus décalée. Ça détend aussi et c’est normal. Il y a des metteurs en scène qui aiment bien instituer sur les plateaux une espèce de tension ou d’avoir ces acteurs qui se disent que vu que l’autre joue son ennemi, il ne va pas lui parler pendant tout le tournage. Pourquoi pas mais ce sont des théories qui ne s’appliquent pas à tout le monde. Je pense aussi que sur des films d’horreur, on se dit que les enfants sont traumatisés alors qu’on se marre souvent…

L.M. : Lucas adore ça !

P.D. : C’est un de tes genres préférés non ?

L.H : Ouais !

P.D. : À quoi tu as pensé pour ton personnage ?

L.H. : À rien ! (rires)

L.M. : Peut-être peux-tu dire que tu as déjà lu la BD ?

L.H. : C’est vrai car en l’ayant lue, je voulais absolument me rapprocher du personnage et pas faire quelque chose de moins sûr du genre « Je veux bien rentrer dans la résistance mais seulement si vous le voulez, si on me donne l’autorisation… » (rires des autres membres du casting) J’ai quand même essayé de rester proche de celle-ci.

P.D. : Tu disais aussi dans une autre interview, et je trouvais ça très beau, que tu voulais faire honneur aussi à ces gens-là et ne pas salir ce qu’ils ont vécu car c’est un moment d’histoire important et je trouvais ça très mature de ta part de dire ça. C’est vrai !

C.B. : Comme je me marre avec eux, j’aime les chambrer mais je leur rappelais aussi la responsabilité qu’ils avaient et que c’était eux qui allaient passer à l’écran, qu’ils se rappellent qui ils jouaient. Pour que je vous aide, vous devez m’aider aussi. C’étaient des gamins extrêmement impliqués et qui avaient un sens de leurs personnages. Ce qui est compliqué en tournant avec des enfants, c’est que beaucoup veulent être connus. Mais être acteur, ce n’est pas nécessairement l’autre.

L.M. : On peut dire pareil de Nina et Octave.

P.D. : Non, je trouve qu’eux, ils sont moins bons (rires du casting).

L.M. : Lucas a aussi dit quelque chose d’intéressant et on en parlait avec sa mère mais il disait qu’il ne voulait pas à tout prix faire du cinéma mais des choses qui avaient du sens pour lui. Par exemple, si on a la chance de faire le numéro deux, tu seras trop content de revenir sur le plateau mais faire des castings à tout prix, il fallait que ça ait du sens pour toi.

L.H. : C’est vrai que je ne me vois pas postuler directement dans un autre film. Je l’ai fait et j’avais été pris mais bon…

L.M. : Oui, c’est vraiment chiant ! (rires)

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Est-ce qu’il y a eu des conseils des autres personnes du casting ? Comment as-tu vécu justement ce tournage ?

L.H. : Le seul conseil qu’on m’a donné, c’était « Ne regarde pas la caméra ! » (rires du groupe) ça nous a économisé du temps ! (rires) Plus sincèrement, ils m’ont plus donné des conseils de jeu. C’est vrai qu’ils donnaient des conseils sur le fait qu’on pouvait déconner avant le clap mais qu’on devait rester concentré après…

P.D. : Et tu le faisais bien ça : ne pas aller trop vite, …

J.P. : Je me rappelle en classe, quand on était avec tous les élèves, on parlait de prendre le temps et de se faire confiance même quand on avait des pauses.

L.M. : Tu as aussi travaillé avec des coachs sur le plateau, tu peux en parler.

L.H. : Oui, je fais d’ailleurs une dédicace à Delphine, ma coach de jeu. Elle m’a aussi aidé à perfectionner mon rôle. En fait, elle m’a un peu aidé à jouer de manière plus « juste ». Le tournage aurait été plus difficile sans elle.

C.B. : Il faut accompagner les enfants, ce n’est pas qu’une question de direction. Diriger les acteurs, je trouve ça prétentieux comme expression. Avec les enfants, la direction vient du choix. Il faut se faire confiance, ce qui n’est pas toujours évident car on a envie d’avoir un rôle parfait et le physique exact mais plus on les voit, plus on pense au mental. Je crois que c’est une question d’accompagnement, de comportement plutôt. Comme pour les acteurs, vu qu’on ne tourne pas le film chronologiquement, il faut rappeler d’où on vient et il faut les ramener là-dessus mais surtout être à la fois proche sans être trop…

L.M. : Omniprésent ?

P.D. : Étouffant ?

C.B. : Voilà, sans être trop gentil. Il faut parfois élever un peu le ton mais ça fait partie des bonnes relations qu’on a car ils savent que je le fais et qu’après, je vais jouer au foot avec eux.

P.D. : Quand Christophe tournait avec les enfants et qu’il voyait que la musique n’était pas bonne, il n’hésitait pas à leur dire de refaire le dialogue d’une autre façon.

C.B. : Il faut parfois faire le perroquet aussi.

P.D. : Pas 10000 fois mais il faut obtenir exactement le bon ton.

L. H. : Oui, Christophe sait exactement ce qu’il veut faire, il a l’idée précise.

P.D. : C’est un capitaine. Il y a beaucoup de réalisateurs et réalisatrices qui ne savent pas diriger, si je peux dire, alors qu’on a besoin en tant qu’acteur d’avoir un peu à manger aussi pour le rôle. Ce n’est pas dangereux de diriger les acteurs.

C.B. : J’entends parler de réalisateurs… Quand on te dit que tu as une scène très compliquée de bataille avec 8 caméras et qu’on te dit « Ne t’en fais pas si c’est raté, on la recommence demain » … Comment peux-tu rater ça ? C’est impossible. Nous, avec les contraintes qu’on a, avec les enfants disponibles 4 heures par jour, la qualité d’un metteur en scène, c’est aussi ce que tu peux faire avec ce que tu as. Maintenant, on te dit « Tu as 4 heures pour réussir une scène, comment peux-tu gérer ça ? ». Il faut que l’équipe ait confiance et savoir répondre à 150 personnes. Si on me demande par exemple si ça va que ce livre dans le tiroir soit vert et que je réponds que je m’en fous, ça voudrait dire qu’on ne me posera pas la question la prochaine fois. Je préfère répondre que c’est jaune, même si je m’en fous. (rires)



Propos recueillis par Liam Debruel.

Merci à Maud Nicolas et Distri7 pour cet entretien.