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[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #188. Back To The Future Part. 2

Copyright Universal Pictures

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !




#188. Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis (1989)


Sorti en 1989, Retour vers le futur 2 n’a jamais été le volet le plus consensuel de la trilogie. Longtemps considéré comme plus sombre, plus complexe, parfois même « moins amusant » que le premier film, il s’est pourtant imposé avec le temps comme l’épisode le plus audacieux et le plus visionnaire. Trente-cinq ans après sa sortie, alors que le futur qu’il imaginait est désormais derrière nous, il mérite une relecture attentive, débarrassée des attentes de l’époque.
Là où Retour vers le futur reposait sur une structure limpide, un voyage dans le passé pour réparer une erreur, sa suite ose la fragmentation. Le film explose sa propre chronologie, multiplie les lignes temporelles et confronte ses héros aux conséquences imprévues de leurs actes.

Cette ambition narrative, rare dans un blockbuster de la fin des années 1980, déstabilisait alors. Aujourd’hui, à l’ère des récits complexes et des univers partagés, elle apparaît étonnamment moderne.
Le fameux Hill Valley de 2015 reste le prisme à travers lequel le film est le plus souvent jugé. On s’est amusé, parfois moqué, de ses prédictions : les voitures volantes absentes, les vêtements auto-ajustables devenus gadgets, les pizzas déshydratées jamais adoptées. Pourtant, l’essentiel n’était pas là. Retour vers le futur 2 ne cherchait pas à prédire la technologie avec précision, mais à interroger notre rapport au progrès. Le futur qu’il dépeint est saturé d’écrans, de publicités, de confort automatisé. Une vision qui, sans être exacte, n’était pas si éloignée de nos réalités numériques.

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Mais le cœur du film se trouve ailleurs : dans sa vision pessimiste de l’effet domino. L’almanach sportif de Biff, moteur du récit, devient le symbole d’un fantasme très contemporain : celui de l’optimisation absolue, du raccourci vers la réussite. En transformant Hill Valley en dystopie grotesque sous la coupe d’un Biff tout-puissant qui n’est pas sans rappeler le look grotesque et la mégalomanie façon Trump, le film propose une satire sociale étonnamment mordante. Derrière l’humour, il dessine un monde dominé par l’argent, la corruption et le cynisme médiatique, une caricature qui résonne encore aujourd’hui.
Visuellement, Retour vers le futur 2 demeure un tour de force. Les effets spéciaux, loin d’être un simple gadget, servent le récit avec inventivité. Les scènes où Marty se croise lui-même dans le passé restent un modèle de mise en scène et de précision technique. Robert Zemeckis y démontre une maîtrise rare de l’espace et du rythme, tout en conservant une clarté remarquable malgré la complexité du scénario.

Avec le recul, le film apparaît aussi comme le plus mélancolique de la trilogie. Marty et Doc y découvrent que le temps n’est pas un terrain de jeu sans conséquences. Chaque correction engendre une perte, chaque victoire cache une faille. Le futur n’est ni idéal ni maîtrisable : il est fragile, instable, profondément humain.
Trente-sept ans après, Retour vers le futur 2 n’est plus seulement une suite ambitieuse ; c’est une œuvre charnière, qui annonçait déjà notre fascination contemporaine pour les réalités alternatives, les récits circulaires et les futurs incertains. Un film imparfait, certes, mais courageux, dont l’écho n’a jamais cessé de voyager dans le temps.


Jess Slash'Her